Le "Cinquantenaire" de l'ALEPS.

7 décembre 2016.

 

Auditorium de la Fédération Française du Bâtiment,

 

avenue Kléber

(entrée par le 9 rue La Pérouse),
Paris XVIème,

 

de 17h30 à 20h00.

 

L'assemblée générale.

 

Présidée naturellement par Maître Patrick Simon, elle a entendu le rapport financier du trésorier Georges Lane, qui a conclu à la stabilité des produits et des charges pour l’exercice 2015-2016, mais qui attend davantage d’adhésions et de contributions si l’ALEPS veut jouer un rôle dans les mois à venir.

 

Pour son rapport moral, le Président a d’abord souligné la vigueur de l’association, qui vient de s’enrichir de trois nouveaux administrateurs, P. Coquart, C. Philip et N. Lecaussin, venus abaisser singulièrement la moyenne d’âge. Leur nomination doit être confirmée par l’Assemblée. L’année a été marquée essentiellement par la constitution du « Collectif des Libéraux », unissant douze associations, qui gardent évidemment leur pleine autonomie et leurs initiatives spécifiques, mais qui s’engagent à aborder en commun la primaire ouverte à la droite et au centre en observant les candidats et leurs programmes, en recevant ceux des candidats qui acceptent leur invitation, en publiant leur baromètre établi d’après le critère de leur degré de libéralisme, défini par une charte commune. Non seulement François Fillon a fait salle comble (800 personnes au Gymnase) mais il a été le mieux noté sur la plupart des sujets, à l’exception notable de la fiscalité.

Prémonitoire : les plus mal classés ont été Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. La question qui se pose maintenant est le suivi de la primaire, et l’opportunité de prolonger le Collectif dans les mois à venir. Une discussion avec nos partenaires permettra de prendre une décision.

 

Pour terminer, Maître Patrick Simon réaffirme sa foi dans l’avenir de l’ALEPS et salue tous les artisans, passés ou actuels, du succès de la plus ancienne et de la plus huppée des formations libérales françaises.

 

L’Assemblée adopte le rapport moral et financier et donne quitus au Président et au Trésorier pour leur gestion.

 

Le professeur Pascal Salin, membre du Conseil Présidentiel de l’ALEPS, est président du jury depuis sa renaissance en 1995.

S’agissant du Prix du Livre Libéral, Pascal Salin a tout d’abord rappelé la série des brillants candidats couronnés depuis vingt ans, puis a insisté sur la difficulté de la tâche du jury, appelé à se prononcer sur un grand nombre d’ouvrages de qualité, mais d’une grande diversité de thèmes et de formes.

C’est évidemment bon signe, traduisant la richesse intellectuelle des auteurs libéraux, mais c’est un embarras certain pour les membres de ce jury composé essentiellement des anciens lauréats.

 

 

Pour 2016, le jury a décidé d’attribuer :

 

- Le Prix du Livre Libéral à Madame Patricia Commun pour son ouvrage Les ordolibéraux,

- Le Prix Spécial du Jury au Professeur Bertrand Lemennicier pour l’ensemble de son oeuvre,

- Le Prix de la Liberté Journalistique à Yves Bourdillon, pour ses chroniques internationales aux Echos.

Patricia Commun : Les ordolibéraux

 

Mon travail est le résultat d’une recherche universitaire sur plusieurs années. Le sujet est passionnant, d’autant qu’il éclaire la particularité du libéralisme allemand, qui ne cesse de nous interroger, de susciter admiration ou critique. Mais aussi il souligne l’actualité du libéralisme allemand, qui a su résister au temps et demeure aujourd’hui un modèle de rigueur et d’efficacité économiques, associée au conservatisme moral, modèle précieux dans une Europe et un monde qui ont perdu beaucoup de repères et résistent mal aux défis de la mondialisation. Les Allemands, eux, font face, comme en témoigne la forte position nationale et internationale de la Chancelière Angela Merkel.

 

On ne peut comprendre « l’ordolibéralisme » si l’on n’en saisit pas la philosophie profonde et si l’on n’a pas en mémoire les conditions dans lesquelles il s’est affirmé en 1947, puis réaffirmé en 1989.

