ANNEE 2013.

Sommaire

 

 

1- Bulletin 145, octobre 2013.

 

Bertrand LEMENNICIER

"Faut-il interdire les bonus, parachutes dorés et stock-options ? "

 

Jean-Yves NAUDET

" Reprise, vous avez dit reprise ?"

 

Fred AFTALION

"Banques centrales et croissance"

 

Olivier MÉRESSE

"L’appât du gain peut-il expliquer le comportement des entreprises ? le cas Dyson"

 

OPINION

Jean-Philippe DELSOL

"Les boucs émissaires du fisc"

 

BONNES FEUILLES

Lucas LÉGER

"Mondialisation : consommateur ou acteur ? "

 

LIRE LIBERAL

. Sauve qui peut ! d’Éric Brunet

. Quelle réponse éthique à la crise ? Modèle mutualiste et coopératif et/ou modèle actionnarial de Jean-Yves Naudet

2- Bulletin 144, juillet 2013.

 

Georges LANE

"L’organisation monétaire déboussolée"

 

Olivier MÉRESSE

"De la publicité à la propagande"

 

Fred AFTALION

"Énergie et économie « verte ». les apprentis sorciers"

 

Jean-Philippe FELDMAN

« Lettre ouverte d’un libéral à M. le Président Nicolas Sarkozy »

 

BONNES FEUILLES

H16

"Égalité taxes bisous"

 

LIRE LIBÉRAL

. On entend l’arbre tomber mais pas la forêt pousser de Nicolas Bouzou

. La France adolescente de Patrice Huerre et Mathieu Laine

3- Bulletin 143, avril 2013.

 

Xavier FONTANET

"Les harmonies concurrentielles"

 

Fred AFTALION

"Les tribulations de l’Union européenne"

 

Jacques GARELLO

"Retraites : changer de braquet "

 

Jean-Yves NAUDET

"L’enseignement social de benoît XVI : une vision anthropologique"

 

OPINION

Jean-Philippe FELDMAN

« Êtes-vous citoyen ? »

 

BONNES FEUILLES

Tom PALMER

"La moralité du capitalisme"

4- Bulletin 142, janvier 2013.

 

Jacques GARELLO

"Remettre la France à l’heure de la liberté"

 

Jean-Yves NAUDET

"Récession"

 

Jean-Philippe DELSOL

"Combien d’élus et quelles indemnités ?"

 

Fred AFTALION

"La démocratie, victime de sérieuses dérives"

 

Olivier MÉRESSE

"Le greenwashing du siècle"

 

Nicolas LECAUSSIN

"L’emploi vert est un mythe destructeur de vrais emplois"

 

David HART

"A propos de Bastiat : ce qu’on n’a pas lu"

 

Ronald COASE

"Il faut protéger la science économique... des économistes !"

 

OPINION

Mathieu LAINE

"La « grève » morale de Gérard Depardieu"

 

LIRE LIBÉRAL

La monnaie histoire d’une imposture de Philippe Simonnot et Charles Le Lien

 

BONNES FEUILLES

Philippe SIMONNOT et Charles LE LIEN

"La monnaie histoire d’une imposture"

 

- Bulletin 145, octobre 2013.

AVANT-PROPOS

Qu’une entreprise s’écroule et que son dirigeant saute de son siège confortablementéjectable, en parachute doré, voilà qui en scandalise plus d’un. Mais le « grand public » ne sait pas tout – en fait, il ne sait rien – du fonctionnement des modes de rémunération au sein de l’entreprise. Bertrand LEMENNICIER, avec une infinie patience, se propose donc de démêler, fil après fil, la très complexe « pelote » de ses indemnités (p. 2).

 

L’annonce faite au grand public de la fin de la crise et d’un « net rebond de la croissance » aurait dû nous plonger dans l’allégresse. Mais la nouvelle était trop belle pour être vraie et Jean-Yves NAUDET nous confirme l’imprécision des calculs faits à la hâte, la fragilité des résultats qu’un seul jour de grève pourrait modifier (p. 20).

 

Devant la catastrophe économique que nous devons à l’État-Providence, les hommes politiques plutôt que d’affronter la réalité et se décider à mettre en place des réformes structurelles profondes. ont préféré se délester de toute responsabilité et de l’effort à accomplir en demandant de l’aide aux banques centrales. A elles de faire repartir la croissance... et la France ne voit toujours rien venir ! Le scénario de cet échec annoncé est signé par Fred AFTALION (p. 23).

 

S’il est vrai que les « bonnes » entreprises sont jugées à l’aune de leur sens du risque et de leur esprit d’innovation, il en est – hélas ! – qui passent à côté d’une chance offerte. C’est ce que nous conte Olivier MÉRESSE à travers le chemin de croix d’un inventeur qui ne parvient pas à vendre ses idées. Or, celles-ci se révèleront beaucoup plus tard, très novatrices et très rentables. Le conte finit bien (p. 26).

 

Il n’en va pas de même avec le papier de Jean-Philippe DELSOL qui dénonce haut et fort les inadmissibles dérives fiscales. Dans la traque aux contribuables, en effet, l’État se croit tout permis : les enquêtes illicites, les peines écrasantes, le nonrespect des décisions des tribunaux. Bref, les projets de lois concoctées par le pouvoir

actuel bafouent délibérément la justice. Il était temps de tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne nous reste – pardon de plaisanter – que l’impôt sur les os (p. 31).

 

Bonne rentrée quand même, chers amis, et bonne lecture !

Jacqueline Balestier

 

Bertrand LEMENNICIER

 

FAUT-IL INTERDIRE LES BONUS, PARACHUTES DORÉS ET STOCK-OPTIONS ?

N.B. : Cette étude, initiée le 10 octobre 2008, vient d’être réactualisée par Bertrand Lemennicier pour ce bulletin de l'ALEPS.

La presse française s’est scandalisée de la rémunération de J.M. Messier (J2M), ex-PDG de Vivendi Universal, qui gagnait des sommes hors du commun au moment même où l’entreprise voyait les cours de ses actions baisser de moitié. Cette rémunération semble alors totalement déconnectée des performances de l’entreprise. Avec lan crise du système bancaire (2007-2008-2009) une paranoïa se répand dans les médias et chez les hommes politiques pour condamner ces rémunérations et plus particulièrement les indemnités de départ de ces grands dirigeants connues sous le nom de parachutes dorés, même lorsque l’entreprise est sur le point de faire faillite. Cette incompréhension de la rémunération des grands chefs d’entreprises illustre une fois de plus l’inculture économique générale du grand public et de nos élites quant aux phénomènes économiques. Il n’est donc pas inutile de rappeler au lecteur les raisons fondamentales de ces parachutes dorés, bonus et « stock-options » qui font la une des journaux télévisés.

 

Dans le journal « Le Monde » du samedi 13 juillet 2002, une enquête révélait que la valeur des stock-options de J2M équivalait à 13 millions 415 747 euros, son salaire (qui comprend la rémunération fixe plus la rémunération variable et les jetons de présence) était de 5 millions 123 611 euros, enfin les plus values réalisées sur ses stock-options en 2001 étaient de 12 millions 951 149 euros !

Il n’est pas le seul dans un tel cas.

 

Le PDG de l’Oréal : Lindsay Owen Jones disposait de stock-options d’une valeur de 39 millions 200 000 euros et d’un salaire 5 millions 552 315 euros l’an. La seule différence avec J2M est que les plus-values sur ses stock-options ont été proches de zéro.

En 2007, Jean-Philippe Thierry a été le patron le mieux payé de France nous dit le palmarès du magazine « Capital ». A la tête d’AGF Allianz, il a empoché 23,2 millions d’euros en 2007 [la rémunération comprend le salaire, les bonus, les jetons de présence, les avantages en nature, les indemnités, les retraites et les stock-options], soit 1,9 million par mois.

Deuxième du classement Pierre Verluca, le patron de Vallourec. Avec une rémunération en hausse de 32 %, il a gagné 12,4 millions l’an dernier, quand le « profit de sa société  augmentait d’à peine 8 % », selon le mensuel économique.

 

Tableau 1.

 

Revenus en millions d’euros des PDG en 2007

 

Année 2007

 

Rang                      Rémunération totale        salaire fixe            salaire variable :           Part fixe

Nom                        en millions d' €                                              bonus                     sur total des salaires

 

1

Jean Philippe Thierry

                                   23,2                                   0,8                        1,6                                0,33

AGF Allianz

 

2

Pierre Vercula

                                   12,4                                    0,5                        0,4                               0,56

Vallourec

 

3

Gérard Mestrallet

                                   12,2                                   1,3                          1,4                             0,48

Suez

 

4

Jean-Louis Beffa

                                   10,2                                   0,8                           0,5                              0,62

Saint Gobain

 

5

Xavier Huillard

                                   10                                      0,8                           0,8                            0,50

Vinci

 

6

Alain Dupont

                                      7                                        1                           1,5                            0,40

Colas

 

7

Philippe Montagner

                                        6 - -       

Bouygues Telecom

 

8

Henri Proglio

                                          5,8                                1,1                          1,4                          0,44

Veolia environnemet

 

9

Louis Schweitzer

                                          5,3                                0,3                             0                           1,00

Renault

 

10

Gérard Hauser

                                          5,2                              0,8                             1,4                         0,36

Nexans

Source : Capital no 206, novembre 2008.