 

L’Etat gardien des institutions de la liberté

 

Les fondateurs de l’ordolibéralisme ont été Wilhelm Röpke et Alexandre Rüstow. Tous deux sont libéraux, en ce sens qu’ils sont attachés à la liberté individuelle, à la propriété privée et rejettent le collectivisme.

 

Mais ils ne sont pas assurés que le marché soit suffisant pour garantir ces droits personnels. Ce ne sont pas des économistes classiques, mais des politologues qui analysent le pouvoir. Un pouvoir qui menace les citoyens sans doute, mais un pouvoir qui est seul capable de protéger la concurrence, d’empêcher la disparition des petites entreprises, des exploitations agricoles familiales, contre la puissance des grandes compagnies. L’Etat est donc le garant et il doit lui-même s’abstenir de toute incursion dans la vie économique.

 

Naturellement cette approche n’est pas celle des libéraux de l’école autrichienne, qu’il s’agisse de

Hayek, mais aussi de disciples de Hayek qui, paradoxalement, vont mettre l’ordolibéralisme en oeuvre en Allemagne.

 

Le miracle allemand, la réunification

 

Ludwig Erhard, ministre de l’économie, puis chancelier, est un économiste de l’école de Fribourg, créée par Walter Eücken et Alfred Müller-Armack. L’Allemagne est totalement détruite, elle va se relever en moins de cinq ans, grâce à la rigueur politique et institutionnelle qu’imposera le père du miracle. Il faut pratiquer une stricte orthodoxie monétaire, éviter l’inflation : les prix sont les guides d’une économie de marché. Il faut avoir le respect de la concurrence, ne tolérer aucun privilège et accepter l’ouverture des échanges internationaux. Il faut enfin rémunérer le travail en accord avec la productivité. Très vite cette politique portera ses fruits, les Allemands vont travailler dur, les syndicats acceptent la participation, jusqu’à ce que le Parti Socialiste lui-même accepte les principes du capitalisme (Bad Godesberg, 1959). On arrive à l’idée de « l’économie sociale de marché », expression inventée par Erhard, qui lui a valu une forte admonestation par son maître Hayek : le marché n’est-il pas social ?

 

Un deuxième miracle va se produire au moment de la réunification de l’Allemagne en 1990. Une population jusque là esclave et assistée est appelée à prendre ses responsabilités, à accepter les exigences de la liberté. Très vite les stigmates subis du temps du communisme disparaissent et le niveau de vie va s’égaliser, l’économie allemande se hissera au premier rang des exportateurs.

 

Ces circonstances ont été exceptionnelles, mais elles n’auraient pu se réaliser si le peuple allemand n’était pas disposé à accepter la règle, l’ordre social, tandis que l’Etat veille à ses tâches régaliennes mais n’hésite pas à règlementer pour défendre l’égalité des chances et la propriété des biens acquis par le travail.

 

C’est, encore aujourd’hui, ce que pensent la majorité des Allemands et c’est pourquoi Angela Merkel les représente fidèlement.

Bertrand Lemennicier

 

Je suis très honoré par le prix qui m’est décerné, surtout qu’il m’est remis par Pascal Salin, qui a été non seulement mon professeur, mais qui dans les années

1970 a créé autour de lui un groupe d’étudiants qui ont pu découvrir des auteurs et des idées qui étaient inconnus dans cette France soixante-huitarde.

 

Grâce à lui, je suis devenu non seulement libéral, mais libertarien, puisque je pense que l’Etat n’a pas à s’occuper de moi, dans la mesure où je respecte la liberté et la propriété des autres. Je n’accepte ni ses interdits, ni ses obligations.

 

Je n’ai pas pour autant le sentiment de nuire à l’harmonie sociale, je peux entretenir d’excellentes relations avec tous les êtres humains.

 

Il m’a pourtant été difficile d’entretenir de bonnes relaions avec mes collègues de Paris II, parce qu’ils estimaient qu’il y avait des théories qu’il ne fallait pas diffuser, des termes qu’il ne fallait pas utiliser. A la différence des universités étrangères, celles de Paris sont des sanctuaires d’intolérance.