 

Gérard Mestrallet, le PDG de Suez est sur la troisième marche avec un revenu annuel de 12,2 millions d’euros. Suivent Jean-Louis Beffa, le PDG de Saint-Gobain (10,2 millions d’euros) et Xavier Huillard (10 millions d’euros), le patron de Vinci. En 2011, le record est détenu par M. Rollier gérant de Michelin avec une rémunération variable de 4 millions 500 000 euros et 0 euro de salaire, suivi par Levy PDG de Publicis et Viehbacher PDG de Sanofi avec 3 millions 600 000 euros dont 900 000 euros de salaire fixe pour le premier et 1 million 200 000 euros pour le second !

 

En 2013 la liste des dix premiers se modifie à une exception près, celle de Gérard Mestrallet. Il voit cependant son revenu total diminuer considérablement en 6 ans puisqu’il passe de 12,2 millions d’euros à 3 millions d’euros, en revanche la proportion entre salaire fixe et rémunération totale reste à peu près identique.

 

Tableau 2.

 

Revenus en millions d’euros des PDG en 2013

 

Année 2013

 

Rang                      Rémunération totale        salaire fixe            salaire variable :           Part fixe

Nom                        en millions d' €                                              bonus                     sur total des salaires

 

1

Maurice Levy

                                               4,8                        0                              4,8                                   0,00

Publicis

 

2

Jean-Paul Agon

                                             3,97                     2,1                             1,785                                 0,53

L’Oréal

 

3

Bernard Arnault

                                           3,90                       81,59                           2,2                                   0,41

LVMH

 

4

Daniel Julien

                                            3,9                         2,7                             1,116                                0,69

Téléperformance

 

5

Christopher

Viehbacher                         3,522                     1,25                            2,26                                   0,35

Sanofi

 

6

Henri de Castries

                                           3,3                         0,95                            2,27                                  0,29

Axa

 

7

Christophe de

Margerie                            3,218                     1,5                               1,74                                 0,47

Total

 

8

Laurent Burelle

                                           3,2                        0,084                           3,024                                0,03

Plastic Omnium

 

9

David Jones

                                            3,122                     0,91                          2,118                                 0,29

Havas

 

10

Gérard Mestrallet

                                             3                          1,4                               1,6                                   0,47

GDF-Suez

Source : Journal du Net, 25 juin 2013.

 

La comparaison démontre deux choses : la baisse sensible des rémunérations en 6 ans des PDG des grands groupes du CAC 40 et leur mobilité dans le palmarès des dix premières rémunérations de leur PDG puisque l’on ne retrouve que GDF-Suez dans ce top niveau.

 

Même à 3 millions d’euros par an la somme apparaît fabuleuse comparée au revenu moyen d’un cadre estimé par l’INSEE en 2010 aux alentours de 64 000 euros soit 2 % de la rémunération du PDG !

Les dix meilleurs joueurs de football en 2013 perçoivent une rémunération annuelle supérieure à nos fameux PDG.

Tableau 3.

 

Revenus en millions d’euros des dix meilleures rémunérations

de joueurs de football en 2013

 

Rang 2013                              Rémunération en millions d’euros

 

1

Samuel Eto’o

                                                                            20

Anji Makhatchkala

 

2

Zlatan Ibrahimovic

                                                                          14

Paris St Germain

 

3

Wayne Rooney

                                                                        13,8

Manchester United

 

4

Yaya Touré

                                                                           13,8

Manchester City

 

5

Cristiano Ronaldo

                                                                           13

Real Madrid

 

 6

Sergio Agüero

                                                                        12,5

Manchester City

 

 7

Nicolas Anelka

                                                                       12

Shanghai Shenhua

 

8              

Seydou Keita

                                                                         12

Dalian Aerbin

 

9

Didier Drogba

                                                                        11,5

Shanghai Shenshua

 

10

Lionel Messi

                                                                         11

FC Barcelone

Source : Journal du Net, 25 juin 2013.

 

La réticence des Français aux rémunérations élevées des PDG des grandes entreprises n’a d’égale que leur fascination pour celle des joueurs de football ou des vedettes de cinéma ou bien du Loto qui leur promet la richesse sans effort en contrepartie de l’achat d’un billet d’une valeur maximale de 20 euros pour jouer la grille complète (1).

(1) Jouer au loto chaque semaine entraîne une dépense annuelle de 1 040 euros. La probabilité de gagner au loto est estimée à une chance sur 13 millions. Pour un gain de 15 millions, promis par le Loto, le gain attendu est de 1 euro 15 cents 15*(1/13). A chaque fois qu’un joueur achète un billet de 20 euros il perd en moyenne 18,85 euros ou 980 euros dans l’année.

 

Cela illustre une fois de plus que l’opinion publique semble définitivement sous l’empire des émotions et dans l’incapacité d’avoir une réflexion sérieuse en matière d’économie.

 

Un peu de théorie économique

 

Par définition même de la délégation d’autorité, le service rendu par le PDG, qui est un simple gérant, est la prise de décision qui va améliorer la valeur boursière de l’entreprise. Mais comment dissocier dans les performances boursières ce qui est dû à une bonne décision du PDG et ce qui est dû à des évènements hors du contrôle de l’équipe de direction ? C’est cette impossibilité de séparer dans la prise de décision du PDG ce qui est dû à sa propre performance et ce qui est dû aux aléas du marché hors de son contrôle qui fait naître un contrat salarial, très classique au demeurant si l’on pense au métayage, où actionnaires et gérants (PDG) partagent en deux les risques des fluctuations de la production.

 

En effet, pourquoi les actionnaires devraient-ils accepter d’accorder un fort pourcentage de rémunération au gérant de cette entreprise (le PDG), via des « options d’achat d’actions », en fonction d’une augmentation de la valeur des actions due à des évènements qui ne peuvent être attribués à des décisions qu’il aurait prises ? Par ailleurs, pourquoi devraient-ils accepter de payer une forte indemnité de licenciement ou de départ connue sous le nom de « parachute doré » à un PDG au moment même où les performances de l’entreprise sont les plus mauvaises ?

 

C’est un problème général de rémunération de l’agent (le PDG) par le « principal » ici les propriétaires de la firme, c’est-à-dire les actionnaires eux-mêmes.

 

Dans un contexte où les propriétaires de l’entreprise (les actionnaires) exercent un réel contrôle sur les PDG, la théorie économique donne une réponse simple : la rémunération sera composée de deux parties : une part fixe et une part variable. Dans la part fixe se trouve un salaire annuel correspondant aux heures de travail fournies comme pour n’importe quel salarié hautement qualifié et une indemnité de départ appelée « golden parachute » qui prend la forme d’indemnités de licenciement, de retraite chapeau, parfois d’une compensation pour clause de non concurrence (qui est une réglementation étatique) reflétant les pertes anticipées en cas de licenciement dû à des fusions ou à une restructuration de l’entreprise en faillite. Cette rémunération ne diffère pas fondamentalement de celle des autres salariés aux salaires beaucoup plus modeste. Sous cet angle des PDG ont des contrats tout à fait légaux et peu différent de leurs propres salariés.

En revanche, la part variable via les « stock-options » ou les bonus constitue

une rémunération reliée aux variations des cours des titres de la société ou, pour les bonus, aux profits réalisés par la firme dont l’objet est d’inciter les PDG à prendre les décisions qui amélioreront les revenus des actionnaires – vrais patrons de l’entreprise – et non les revenus ou le pouvoir des PDG eux-mêmes.

 

La proportion entre les deux modes de rémunération est dépendante de l’origine des variations des cours boursiers. Du point de vue des actionnaires, une rémunération à 100 % du PDG sous forme de salaire (exemple Louis Schweitzer PDG de Renault) évite l’erreur d’attribuer une part des profits qui n’est pas la conséquence de ses décisions. En revanche, elle commet l’erreur de ne pas lui attribuer une part des bénéfices que ses décisions ont permis à la société et donc aux actionnaires d’obtenir. Une rémunération à 100 % variable (exemple de Michel Rollier, DG de Michelin) a le défaut de récompenser le DG pour des évolutions des performances de la firme qui ne résultent pas de ses propres décisions. La formule devra donc équilibrer ces deux parties de la rémunération en fonction de la nature des fluctuations boursières et ou de la production. Cependant, quelle que soit la formule, elle est censée refléter la valeur de la productivité marginale des décisions du PDG. En général, la part fixe et la part variable sont plus ou moins d’égale importance ce qui, comme pour le métayage, est conforme à un partage optimal des risques, bien illustré ici par les tableaux 1 et 2 (2).

(2) Dans le monde anglo-saxon la part variable domine largement. La part fixe avoisine en moyenne seulement 23 % de la rémunération totale.