 

On ne m’a pas pardonné d’aborder des sujets tabous. Ainsi je me suis intéressé aux campagnes anti-tabac, pour démontrer leur logique et leurs nuisances, et plus récemment j’ai pris pour ligne de mire la sécurité routière, prétexte à oppressions, spoliations, sans aucune justification.

 

Pour moi l’ALEPS c’est aussi l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie à Aix en Provence où sous la conduite de Jacques, on a eu ce fort sentiment de communication avec des universitaires du monde entier. Nous y avons beaucoup appris, et compris également que la liberté est une valeur absolue, sans frontière ni limite autre que le respect des autres et de soi-même.

Yves Bourdillon

 

Le prix de la liberté journalistique s’est substitué il y a deux ans au Prix de la Chronique économique. Si le prix est toujours attribué à un journaliste, il ne s’agit pas nécessairement d’un journaliste économiste ou dissertant sur des sujets économiques. Le jury a voulu distinguer des journalistes faisant preuve d’une belle liberté d’expression et de pensée, alors que la pensée unique règne en général sur nombre de chroniques et articles.

 

Ce journaliste des Echos est aussi un écrivain, la dernière Lettre a présenté son dernier ouvrage « Souriez, vous êtes ruiné ». Il a rappelé le fil directeur d’un autre de ses ouvrages « Du trapèze audessus des piranhas », qui décrit le drame d’un homme plein d’idées qui veut créer une entreprise… et finit par renoncer.

Le cinquantenaire de l’ALEPS

 

Les libertés en France

 

Sont-elles menacées ?

Les socialistes ne le pensent pas car pour eux les seules libertés sont « réelles » : le même pouvoir d’achat pour tous, pour que chacun puisse vivre dans la dignité.

Les autres libertés, bourgeoises, sont « formelles », voire nuisibles, comme la liberté du propriétaire qui lui permet d’exploiter celui qui n’a rien.

Ecoutons le bilan des libéraux, c’est un autre son de cloche.

1. Philippe Nemo : la liberté d’enseigner

 

Confier l’instruction des enfants à une administration centrale est une idée de Napoléon, parachevant l’oeuvre des Révolutionnaires de 1793. Auparavant, l’école prenait des formes variables, adaptées à l’environnement familial mais aussi aux capacités dc l’écolier. Centralisé, géré par un ministère de l’Instruction Publique à partir de 1828, l’enseignement est mis entre les mains des « hussards de la République » en 1870, la figure de proue de l’école obligatoire, laïque, gratuite et obligatoire est Jules Ferry. La mission des hussards est d’ouvrir l’esprit des enfants aux valeurs de la République, mais demeurent deux gages de qualité et de liberté : d’une part l’éducation demeure sous la responsabilité des parents, d’autre part ces enseignants sont savants, formés dans des écoles normales qui leur donnent un bagage culturel et scientifique important.

 

Voilà qui tranche avec la nullité ambiante aujourd’hui, surtout au niveau de ceux qui ont en charge l’inspection. La carrière des enseignants est faite par des syndicats qui règnent en maîtres au ministère.

 

Tout en découle : la formation des maîtres, le choix des manuels, de la pédagogie. Le résultat est non seulement l’illettrisme, mais aussi la violence et la fabrique d’asociaux. Pire encore : l’école doit constituer une « nouvelle Eglise » (Vincent Peillon) et fabriquer l’homme nouveau.

 

La France était reconnue au niveau européen et mondial pour la qualité de ses enseignements et ses performances dans la recherche. Les mathématiciens français, par exemple, dominaient le lot.

 

Aujourd’hui non seulement le classement PISA nous voit chuter chaque année, mais les grandes écoles (y compris Polytechnique) ont perdu de leur prestige. C’est que le niveau exigé est trop faible (on a toujours 20 en maths), la sélection ne peut plus s’opérer, sinon sur des critères annexes.

 

Alors que faire ?

 

Il faut encourager, soutenir, la création d’établissements en dehors du système public : écoles hors contrat, écoles spécialisées. La Fondation pour l’école (Anne Coffignier) s’y emploie avec un succès encourageant. Mais c’est aussi le corps enseignant qu’il faut restaurer. Deux générations ont été sacrifiées sur l’autel de l’idéologie socialiste et laïque. Elles ne peuvent que dégrader le savoir, puisqu’elles mêmes n’ont rien su de ce qui est fondamental. Il faut donc former dès maintenant les professeurs de demain et c’est la raison pour laquelle nous avons créé l’Ecole Professorale de Paris, en quelque sorte une Ecole Normale Supérieure privée, animée par les plus brillants des maîtres (par exemple Laurent Lafforgue, distingué par la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel pour les mathématiques).

 

2. Axel Arnoux : la liberté d’entreprendre

 

Entrepreneur, à la tête des Etablissements Chauvin Arnoux, entreprise bicentenaire, Axel est le petitfils d’André Arnoux, le vrai et seul fondateur de l’ALEPS, puisque l’association a été créée en 1956 pour former un jury chargé d’attribuer chaque année un Prix du Livre Libéral. Axel évoque la pérennité de l’ALEPS, grâce en particulier à Georges Lane et surtout Jacqueline Balestier, secrétaire général et rédactrice du Bulletin trimestriel.

 

L’entreprise française est-elle libre ? La réponse est évidemment négative. L’art d’entreprendre consiste à prendre les risques de l’innovation et à accepter les contraintes de l’environnement.

 

Certaines de ces contraintes peuvent être considérées comme « naturelles » : les incertitudes du marché, les exigences techniques, les relations humaines. Mais en France l’entreprise est de plus en plus confrontée à des contraintes « artificielles » devant lesquelles l’entrepreneur est impuissant.

 

La première contrainte est la fiscalité, non seulement parce qu’elle nuit à l’investissement donc à la compétitivité et à la pérennité, mais aussi à cause de son instabilité : la charge fiscale est sans cesse alourdie; elle s’accompagne, comme tout le reste, d’une instabilité ingérable. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que les entreprises industrielles françaises perdent leurs performances et leur attractivité, et qu’elles en soient réduites à s’expatrier, à sous-traiter à l’étranger, ou à disparaître.

 

Enfin, mais ce n’est pas le cas dans notre groupe, la contrainte syndicale peut être étouffante, et il en sera ainsi tant que le marché du travail sera organisé par des « partenaires sociaux » irresponsables.

3. Alain Laurent : la liberté d’écrire

 

On est frappé par l’absence presque totale d’une littérature libérale à l’heure actuelle, et un éditeur libéral peut s’en désoler : il sera obligé d’aller chercher de grands auteurs du 18ème et du 19ème siècles pour que nos contemporains puissent lire des romans, des pamphlets, des essais qui diffusent les idées de la liberté. Cette remarque ne s’applique pas aux oeuvres des philosophes, économistes,

juristes et historiens qui traitent de la pensée libérale – et le Prix du Livre Libéral est à cet effet un stimulant et une preuve de la vigueur des intellectuels libéraux français. Elle s’applique à la littérature destinée au grand public, et qui peut faire adhérer ou rêver à une société de libertés à travers la description de la « comédie humaine » et l’imaginaire d’un monde de fraternité et d’amour.

 

Deux grands auteurs font exception au cours des cinquante dernières années : Ayn Rand et Mario Vargas Llosa. Ils ont en commun de bâtir un roman autour d’un héros exemplaire par son sens de la liberté : être libre c’est aller au bout de ses idées, sans se laisser influencer par les bizarreries voire les stupidités de la société contemporaine. Ainsi Ayn Rand fait-elle un savant montage pour faire apparaître à la fin du roman « La grève » son John Galt, qui donne la clé de tous les évènements vécus dans les premiers chapitres (au passage un portrait plus que nature de ce que nous vivons aujourd’hui en France). Le message est encore plus clair dans « La Source Vive » où l’architecte Howard Roark, révolté contre la construction bâtie sans conformité à ses plans, fait exploser le bâtiment.