 

 

La détermination de la rémunération du gérant d’une entreprise résulte logiquement d’une confrontation entre une offre et une demande. Les performances passées du candidat à la fonction de PDG sont examinées avant

l’embauche. Le poste offert joue aussi un rôle non négligeable, en particulier,

l’importance ou la taille de la firme indique la difficulté des tâches et le niveau

de responsabilité associé à la prise de décision. Les firmes les plus grandes paient des niveaux de salaire très élevés. Plus la firme est grande, plus la responsabilité du PDG est grande et plus il est probable que les aptitudes requises sont importantes et qu’en moyenne, la personne choisie les possède.

 

Plus la réputation, la carrière et le revenu du PDG sont mis dans une position risquée plus la rémunération demandée (fixe et variable) sera élevée pour compenser le risque encouru. Par définition du partage des risques entre gérants (PDG) et patrons (actionnaires), le « parachute doré » correspond à la part du risque pris en charge par les actionnaires, tandis que les « stock-options » ou les bonus correspondent à celle prise en charge par les PDG.

 

Les sommes négociées apparaissent fabuleuses parce qu’elles correspondent à la réalisation de l’événement pour lequel le contrat a été conclu. Mais elles sont vite ramenées à une dimension normale si on en discute en termes d’espérance de revenu, c’est-à-dire si on la pondère par la probabilité d’apparition de l’évènement lui-même.

 

Si l’entreprise a une chance sur 10 000 de faire faillite, le parachute doré du PDG peut atteindre 1000 000 000 de dollars, l’indemnité attendue n’est que de 100 000 dollars ce qui est le prix d’une voiture de luxe. Prenons les bonus. Les actionnaires détiennent 3 millions d’actions et chaque action vaut 100 euros en moyenne. La valeur de l’entreprise en bourse vaut 300 millions d’euros. Maintenant le PDG prend une décision d’investissement ou de fusion qui augmente la valeur de l’action de 100 à 110.

 

La valeur de l’entreprise monte à 330 millions d’euros. Le comité de rémunération des actionnaires accorde alors un bonus de 5 % sur la plus-value que sa

décision a rapporté aux actionnaires. 5 % de 30 millions fait 1,5 million d’euros

qui est la moyenne du salaire variable perçu par les 10 premiers PDG du CAC 40 en 2007. Or 5 % de commission sur la valeur supplémentaire que l’on apporte à l’entreprise est un chiffre modeste. Le PDG aurait pu négocier 10 %.

 

Il en va de même avec les stock-options, que vous soyez PDG ou non, ce sont ceux qui échangent les actions sur un marché boursier qui décident de la valeur réelle anticipée de l’entreprise. Si ces « traders » estiment que l’entreprise est mal gérée, ils vendent les actions de cette entreprise et le portefeuille en actions du PDG et de toutes les personnes qui détiennent des actions de cette entreprise voient leur richesse « potentielle » diminuée tant qu’ils ne vendent pas leurs titres. Si cette année vous faites une plus-value potentielle de 20 millions d’euros, l’année suivante vous pouvez faire une moins-value potentielle de 20 millions d’euros de telle sorte que sur deux ans vous ne vous êtes pas enrichi.

Nos élites révèlent non seulement leur inculture économique mais aussi leur méconnaissance profonde de ce qu’est une espérance de gain ou de perte.

 

La rémunération sous forme d’une combinaison de salaire très élevé, d’indemnités de départ et d’options d’achat d’actions n’est donc pas anormale.

Elle reflète l’état du marché des dirigeants où les actionnaires de diverses entreprises sont en compétition entre eux pour attirer les meilleurs dirigeants dont l’offre sur le marché est rare. Ce n’est donc pas en interdisant les parachutes dorés, les bonus, les stock-options ou en taxant ces sources de revenus à 75 %

que l’on changera la rareté relative des PDG face à la demande de PDG de

grande valeur de la part des actionnaires. Les actionnaires trouveront un autre

moyen pour les attirer.

 

Quels services demandent les actionnaires quand ils embauchent un PDG ?

 

La réponse tautologique consisterait à dire qu’ils maximisent les revenus

des actionnaires. Mais cette réponse est abstraite et trop générale. Ce sont les

décisions d’investissements que le PDG va prendre qui vont maximiser ou non

leurs revenus. Veulent-ils un gérant qui apporte des capitaux, organise la production,

prend des risques non assurables, arrange les contrats, spécule entre

un prix de vente du produit fini et le prix d’achat des facteurs de production, ou

saisit les opportunités de profit ? Veulent-ils vraiment un entrepreneur ou un

simple manager ? Si oui, la rémunération élevée signale ou révèle ex ante la

demande sous-jacente des talents demandés par les propriétaires de la firme à

celui qu’ils embauchent pour exercer leur autorité à leur place : sa capacité à

saisir des profits purs. Cette capacité a un prix très élevé sur le marché des gérants ou des PDG. Ce prix ne récompense pas la productivité marginale en soi du PDG mais a pour fonction, comme pour n’importe quel prix, de signaler les points sur lesquels chaque PDG ou gérant doit faire porter ses efforts et son talent.

 

Cette caractéristique du marché est celle qui est la plus mal vécue par les individus. Un sentiment d’injustice est souvent éprouvé par beaucoup de gens, lorsque le revenu auquel ils sont habitués diminue ou disparaît parce que les services offerts ne sont plus demandés. Ce sentiment résulte largement de l’idée qu’ils ont moralement mérité ce revenu dès lors qu’ils travaillent sérieusement et honnêtement. Mais hypocritement, ils ne se plaignent pas lorsque le marché les fait bénéficier d’avantages qu’ils n’ont en aucun cas mérités.

 

On peut rappeler une leçon élémentaire en économie : le marché ne récompense ni le mérite, ni l’effort, ni la productivité marginale mais la valeur de la productivité marginale. Comme le soutient le Prix Nobel F. Hayek (1976) (3), le système de prix récompense les actions que les individus entreprennent pour offrir à leurs concitoyens ce qui leur manque et non ce qu’ils ont déjà en abondance !

(3) F. Hayek (1976), Law, Legislation and Liberty, The Mirage of Social Justice, Routledge and Kegan Paul, London.

 

La rémunération qu’impose le système de prix va dans le sens de sa fonction de communication et de coordination. Il signale la direction dans laquelle les gens doivent investir leurs efforts, talents et ressources.

Comparez deux chanteurs de rock, l’un Johnny Hallyday, l’autre Jesse Garon.

 

Le premier était sans grand talent au départ (avec l’âge et l’expérience il s’est

amélioré). Le second au contraire est très doué. Le système de prix a récompensé

Johnny Hallyday parce qu’il a offert à un moment donné, dans les années

60, à sa génération, ce qui lui manquait – des chansons de rock en langue

française – Jesse Garon offre le même produit à une génération qui a été abondamment

abreuvée de chansons de rock. Il n’a pas fait la fortune de Johnny

Hallyday. C’est une chose que même des esprits éminents ont du mal à

comprendre. La rémunération offerte par le marché pour inciter et motiver les

gens à agir est fondée sur la valeur attachée au service rendu par celui qui le

demande et non sur le mérite ou les coûts supportés par celui qui le fournit.

Un golden boy aujourd’hui gagne beaucoup d’argent et facilement, parce

que ce service est très demandé. En revanche, un mineur du Nord et un enseignant

qui endurent beaucoup de peine et d’effort pour gagner trois fois rien

n’ont pas encore compris que la valeur que les autres attachent à leurs services est justement trois fois rien. Le marché leur signale qu’ils feraient mieux tous

deux de faire autre chose. On doit cette idée, que le marché ne récompense pas

le talent de celui qui offre mais le service qu’il rend à autrui, à l’économiste

C. Menger et à ses disciples qui ont fondé ce que l’on appelle aujourd’hui le

courant de pensée autrichien. Paradoxalement, le système de prix comme guide

des actions humaines est hautement altruiste puisqu’il dirige les efforts de

chacun dans le but de rendre service aux autres.

Il est tout à fait étonnant de voir les hommes politiques vouloir légiférer sur

ce type de contrat au nom de la morale. S’ils considèrent que donner des subventions

à une entreprise pour la sauver de la faillite est incompatible avec le

respect des contrats passés prévoyant l’exercice de stock-options ou des bonus

à ses dirigeants, ils peuvent en demander le remboursement ou cesser de les

subventionner et l’entreprise fera faillite. Mais ce n’est pas ce qu’ils ont en tête

manifestement, ils veulent prohiber par la législation ces bonus ou stock-options,

donc supprimer la part variable de la rémunération des PDG. Le législateur

détruit les gains à l’échange entre actionnaires et PDG qu’offrait ce partage des

risques. Si le PDG devient un salarié, même extrêmement bien payé, les risques

de fluctuations de la production et de la valeur boursière de l’entreprise seront

supportés entièrement par les actionnaires, les plus réticents au risque vendront

leur part de propriété et la valeur boursière de l’entreprise diminuera. Les investissements

risqués rapportant de hauts profits ne seront pas financés et la collectivité sera privée des rendements et de l’utilité qu’ils auraient pu rapporter.

En fait ce qui est considéré comme une anomalie par les économistes ce n’est pas la composition de la rémunération mais c’est que cette rémunération des PDG ne semble pas être corrélée avec les performances de l’entreprise.

Cependant, après réflexion, cette anomalie n’en est pas une, car c’est exactement ce que prédit la théorie économique.

 

Séparation entre mode de rémunération et performances économiques

 

Le propre d’un contrat salarial avec pour moitié une part fixe et une autre

moitié une part variable consiste justement à se déconnecter des fluctuations de

la production contrairement à un contrat où les PDG supporteraient tous les

risques de la production avec une rémunération à 100 % sous forme de stockoptions

et/ou de bonus. Maintenant si l’on cherche à mesurer une relation entre

les performances des entreprises et la rémunération des PDG en prenant comme

indicateur de performance la valeur boursière, on aura, dans l’échantillon, des

firmes dont la valeur boursière est faible et d’autres élevées. Si les PDG étaient

rémunérés à 100 % sur la valeur boursière de l’entreprise, la corrélation serait

étroite entre la rémunération et la valeur boursière. Mais si 50 % de la rémunération

des PDG est déconnectée de cet indicateur de performances, la relation

est nécessairement atténuée car pour les firmes, à valeur boursière faible, la part

fixe de la rémunération excède la part variable et donc la performance. Par

définition, si la valeur boursière est élevée, la part variable ne prend que 50 %

de cette valeur. Si, par ailleurs, une fraction de la valeur boursière n’est pas due

aux décisions du PDG et entre dans un aléa, la relation disparaît. Elle disparaît

au niveau agrégé, mais elle demeure naturellement au niveau individuel. C’est donc une absurdité que de vouloir trouver une relation entre les performances des entreprises et la rémunération des PDG puisque justement le contrat est conçu pour partager les risques et éviter cette corrélation !

 

On peut aller plus loin dans la critique. La séparation entre la propriété et la gérance crée un problème de contrôle qui n’existe pas dans une firme familiale comme Mittal ou Michelin mais qui existe dans les firmes non familiales ou la propriété est dispersée sur un grand nombre de gens. Or ce pouvoir de contrôle

constitue un enjeu en soi entre actionnaires et gérants. La lutte pour ce pouvoir

peut affecter les performances de la firme. Il faut donc un arrangement contractuel

qui limite l’impact de cette lutte sur les décisions d’investissements.

 

Pour reprendre l’analogie proposée par Gompers, P. IshiiI et A. Metrick (2003) (4) à un extrême, comme pour une démocratie, le pouvoir de contrôle est tel que l’équipe dirigeante dispose de peu de pouvoir et peut être aisément remplacée par une autre, à l’autre extrême, comme pour une dictature, l’équipe dirigeante a le pouvoir de contrôler les actionnaires en dispersant cette propriété sur un grand nombre de petits actionnaires, en restreignant leurs droits de vote et en mettant des barrières naturelles ou légales à la possibilité pour des équipes dirigeantes rivales de faire des OPA.

(4) Gompers P. IshiiI et Metrick A. (2003), « Corporate Governance and Equity Prices » The Quarterly Journal of Economics (february).

 

C’est la fameuse thèse de Berle et Means (1932) (5) des années 1930 sur le pouvoir des dirigeants dans les grandes entreprises modernes.

(5) Berle A. et Means G. (1932), The Modern Corporation and Private Property, New-York, Harcourt, Brace & World.

 

L’idée que les PDG ont une grande latitude pour poursuivre leurs intérêts personnels au détriment des propriétaires est souvent confirmée par leur comportement.

Par exemple, la rémunération sous forme de stock-options peut être manipulée par les dirigeants eux-mêmes s’ils peuvent vendre quand ils le désirent leurs actions pour réaliser des plus-values. En effet, ils connaissent mieux que quiconque l’état comptable de la firme. Si celle-ci est en difficulté, ils sont les premiers à le savoir avant les actionnaires et administrateurs. Auquel cas les actionnaires ne contrôlent pas suffisamment contractuellement par des restrictions sur la vente, l’usage fait de ces stock-options par les PDG. En conséquence, la rémunération ne reflète pas la productivité des décisions des gérants mais une

meilleure information ou des informations privilégiées qui sont exploitées au détriment des actionnaires (délit d’initiés ou diffusion d’informations erronées).

 

Les propriétaires de la firme affrontent donc un problème classique de contrôle des décisions prises par les dirigeants. Mais ce contrôle a un coût d’opportunité. Le temps ou l’argent dépensé pour surveiller et contrôler les dirigeants d’entreprises sont des revenus en moins pour les propriétaires. Ces derniers vont arbitrer entre le coût d’opportunité d’un supplément de contrôle sur les décisions des dirigeants avec la perte de profit attendue s’ils ne le font pas. Tout l’art de la gouvernance d’entreprise consiste alors à trouver un arrangement contractuel, entre actionnaires et dirigeants, assurant un contrôle sur les décisions prises par les dirigeants de telle sorte que ces derniers maximisent les profits de la firme et non leurs intérêts personnels.

 

Comment les propriétaires peuvent-ils alors inciter les dirigeants qu’ils vont recruter à maximiser la valeur actualisée des profits de la firme et non leur intérêt personnel ? Ils disposent, en fait, de quatre modalités principales de répartition du pouvoir de contrôle qui peuvent être combinées ou séparées.

 

1. La première consiste à sélectionner les candidats à ce poste de dirigeants sur la base de caractéristiques particulières telles que l’intelligence, la loyauté et une forte puissance de travail (ce que signale le diplôme des polytechniciens) puis, ensuite, leur faire confiance dans la direction de l’entreprise. Ces individus

sont rares sur le marché, ils valent donc plus cher à l’embauche. La relation

contractuelle qui va les lier aux actionnaires reflétera cette rareté et donc ce coût

supplémentaire. Les actionnaires peuvent inciter les dirigeants à prendre soin

de leurs intérêts en leur proposant un mode et un niveau de rémunération qui

les incite à le faire. On leur offre une rémunération en deux parties l’une fixe

rémunérant l’effort du dirigeant comme pour n’importe quel salarié et l’autre variable liant son revenu à la valeur boursière de la firme et donc au revenu de l’actionnaire. Plus la part variable domine la part fixe, plus le dirigeant est sensible aux intérêts de l’actionnaire. On explique ainsi la distribution gratuite d’actions ou de stock-options aux cadres et dirigeants d’entreprises. Le niveau élevé des rémunérations des dirigeants d’entreprises est aussi le prix à payer pour s’assurer de leur loyauté à l’égard des actionnaires.

 

2. La seconde consiste en un arrangement contractuel où, à des périodes fixées à l’avance, les décisions prises par les dirigeants sont contrôlées par les propriétaires afin de vérifier que celles-ci maximisent bien les profits de la firme.

Cette activité de contrôle, qui peut être, elle-même, déléguée à d’autres personnes, n’est pas sans coût d’opportunité. Les propriétaires devront payer de leur temps ou du temps de quelqu’un d’autre pour ce contrôle. Ainsi les actionnaires délèguent leur pouvoir de contrôler les dirigeants à un petit groupe d’individus

– les membres d’un conseil d’administration et ou du conseil de surveillance

– qui suivent régulièrement la gestion de l’entreprise et dont le rôle est de préserver l’intérêt des actionnaires. Ils sont rémunérés pour accomplir cette tâche (6).

(6) Le Président du Conseil de surveillance de BAE System perçoit une rémunération de 663 000 dollars US.

 

3. La troisième consiste à concentrer le pouvoir de décision dans les mains de quelques actionnaires pour éliminer le problème d’agence soulevé par la séparation entre propriété et gérance de la firme. Pour aligner les intérêts des actionnaires et des dirigeants, Demsetz (1988) (7) avance l’idée qu’il suffit de quelques gros actionnaires qui détiennent une part significative des actions. Ils sont incités à la maximisation du profit et ont le pouvoir de mettre en oeuvre cette stratégie.

(7) Demsetz H. (1988), Ownership Control and the Firm, Basil Blackwell ; Demsetz H. (1995), The Economics of the Business Firm, Cambridge University Press.

 

 

La contrepartie est qu’ils supportent un risque plus élevé lié à la spécificité du marché où évolue la firme comme le souligne Demsetz et Lehn (1985) (8).

(8) Demsetz H. et Lehn K. (1985), « The Structure of Corporate Ownership : Causes and Consequences » The Journal of Political Economy, Vol. 93, No. 6 (Dec), pp. 1155-1177.

 

En revanche, ils peuvent poursuivre les investissements qui les avantagent au détriment des actionnaires minoritaires (shareholders), des employés, des clients ou des tiers (stakeholders). Si l’on suit Demsetz (1988 op. cit.), la structure actionnariale qui maximise l’utilité des actionnaires devrait être composée « d’un petit nombre d’actionnaires ayant la capacité d’exercer un contrôle minimum sur les dirigeants salariés ». On expliquerait ainsi qu’il suffit à un gros actionnaire de détenir 20 à 25 % des actions pour contrôler la firme.