 

Quant à Mario Vargas Llosa, c’est son Don Rigoberto qui tient le cahier de ses pensées nocturnes qui lui permettent d’effacer les souvenirs d’une liaison malheureuse. Le romancier développe le thème de la liberté de la chair : de quoi plaire aux libertariens (mais peut-être pas aux libéraux conservateurs NDLR).

Il ne peut y a voir de limite à la liberté d’écrire. Il se trouve qu’en France la création littéraire est étouffée par la pensée unique, par le conformisme et l’hypocrisie de la société.

Vers notre centenaire

 

Il revenait à Jacques Garello, qui a présidé l’ALEPS pendant 37 ans (de 1977 à 2014) de retracer les étapes de notre association et de proposer une prospective de la pensée libérale pour les mois et les années à venir.

 

Les étapes de l’ALEPS

 

Fondée en 1966 pour gérer le Prix André Arnoux, l’ALEPS s’est charpentée grâce à la conjonction d’universitaires, d’entrepreneurs et de journalistes. Les universitaires libéraux et surtout les économistes, étaient rares à l’époque : le marxisme inspirait la gauche et le keynésianisme la droite. Fort heureusement il y a avait en France plusieurs membres de la Société du Mont Pèlerin, dont en particulier Jacques Rueff et Daniel Villey, et grâce au soutien d’entrepreneurs attachés à la liberté économique l’ALEPS pourra très vite organiser les Semaines de la Pensée Libérale. Un temps fort de cette première étape sera la tenue en 1983 de la réunion mondiale de la Société, dont Fred Aftalion, PDG de l’Entreprise Minière et Chimique, était à l’époque le vice Président.

 

4. Fred Aftalion : Hayek à Paris

 

En 1983 la France était au plus bas. Le programme de la gauche, à base de nationalisations de l’industrie et de la finance, avait produit ses premiers effets : deux dévaluations, du chômage, un totalitarisme culturel. Le président de la Mont Pèlerin était Ralph Harris (plus tard anobli par Margaret Thatcher). Hayek lui a conseillé d’organiser le congrès de la Société à Paris pour que les libéraux du monde entier puissent comprendre ce qui se passait dans ce pays jadis terre de libertés, mais puissent aussi affirmer leur solidarité avec ce peuple tombé en esclavage. La manifestation fut un succès : trois prix Nobel Hayek, Friedman et Debreu, les meilleurs économistes américains et européens ont participé. Un numéro du Figaro Magazine (1.300.000 exemplaires) consacré au « retour du libéralisme », une réception à la mairie de Paris où Chirac prononce un discours ultra-libéral ahurissant, au point d’impressionner Hayek (mais sans doute ne l’avait-il pas rédigé), un dîner de gala organisé par les entrepreneurs, un repas plus intime chez moi, avec une table où discutaient Hayek, Harris, Raymond Bourgine et Jacques Garello. Voilà une étape importante, parce que le libéralisme va renaître de ses centres et porter un coup fatal aux socialistes au pouvoir : ce sera la manifestation de juin 1984 pour la liberté scolaire, et le triomphe électoral aux législatives de 1986.

5. Pascal Salin : Les Nouveaux Economistes

 

La fin des années 1970 marque une « grande lessive» : nouveaux philosophes, nouvelle cuisine, nouveaux papes, et nouveaux économistes. Le noyau de ce groupe libéral est venu du séminaire Jean Baptiste Say, que j’ai créé à Paris Dauphine dès 1961 avec Daniel Pilisi, Pierre Salmon, Alain Wolfesperger. Le concours d’agrégation de 1966 titularise plusieurs professeurs qui ont rompu avec l’enseignement keynésien traditionnel et ont découvert les auteurs libéraux de l’école de Chicago.

 

De nouveaux enseignants rejoignent le groupe : Florin Aftalion, Edmond Alphandéry, Gérard Bramoullé, Jean Pierre Centi, Emil Maria Claassen, André Fourçans, Georges Gallais-Hamonno, Jacques Garello, Bertrand Jacquillat, Fred Jenny, Henri Lepage, Maurice Nusselbaum, Jean Jacques Rosa, André-Paul Weber. C’est en 1978 que les « Nouveaux Economistes » se rencontrent régulièrement, tiennent des séminaires et colloques, et défient les économistes socialistes dans des joutes contradictoires (Attali et Fabius sont les vedettes opposées). Une dizaine d’ouvrages est publiée, pour dénoncer les risques des nationalisations et le contenu totalitaire du « programme Commun », mais aussi pour vulgariser la « Nouvelle Economie » en honneur aux Etats unis avec les monétaristes et les autrichiens.

En 1978 est lancée la première Université d’Eté à Aix en Provence, elle est couverte par plusieurs magazines. Hélas cela n’empêchera pas l’avènement de Mitterrand. Mais l’écho des thèmes de la Nouvelle Economie ne cesse de grandir, et les idées libérales seront enfin reçues dans la classe politique avec « la bande à Léo » et le Parti républicain qui se réclament des succès de Reagan et Thatcher. Après 1988 durant le deuxième mandat Mitterrand la Nouvelle Economie n’a de vigueur que dans les milieux universitaires, avec la Faculté d’Economie Appliquée d’Aix en Provence et les équipes parisiennes de Dauphine (Paris IX) et Assas (Paris II). Un moment fort sera l’organisation en 1996 de la convention mondiale de la Société du Mont Pèlerin (présidée par Pascal Salin NDLR).

 

A Cannes 600 participants, dont quatre prix Nobel seront présents. D’autre part l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie à Aix entretiendra la flamme libérale et les liens internationaux jusqu’en 2012.

 

Les anciens étudiants des Nouveaux Economistes assurent aujourd’hui la relève, mais le monde universitaire français a été submergé par la vague socialiste, subventionnée par les gouvernements successifs, de droite comme de gauche (c’est Valérie Pécresse qui dissout la FEA d’Aix NDLR).

6. Jean Philippe Feldman : l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie

 

Pascal Salin a souligné l’importance et la qualité des 33 Universités d’Eté qui se sont succédées à Aix à l’initiative de l’ALEPS présidée par Jacques Garello, pour ma part je voudrais insister sur ce que cette réunion annuelle a représenté pour le jeune étudiant en droit et science politique que j’étais.

J’étais trop jeune pour avoir vécu les toutes premières éditions, mais je n’ai cessé d’y participer à partir de 1985, en qualité d’étudiant d’abord, puis de professeur ensuite (maître de conférences en 2002, agrégé en 2004 NDLR).

 

L’Université d’Eté n’était pas seulement un haut lieu du savoir et du débat d’idées, mais une véritable famille. Elle donnait l’occasion de rencontrer des seniors et des juniors de tous les pays, du monde entier. L’excitation intellectuelle n’avait d’équivalent que la chaleur de l’amitié.

 

Quelques grands moments m’ont particulièrement marqué : l’accueil des étudiants russes qui l’avant-veille étaient Place Rouge sur les chars d’Eltsine, le Parti Communiste de l’URSS était dissout, l’afflux massif de Roumains, Bulgares, Hongrois, Tchèques, Polonais et Baltes venus par centaines prendre le souffle de la liberté, la remise du grade de docteur hinoris causa de l’Université d’Aix à Gary Becker, prix Nobel, puis une autre année à Vaclav Klaus, Présdent de la République Tchèque, les cours magistraux de Ronald Coase, Leonard Liggio, Israël Kirzner, l’année 2001 où est fêté le bicentenaire de la naissance de Bastiat. Pour quelques étudiants privilégiés dont j’ai été, l’Université d’Eté s’articulait avec les séminaires du Chambon sur Lignon organisés par l’Institut Européen d’Etudes Economiques (IES Europe) créé par Jacques Garello C’est donc au sein de cette famille que j’ai grandi en libéralisme, et que j’ai décidé de prendre un engagement libéral.

 

Je tiens toujours cet engagement, et je suis honoré d’avoir été choisi comme administrateur de l’ALEPS. Je crois que l’ALEPS a une vocation spécifique et un talent particulier pour aider la jeunesse à découvrir la splendeur de la liberté.