 

4. La quatrième modalité consiste à externaliser ce contrôle de manière

indirecte à des tiers à l’entreprise : banques, marché boursier ou fonds institutionnels.

Si la valeur d’une entreprise sur le marché boursier baisse, et que cette

baisse vient de décisions erronées d’investissements ou du laxisme des dirigeants

qui négligent les intérêts des actionnaires, cela offre une opportunité de profit

à d’autres équipes dirigeantes : celle de racheter une part des titres de propriété

pour prendre le pouvoir, évincer l’équipe dirigeante actuelle, la remplacer par

une autre, réorienter la stratégie d’investissements, redresser l’entreprise et maximiser les profits. Une fois que la valeur boursière excède celle du prix d’achat auquel on ajoute les coûts engendrés par le redressement, l’équipe dirigeante revend l’entreprise au plus offrant. Cette opération d’arbitrage décrite par Manne (1965) (9) est une façon de discipliner de manière anonyme les dirigeants en place et laisse peu de latitude à ces derniers pour poursuivre leurs propres intérêts.

(9) Manne H. (1965), Mergers and the market for corporate control, Journal of Political Economy 75, 110-126.

 

En un mot, la compétition entre équipes dirigeantes, fût-elle potentielle, jouerait un rôle fondamental pour inciter les dirigeants à satisfaire les intérêts des actionnaires. Cet argument fait référence à un marché des équipes dirigeantes où les actionnaires peuvent mettre potentiellement en compétition des équipes dirigeantes en rivalité entre elles pour contracter avec eux et gérer leurs entreprises. Mais là encore changer d’équipe dirigeante a toujours un coût d’opportunité. Par exemple, la résistance des équipes dirigeantes aux OPA pour

protéger leurs intérêts personnels et freiner la rivalité entre équipes dirigeantes est connue du grand public par l’intermédiaire des pressions exercées par ces dirigeants auprès de l’homme politique pour réglementer ces opérations et les protéger de la compétition. Il existe une variété de moyens pour rendre coûteuse une prise de contrôle par des rivaux, comme les pilules empoisonnées « poison pill », les super majorités ou les augmentations de capital pour décourager les OPA.

 

Une autre façon externe de discipliner les dirigeants consiste à endetter la firme auprès des banques. Celles-ci, attentives à la rentabilité de leurs prêts, vont surveiller plus étroitement les dirigeants de l’entreprise et par ce contrôle vont augmenter la valeur boursière de l’entreprise comme le suggère Hart (1995) (10).

(10) Hart O. (1995), Firms Contracts and Financial Structure, Clarendon Press Oxford.

 

De manière identique, les actionnaires peuvent déléguer la gestion de leurs titres de propriété (leurs actions) auprès d’institutionnels qui gèrent les actifs des particuliers (actionnaires) et des firmes comme les fonds d’investissements ou des fonds de pensions. Ces derniers assurent grâce à des instruments financiers une rentabilité minimale à la valeur des titres de propriété de leurs clients.

Toutes ces modalités ont un coût d’opportunité. Ce coût d’opportunité dépend de la nature de la firme, du marché sur lequel elle opère et du cadre institutionnel et juridique dans lequel elle évolue. Celle qui sera choisie (ou une combinaison quelconque de ces modalités) est celle qui minimisera ce coût de contrôle (11) à profit donné ou bien, d’une manière duale, maximisera les profits de la firme nets des coûts d’opportunité liés aux modalités de gouvernance qui alignent les intérêts des propriétaires et ceux des dirigeants de la firme.

(11) Tel qu’il est perçu subjectivement par les actionnaires.

 

 

On a ainsi pris l’habitude, dans la littérature traitant de ce sujet, d’opposer deux grands types de modalités : le « outsider/market-based » qui définit le modèle anglosaxon et qui combine la deuxième et quatrième modalité et le « insider/blockholder » (12) ou modèle continental qui combine la première et troisième modalité.

(12) Pour reprendre une distinction de Rubinstein M. (2002), « Le débat sur le gouvernement d’entreprise en France : un état des lieux », Revue d’Économie Industrielle, no 98.

 

La question de fond que l’on se pose est alors la suivante : est-ce que l’une de ces modalités (ou combinaison de modalités) a plus d’impact sur la maximisation du profit que d’autres ? A-t-elle plus d’impact sur les performances de la firme mesurées par la valeur boursière des entreprises et/ou sur leurs rendements

financiers supposés nous renseigner sur les fondamentaux (13) de l’entreprise ? 

(13) Les rendements financiers sont les « return on equity » ROE, les « return on assets » ROA

et le q de Tobin, un ratio qui mesure la valeur boursière de l’entreprise sur le total de ses actifs.

 

Si la réponse est positive, celle-ci, sous la pression de la compétition, devrait se généraliser à l’ensemble des entreprises quel que soit le type de marché et quel que soit leur environnement institutionnel. Si la réponse est négative, c’est-à-dire si les modalités de la gouvernance sont sans effet sur les performances de la firme, il y a là un paradoxe apparent qu’il faut comprendre. Pourquoi consacrer autant d’efforts pour assurer le contrôle des dirigeants si les diverses modalités de gouvernance sont sans impact sur la valeur boursière des firmes ? Un raisonnement simple peut nous faire comprendre pourquoi il en est ainsi.

 

Le premier point consiste à rappeler ce que nous avons précisé plus haut.

Toutes ces modalités de la gouvernance ont un coût d’opportunité qui a la particularité d’être un coût fixe de transaction indépendant des décisions de production.

Ces modalités affectent donc la répartition du profit entre les actionnaires et les dirigeants des entreprises mais pas le niveau optimal de production obtenu en suivant la règle de l’égalité entre la recette tirée d’une production supplémentaire à son coût. Ce rappel nous renvoie aussi à deux autres arguments qui ont pris le nom de théorèmes que l’on enseigne dans les cursus universitaires.

 

1) Le théorème de Fisher (1930) (14) de séparation entre les décisions d’investissement et celles d’épargne et de consommation des propriétaires d’une firme.

(14) Fisher I. (1930), The Theory of Interest, New York, Macmillan.

 

Lorsque les taux d’intérêt prêteurs et emprunteurs ne divergent pas, les décisions de consommation ou d’épargne des propriétaires de la firme n’affectent pas les décisions d’investissement.

 

2) Le théorème de Modigliani-Miller (1958) (15) qui énonce qu’en absence d’impôt et de coûts de transaction, le mode de financement des investissements, endettement ou émission d’actions, est sans effet sur la valeur boursière de la firme.

(15) Modigliani F. et Miller M. (1958), « The Cost of Capital, Corporate Finance and the Theory of Investment », American Economic Review, 48 (3) : 251-97.

 

On peut en ajouter un troisième. Il consiste à rappeler que ces modalités sont des arrangements contractuels qui impliquent nécessairement un consentement entre les parties prenantes.
C’est un argument à la Demsetz (1983) (16).

(16) Demsetz H. (1983), « The structure of Ownership and the Theory of the Firm », Journal of Law and Economics, XXVI.

 

Ce dernier signale, à propos de l’appropriation de certaines dépenses de la firme par les dirigeants, que les actionnaires (respectivement les dirigeants d’entreprises) connaissent les conséquences de leurs actes et qu’ils acceptent donc de perdre leur pouvoir de contrôle si cet arrangement se fait en leur faveur, c’est-à-dire s’ils sont compensés pour les pertes attendues. Si cette perte de contrôle ne se fait pas en leur faveur, ils peuvent toujours vendre leurs titres de propriété et acheter ceux d’une firme où le pouvoir de contrôle est dans les mains des actionnaires et non de celles de leurs dirigeants (17).

(17) On pense aux fonds d’investissements  qui dispersent leurs portefeuilles en achetant une faible part de droits de propriété dans chaque firme, au maximum 5 %, mais que l’on retrouve en tête des propriétaires dans un très grand nombre d’entreprises.

 

Cette opération d’arbitrage augmenterait le prix des actions des firmes où le contrôle est dans les mains des

actionnaires et baisserait le prix des actions des firmes où le pouvoir est dans les mains des dirigeants. A terme, l’arrangement contractuel qui s’imposerait serait celui où le pouvoir est dans les mains des actionnaires et non dans celles des dirigeants puisque les investisseurs se porteraient acquéreurs de firmes dont le contrôle est dans les mains des actionnaires. Réciproquement, si les dirigeants ne désirent pas être les salariés d’une entreprise dans laquelle les actionnaires ont le pouvoir de décision, ils peuvent proposer leurs services à d’autres entreprises où les actionnaires sont moins exigeants sur le contrôle des dirigeants.