7. Prospective : conclusion (rapide) par Jacques Garello

 

L’ALEPS peut être fière de son passé, évoqué peut-être un peu trop rapidement ici. On aurait dû parler aussi de la constitution de la bibliothèque libérale à Macmahon, de la Revue des Etudes Economiques et Humaines, revue bilingue qui a été éditée pendant dix ans (et survit sous forme électronique), de la participation de nombreux amis à la Société du Mont Pèlerin et bien sûr de la Nouvelle Lettre qui en est à son numéro 1.300 : 37 ans d’existence. Les artisans de ce succès doivent être remerciés, qu’il s’agisse des pères fondateurs comme Fred, Pascal ou Axel, comme de la relève qui a pris notre association en charge depuis quelques mois : Patrick Simon et son bureau.

Mais c’est l’avenir qui compte, et les perspectives de 2017 nous engagent à renforcer notre action, il nous faudra la foi pour cela.

 

 

Les perspectives de 2017

 

La France a un rendez-vous historique avec le libéralisme. Mais ce rendez-vous est difficile.

L’opinion publique a été égarée, façonnée par plusieurs décennies de socialisme flamboyant ou pervers, par des gouvernements de droite comme de gauche. Chaque fois que l’occasion s’en présentait, la rupture libérale ne s’est jamais produite : en 1974 avec VGE, en 1986 avec la chambre de libéraux introuvable et le gouvernement Chirac, en 1993, en 1995, en 2002 et pendant les deux quinquennats Chirac et Sarkozy.

 

L’espoir renaît avec le plébiscite de François Fillon en novembre dernier. Mais la vague incroyable n’est-elle pas en train de se briser ? François Fillon nous a persuadés de ses convictions profondes, si différentes des discours et des actes de la classe politique à ce jour. Mais la tentation est grande de retomber dans l’ornière des réformes ponctuelles, des négociations stériles et, finalement, de la tyrannie du statu quo. Beaucoup dans l’entourage du (futur) président l’embrassent pour mieux l’étouffer. Quand on veut faire une rupture, il faut rompre. Un programme ne peut être un calendrier de réformes ajustées au mieux, mais il doit être englobé dans une vision d’ensemble qui lui donne sa cohérence, comprehensive disent les Anglais. Dans ces conditions, il n’est pas question de nous endormir sur le mol oreiller des primaires, et notre devoir sera de pousser, pousser encore dans la voie de la rupture.

 

Garder la foi

 

Il ne fait aucun doute que le succès de l’ALEPS a consisté précisément à tenir la ligne, à se mobiliser et agir au nom des valeurs libérales résumées dans le carré magique liberté, responsabilité, propriété, dignité. Notre libéralisme ne se réduit pas à la libre entreprise et au libre échange, dont la nécessité et l’efficacité sont bien sûr évidentes. Il procède aussi d’une vue éthique et esthétique de l’être humain et des relations entre les individus et la société. S’il rencontre des adhérents c’est parce qu’il est l’humanisme qu’appellent aujourd’hui une nation et un monde privés de repères et d’espoir, parce que les idéologues héritiers du marxisme, les post-modernes comme ont dit, ont forgé l’image et le plan d’un homme « dévasté », destructeur et lui-même détruit.

 

Le libéralisme est au contraire une foi dans l’homme, créateur, serviteur, mais évidemment faillible – tout en tirant grâce à la raison les leçons de ses erreurs. Les socialistes pensent que l’homme est avide, violent, agité parla lutte des classes, et qu’il ne peut être heureux que dans une société scientifiquement organisée par une élite, faite d’hommes exceptionnels, et qui méritent d’exercer tout pouvoir sur le peuple.

 

Continuons à garder cette foi dans l’homme libre, capable comme on dit de renverser des montagnes.

C’est la seule façon de mener notre croisade, et soyons persuadés que la Vérité vaincra.

 

 

 

Pour mémoire, le "quarantenaire" en 2006.

 

Liens

Comment nous joindre

ALEPS

35 avenue Mac Mahon

75017 Paris (France)

 

tel: 33 01 43 80 55 18

 

alepscontact@gmail.com