Or, les faits stylisés ne suggèrent pas de telles opérations d’arbitrage. Si

ce phénomène n’est pas observé c’est que les actionnaires (respectivement les

dirigeants), lorsqu’ils perdent leurs pouvoirs de contrôle, obtiennent un avantage en contrepartie qui annihile l’intérêt de faire cette opération. On ne devrait donc pas observer d’impact des modalités de la gouvernance sur les performances de l’entreprise mais, en revanche, on devrait observer une redistribution des rémunérations en contrepartie de la répartition du pouvoir de contrôle dans l’entreprise.

 

Un corollaire de cette analyse porte sur l’impact des modalités de la gouvernance

sur la taille de l’entreprise et ses stratégies de fusions ou acquisitions

voire de démantèlement de la firme elle-même. Les firmes externalisent ou internalisent

certaines de leurs activités, se diversifient ou se recentrent, s’allient ou

font des « joint-ventures », acquièrent de nouvelles firmes ou revendent des pans entiers de leur production de manière constante.

Ces mouvements ont intrigué les observateurs et les économistes ont cherché à comprendre ce qui pouvait déterminer ces transactions. Une première réponse a été donnée par R. Coase (1937) (18).

(18) Coase R. (1937), « The Nature of the Firm », Economica, 4, 386-405.

 

 

Créer une firme économise des coûts de transaction. Une activité ou un service produit au sein de la firme évite tous les coûts supportés pour obtenir le même service sur le marché. La frontière ou la taille de chaque firme sera déterminée par la comparaison entre le coût d’organiser une activité supplémentaire au sein de la firme et le coût de l’externaliser sur le marché. Lorsque deux firmes décident de s’intégrer en une seule firme, c’est que les propriétaires estiment que prises ensemble les deux firmes supporteront des coûts plus faibles pour un niveau donné de production que prises séparément. D’une manière duale, ils peuvent juger que pour des coûts donnés, la valeur boursière de la nouvelle firme vaudra plus que la somme des valeurs boursières des deux firmes prises séparément. Qu’est-ce qui peut expliquer un tel mystère ? Williamson (1971), et Klein, Crawford et Alchian (1978) ont proposé une explication simple. Certains investissements sont spécifiques à ce mariage et ont plus de valeur au sein de cette intégration qu’en dehors et offre donc une opportunité de profit qui ne pourrait être saisie autrement.

 

Andrade, Mitchell et Stafford (2001) (19) rappellent que les fusions-acquisitions arrivent par vagues et forment des grappes par industrie.

(19) Andrade G., Mitchell M. et Stafford E. (2001), « New evidence and Perspectives on Mergers », The Journal of Economic Perspectives, Vol. 15, no 2, pp. 103-120.

 

 

Les chocs sur les marchés concernés poussent chaque firme à se diversifier pour réduire les

risques encourus par une chute permanente de la demande. A l’inverse lors

d’une expansion permanente de l’industrie, les firmes se restructurent pour saisir

des économies d’envergure. Ces chocs peuvent provenir d’une déréglementation

(système bancaire et financier, télécommunications, transports aériens, etc.), d’une baisse de la demande (industrie de défense dans la décennie 1990) ou d’une innovation technologique (télécommunications).

 

Maintenant, est-ce que la structure des droits de propriété et les modes de gouvernance déterminent les stratégies d’acquisitions ou de désinvestissements ? Comme il s’agit de stratégie d’investissements, le raisonnement précédent s’applique à l’identique à cette question. Pour les fusions on s’attendrait à un impact car celle-ci implique une modification de la structure des droits de propriété.

 

Contrôle des dirigeants ou contrôle des actionnaires : aucune incidence sur l’efficience économique

 

Nous pouvons expliquer cette absence d’impact des modalités de la gouvernance

sur les performances de l’entreprise avec l’exemple suivant.

Supposons une firme avec 100 actionnaires et 1 dirigeant. La valeur des

actions de cette société vaut 10 000 euros pièce. Le dirigeant fait face à deux

projets d’investissement.

 

1. Le projet 1 rapporte 200 000 euros au dirigeant sous forme de bénéfices non monétaires qu’il s’approprie et augmente la valeur de l’action de 20 %, celle-ci passe à 12 000 euros et la valeur de l’entreprise à 1 200 000 euros.

 

2. Le projet 2 augmente la valeur de l’action de 50 % et chaque action vaut 15 000 euros. La valeur de l’entreprise passe à 1 500 000 euros, en revanche le dirigeant ne saisit aucun profit personnel de cette opération.

Si le pouvoir de contrôle est dans les mains du dirigeant, il préférera le projet 1 qui lui rapporte 200 000 euros de bénéfices personnels associés à sa position au projet 2 qui maximise la valeur de l’entreprise. C’est le dommage qu’il fait supporter aux actionnaires en ne respectant pas son contrat à leur égard.

Si l’information est transparente, s’il est aisé de réunir les 100 actionnaires en assemblée générale, si les droits de vote leur permettent de changer le projet d’investissement et si la distribution des pouvoirs ne crée pas un effet de répartition de la richesse, ces derniers vont modifier la décision du dirigeant en lui

proposant, par exemple, une rémunération de 210 000 sur le projet d’investissement 2 sous forme de « restricted stock awards ». Il s’agit ici d’actions qui ne peuvent être réalisées avant une certaine date et à un certain prix d’exercice.

 

Dans notre exemple, la date correspondrait au moment où l’investissement 2 produit ses fruits et le prix d’exercice serait supérieur à 12 900 euros. La valeur de chaque action est ramenée à 12 900 qui est une valeur supérieure à 12 000 euros mais inférieure à 15 000 euros. La valeur de l’action n’augmente plus de 50 % mais seulement de 29 %. C’est le coût d’opportunité que supportent les actionnaires pour aligner leurs intérêts avec celui du dirigeant.

 

Maintenant imaginons le contraire. Le pouvoir de contrôle est dans les mains des actionnaires au sens où le dirigeant ne peut choisir un autre investissement que celui qui maximise les profits de la firme. Entre les deux investissements, les actionnaires préfèreront le projet 2.

 

Pour faire accepter le projet 1, les dirigeants devraient alors offrir une rémunération aux actionnaires sous une forme de dividendes accrus de telle sorte que la valeur des actions majorée des dividendes excède 15 000 euros. Comme le projet d’investissement 1 ne dégage que 12 000 euros de valeur boursière soit au maximum 200 euros de dividendes à redistribuer par actionnaire sur les 200 000 captés par les dirigeants, ils ne peuvent acheter le consentement des actionnaires et le projet 2 est adopté. Dans un cas comme dans l’autre, l’investissement choisi est le projet 2. C’est celui qui maximise les profits et donc la valeur boursière de la firme

 

Maintenant changeons les chiffres. Supposons que sur le projet 1 le dirigeant peut s’approprier une somme de 1 000 000 d’euros et que celui-ci augmente la valeur de l’action de 100 % : de 10 000 euros celle-ci passe à

20 000 euros. La valeur de l’entreprise passe à 2 000 000 euros. Mais pour les actionnaires le projet d’investissement 1 ne vaut en fait que 1 000 000 euros ou 10 000 euros par action. Valeur inférieure au projet d’investissement 2 qui est de 1 500 000 euros ou 15 000 euros par action.

 

Si le pouvoir de contrôle est dans les mains des actionnaires, ces derniers choisissent le projet 2. Mais cette fois le dirigeant peut acheter le consentement des actionnaires en leur versant un montant de dividendes beaucoup plus élevé.

Il verse à chacun 6 000 euros de dividendes en plus de telle sorte que le projet d’investissement 1 vaut pour eux 16 000 euros par action. Le dirigeant perd 600 000 euros pour acheter le consentement des actionnaires mais peut s’approprier 400 000 euros sur le projet 1.

 

Si le pouvoir est dans les mains du dirigeant, les actionnaires ne peuvent pas lui acheter son consentement pour choisir le projet 2, et donc l’investissement qui maximise les profits ou la valeur de l’entreprise, est finalement adopté.

La conclusion de l’argument est simple : la distribution du pouvoir de décision

entre les actionnaires et les gérants est sans incidence sur l’efficience

économique. Si l’on mesure cette efficience économique par la valeur de la

firme sur le marché boursier, celle-ci sera toujours maximisée grâce à ces transferts

monétaires entre actionnaires et dirigeants d’entreprises.

Cet argument ne vaut que par les hypothèses mentionnées. En fait, l’intérêt

de cette argumentation réside dans le respect ou non de ces hypothèses.

 

D’une part, en l’absence de transparence des comptes et des décisions d’investissements ou de placements financiers, les dirigeants peuvent tromper les actionnaires comme avec l’affaire Wendel où les dirigeants ont été mis à l’amende pour abus de droit (20).

(20) Le Monde de l’Économie, Mardi 4 janvier 2011, p. 14.

 

Cela peut être le cas lorsque les actionnaires sont très nombreux et passifs ou bien quand les conseils d’administration et/ou de surveillance sont nommés par l’équipe dirigeante et dépendent quant à leurs jetons de présence du bon vouloir de celle-ci. La France est l’exemple type de cette consanguinité entre les dirigeants d’entreprise (21).

(21) Delaunay J.M. (2010), « Les cumulards du CAC 40 », Alternatives économiques, Article Web.

 

D’autre part, si les actionnaires négocient une compensation chaque fois que le gérant choisit un investissement dont il peut s’approprier les bénéfices non monétaires, cela peut l’inciter systématiquement à choisir ce type d’investissement.

C’est l’argument de Shleifer et Vishny (1997) (22).

(22) Demsetz H. (1988), Ownership Control and the Firm, Basil Blackwell ; Demsetz H. (1995), The Economics of the Business Firm, Cambridge University Press.

 

On comprend mieux maintenant l’arrangement contractuel entre dirigeants et actionnaires et les principes d’une bonne gouvernance. La transparence des comptes avec les commissions d’audit et leur certification apporte, aux actionnaires et aux membres du conseil d’administration et de surveillance, l’information dont ils ont besoin pour juger de la marche de l’entreprise. La taille du Conseil d’Administration doit être suffisamment modeste pour réduire les coûts de négociation et être représentative des nombreux actionnaires. Sa composition doit permettre une indépendance des administrateurs à l’égard de l’équipe dirigeante. Le pouvoir de ce conseil doit permettre aux administrateurs de fixer la rémunération du DG, la durée du mandat, l’embauche et le licenciement.

 

Il est intéressant d’observer que la pratique actuelle de la gouvernance des entreprises, en élaborant une charte de l’entreprise, revient à simuler toutes les hypothèses implicites qui permettent aux parties concernées par les décisions d’investissements de négocier un système de rémunération (23)

(23) Tout système de rémunération d’un salarié fût-il un dirigeant d’entreprise, est composé de deux parties, l’une fixe, pour le protéger des risques des fluctuations de la production, et une autre variable pour l’inciter à maximiser les profits de la firme (et donc le revenu des actionnaires).

 

La forme de ces rémunérations bonus (ou mois supplémentaire pour un salarié ordinaire), titres de propriété contingents à certains évènements et indemnité de départ ou de licenciement dépendent de la fonction du salarié dans l’entreprise. pour que tout transfert de pouvoir d’une partie à l’autre n’ait pas d’impact sur la valeur de l’entreprise et donc sur sa cotation en bourse.

 

Contrairement à la théorie habituelle qui évoque le partage des risques ou les incitations à maximiser le profit, nous insistons sur un autre aspect du système de rémunération : l’aspect compensation suite à une perte de pouvoir de contrôle. Cela permet de déconnecter l’efficience économique des phénomènes de distribution du pouvoir entre dirigeants et actionnaires à un coût minimal : celui de l’achat du consentement de l’une ou l’autre partie.

 

 

Jean-Yves NAUDET

 

 

REPRISE, VOUS AVEZ DIT REPRISE ?

Article paru dans La Nouvelle Lettre No 1 165.

 

François Hollande en a rêvé, l’INSEE l’a confirmé : la reprise est là, la France est sortie de la récession, la crise

est finie, vaincue par la politique du gouvernement, alléluia !

La réalité est un peu différente. On ne juge pas d’une situation économique sur des chiffres et indices conjoncturels, au demeurant peu fiables : ils ne représentent pas grand-chose par rapport aux éléments de fond et des tendances lourdes. Une économie qui n’a pas bénéficié des réformes structurelles dont elle a besoin et qui est plombée par le poids de l’État et des prélèvements obligatoires ne peut connaitre une croissance durable.

 

Très net rebond de la croissance ?

 

Nos ministres sont incorrigibles, rien ne leur sert de leçon. Sous le gouvernement précédent, le premier trimestre 2011 avait connu une croissance de 1,1 %. Commentaires de l’époque : la reprise est là, la crise est finie ; quelques trimestres plus tard, nous étions de nouveau en récession. Cette fois-ci l’INSEE annonce pour le second trimestre 2013 un taux de croissance de 0,5 %, moitié moindre que celui du début 2011. Il n’en fallait pas plus pour que le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, exulte, se félicitant d’un « très net rebond de la

croissance qui confirme la sortie de récession de l’économie française ».

 

Il est vrai que les « experts » anticipaient une hausse de 0,2 % ; cela veut simplement dire que les prévisionnistes se trompent, ce qui n’est pas un scoop.

Pour autant, est-ce un chiffre extraordinaire ? Il intervient après deux trimestres de baisse du PIB : 0,2 % au quatrième trimestre 2012 et également au premier trimestre 2013. Deux trimestres de baisse, c’est la définition statistique habituelle d’une récession. Un trimestre suivant de hausse permet-il de conclure à la fin de ladite récession ? Les deux trimestres à venir vont-ils nous conduire à un taux annuel de 0,1 ou de 1 % ? Parler de reprise est un bien grand mot, compte tenu de l’imprécision des chiffres et de l’incertitude des prévisions.

 

Les cocoricos sont donc prématurés et la discussion sur des dixièmes après la virgule ridicule : un jour de grève et on bascule dans le négatif ! Le seul commentaire à faire c’est que la France est en panne : on ne produira pas plus en 2013 qu’en 2012 et, comme la population augmente, le PIB par tête recule.

 

Relevons au passage le paradoxe : les mêmes hommes politiques qui accusent

sans cesse le marché, les entreprises, les profits, la bourse de se focaliser

sur le court terme s’arrêtent au premier chiffre venu pour en tirer des conséquences

définitives. Ils accusent le marché d’être myope, mais eux-mêmes ne voient pas plus loin que le trimestre en cours et ont pour horizon ultime la prochaine échéance électorale.

 

Les vrais moteurs sont en panne

 

Il est également intéressant de voir comment, selon l’INSEE, ce résultat a

été obtenu. L’INSEE voit deux facteurs explicatifs : le premier (0,2 % sur les

0,5 %) est la variation des stocks des entreprises : la belle croissance que voici !

Les invendus ont été produits, donc ils sont comptabilisés dans le PIB, c’est

l’habitude. Le second est la consommation des ménages (0,3 % sur 0,5 %). Ce

moteur-là, cher aux keynésiens, est le plus précaire : l’INSEE souligne qu’un de

ses facteurs aura été la hausse des achats d’énergie (+ 2,4 %) en raison de la

mauvaise météo du printemps : la pluie féconde le PIB.

 

Les vrais « moteurs » sont absents. La contribution du commerce extérieur à la croissance est nulle, les importations ayant progressé aussi vite que les exportations. Et surtout l’investissement poursuit sa chute : il connaît une baisse pour le sixième trimestre consécutif, avec un repli de 0,5 %. Or c’est l’investissement

qui est le vrai signe de la santé économique à venir : lui seul prépare le

futur et on voit mal comment une économie qui enregistre pour le sixième trimestre

d’affilée un recul de l’investissement pourrait progresser à terme. L’investissement,

c’est non seulement la croissance, mais aussi l’emploi de demain. En

dépit de la méthode Coué de François Hollande, la courbe du chômage ne s’inversera pas d’ici la fin de l’année. Pour l’instant, au second trimestre 2013, en dépit de la hausse du PIB, l’emploi salarié a encore reculé, avec une chute de 27 800 du nombre de postes.

 

Les fausses réformes

 

Il faut donc dépasser ces chiffres et ces analyses purement conjoncturelles.

L’essentiel est ailleurs. Les réformes dont la France a besoin n’ont pas été faites. Les organismes internationaux, avec toute l’élégance du langage diplomatique, ne cessent de le répéter : la France n’a pas fait les réformes que les autres pays ont réalisées.

 

C’est particulièrement vrai pour le marché du travail. La mesure phare du

gouvernement est l’intensification des emplois aidés, notamment avec les

« emplois d’avenir ». Mais en quoi peut-elle résorber le chômage ? Au-delà de ce

qui se voit (les 100 000 emplois qui seront ainsi créés, si jamais ils le sont), il y

a ce qui ne se voit pas (les emplois détruits par les prélèvements pour le financement

de ces emplois). En fait les rigidités sont toujours là, au niveau des salaires

(à commencer par le SMIC) et des procédures d’embauche et de licenciement.

Il y a longtemps qu’en France le marché du travail n’est plus un marché.

Enfin, peut-on parler de réformes quand le secteur public est toujours aussi

important et que l’État se livre au grand jeu du mécano industriel, en achetant

et vendant des titres ? Croit-on que c’est grâce à la Banque publique d’investissements qu’on va créer des entreprises ou que c’est en détruisant le statut d’autoentrepreneur

qu’on va créer des vocations ? Croit-on que c’est en refusant toute ouverture des professions fermées à la concurrence ou l’ouverture des services publics qu’on va créer des emplois et faire baisser les prix ?

 

Hausse ou baisse des prélèvements ?

 

Cependant le gouvernement a fait une grande découverte : il faut une nouvelle

fois sauver les retraites. Après avoir critiqué les réformes précédentes qualifiées

d’inutiles, le gouvernement prépare dans l’urgence sa propre réforme. Et

quelle réforme ! On ne changera rien au système par répartition, alors que

celui-ci est structurellement condamné, comme tout système de type Madoff (les

entrants financent les sortants), mais on va – quelle imagination ! – augmenter

les recettes, sans doute via la CSG. Les retraites ne seront pas sauvées, mais

ces nouveaux prélèvements vont plomber un peu plus notre économie.

Même si le FMI se trompe souvent et si ses recommandations sont largement

keynésiennes, tel était le sens des recommandations données à la France

il y a quelques semaines. Le FMI ne reprochait pas le fait de chercher à réduire

les déficits publics, mais le fait de prétendre les réduire par une hausse des

impôts. En effet, toute « rigueur » provoquée par une hausse des prélèvements accroît la récession et réduit les recettes fiscales (effet Laffer).

 

Voilà pourquoi nous ne croyons pas à la reprise en France, pas plus qu’à la baisse des déficits publics. Ce n’est pas pour nous réjouir, certes. Mais c’est pour rappeler à la classe politique que la seule façon de réduire les déficits et de susciter de la croissance est de baisser et les prélèvements et les dépenses publiques,

donc de réduire la taille de l’État. Sans cette double condition, il n’y aura pas de reprise véritable et durable, n’en déplaise à l’INSEE et au gouvernement.

Fred AFTALION

 

BANQUES CENTRALES ET CROISSANCE

 

Ce qui trouble les hommes

ce ne sont pas les choses,

ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses.

Épictète

 

A part les écologistes qui, fidèles aux « Sages » du Club de Rome, réclament une « halte à la croissance » par

crainte d’un épuisement des ressources naturelles qui ne s’est jamais produit, il n’est personne qui ne souhaite une reprise durable de la consommation des biens et des services après la crise de 2008.

 

Pour réaliser cet objectif il est clair que les pays du monde occidental qui ne l’ont pas encore fait doivent s’attaquer à des réformes de structure portant sur les dettes souveraines, les déficits dus à un excès de dépenses publiques et la stabilisation des monnaies.

C’est ainsi qu’ils pourraient redonner confiance aux investisseurs industriels et aux consommateurs privés.

Or, loin de procéder à ces réformes, les gouvernements de ces pays préfèrent s’en remettre à leur Banque Centrale du soin de les sortir de l’ornière.

 

Le rôle des Banques Centrales

 

Les Banques Centrales n’ont jamais eu jusqu’alors pour tâche de faire repartir la croissance des pays qui leur ont donné naissance.

Leur rôle principal était de contrôler les banques, dans la mesure où ce sont elles qui, par les crédits qu’elles accordent créent l’essentiel de la monnaie, et par là même d’agir sur l’inflation.

 

Sous la direction de Paul Volcker, la Federal Reserve américaine a pu juguler l’inflation des années 70, il est vrai au prix de pénibles mini-récessions.

De même entre 1990 et 2000, tant en Europe qu’en Amérique, les Banques Centrales ont su réguler les économies en agissant par petits incréments sur les taux d’intérêt officiels.

 

Avec Greenspan qui restera 19 ans à la tête de la Federal Reserve puis aujourd’hui avec Bernard Bernanke, une nouvelle conception apparaît selon laquelle par une politique monétaire appropriée les Banques Centrales peuvent accélérer jusqu’à « l’exubérance » l’expansion économique.

L’octroi inconsidéré de prêts à faible taux d’intérêt et l’avidité des banquiers laissés libres d’agir jusqu’à l’éclatement d’une bulle immobilière et financière, ont provoqué la crise de 2008.

Or par un étrange paradoxe les Banques Centrales qui n’ont su ni prévoir ni prévenir cette crise ont vu des gouvernements désemparés leur confier le nouveau rôle de recréer de la croissance par une politique monétaire appropriée.

 

Les nouvelles orientations

 

On aurait pu croire que Bernard Bernanke, l’actuel Président de la FED qui admirait le travail de Milton Friedman et d’Anna Schwartz sur les causes de la dépression des années 30 aux États-Unis, serait un monétariste cherchant à éviter les erreurs de Roosevelt.

 

Tout au contraire, pensant ainsi faire repartir la croissance et l’emploi il

maintint le taux d’intérêt à court terme voisin de zéro et pratiqua une politique

de création monétaire à grande échelle (quantitative easing) par l’achat de bons

du Trésor et de titres hypothécaires.

Cette politique d’inspiration keynésienne fut aussi celle des Banques Centrales

Européennes et plus récemment celle du Premier Ministre Abe au Japon.

La Federal Reserve fabrique ainsi 86 milliards de dollars par mois depuis septembre 2012 pour une croissance américaine de 2 % due en fait, pour une large part, à d’autres facteurs. C’est prendre un marteau-pilon pour écraser une mouche.

 

Les inconvénients du système

 

La politique monétaire suivie depuis maintenant cinq ans par les Banques

Centrales n’a non seulement pas permis la moindre amélioration sur le plan de

la croissance et de l’emploi (les pays du G7 comptent 27 millions de chômeurs) mais encore elle est la source de graves difficultés nouvelles. En premier lieu,

elle a conduit à un affaiblissement du dollar, monnaie de référence dans l’économie-

monde. Ceux qui croient aux bienfaits des dévaluations compétitives ne

doivent pas oublier que l’Allemagne n’a jamais pâti d’une devise forte comme

le mark qui l’incitait à de constants efforts de productivité.

Par ailleurs, le maintien d’un taux d’intérêt à court terme voisin de zéro

rend très aléatoire la gestion de la montagne de liquidités émises chaque jour et

leur placement dans des conditions favorables qu’il s’agisse des fonds de pension

ou des portefeuilles privés.

Ceci est d’autant plus dommageable que seule la capitalisation doit permettre

aux retraites de ne pas être englouties par l’usage de la méthode par

répartition, condamnée à terme.

C’est ainsi que les investisseurs se détournent des obligations dont le rendement

n’a jamais été aussi faible et s’orientent de préférence vers celles des

actions qui proposent des dividendes élevés sans savoir pour autant quelles sont

leurs perspectives d’amélioration à moyen terme.

 

Les Bourses ont bénéficié d’un récent rebond dû davantage à l’abondance des liquidités disponibles qu’à l’accroissement des profits que l’on peut attendre des entreprises qui y sont cotées, en cette période de récession.

Comme il ne sera pas possible de fabriquer encore longtemps de la fausse monnaie à ce rythme, les Banques Centrales laissent déjà entendre qu’à un stade qu’elles ne peuvent pas préciser il leur faudra réduire leur générosité.

Cette seule menace a suffi récemment à produire des décrochages temporaires dans les Bourses tant en Europe qu’au Japon, une telle nervosité s’expliquant par l’incertitude dans laquelle sont plongés les investisseurs.

 

Or, faute d’une relation précise de causalité entre la politique monétaire suivie par les Banques Centrales et la reprise de la croissance économique, les apprentis sorciers à qui nous devons cette politique sont incapables de prévoir une sortie de crise et donc de rassurer les industriels et les consommateurs sans l’ardeur desquels rien ne sera possible.

 

L’erreur d’aiguillage

 

Les gouvernements des pays en crise ont cru pouvoir éviter la cruelle obligation

de réduire les méfaits de l’État-Providence grâce à des réformes structurelles

profondes, en appelant à l’aide les Banques Centrales. Mais celles-ci sont

en train de prouver, à grands frais pour la collectivité, qu’elles sont incapables

de se substituer aux hommes politiques dont c’est la mission de réparer les dégâts

provoqués par des décennies d’incurie.

Olivier MÉRESSE

 

L’APPÂT DU GAIN PEUT-IL EXPLIQUER LE COMPORTEMENT DES ENTREPRISES ?

LE CAS DYSON

 

De nombreuses démonstrations du socialisme ordinaire reposent sur l’affirmation que les entreprises privées « pensent qu’à se faire du fric ». Or rien n’est plus faux. S’il nous semble important de démonter cet axiome, c’est qu’il est utilisé pour introduire et justifier les réglementations publiques les plus délirantes ou la fiscalité la plus scélérate. Outre le holisme consistant ici à prêter aux entreprises une intention, et outre le fait que leur cupidité supposée n’a pas beaucoup de sens pour l’économiste, celle-ci rend surtout très mal compte de la réalité.

 

L’entreprise privée est une organisation humaine multiforme qui regroupe des individus faillibles, gouvernés par des motivations variées et faisant face à des profits incertains. L’obsession de gagner de l’argent n’est pas facile à mesurer et le fait même de gagner de l’argent ne correspond tel quel à aucune activité humaine. Il faut forcément faire quelque chose de concret pour y parvenir : jouer au bingo, souder des tôles, gérer, investir... l’avidité doit nécessairement se traduire en actions.

 

Notons également en préambule que les entreprises les plus rentables ne se recrutent pas forcément parmi les pires. Apple, Michelin ou Nintendo sont, comme de nombreuses autres, des entreprises habitées par la passion de leur domaine, qui investissent des sommes considérables en recherche, et qui défendent avec ardeur les innovations dans lesquelles elles placent la plus grande foi.

 

 Elles ne sont jamais aussi rentables que lorsqu’elles parviennent à « retourner le marché » et à ce titre elles rendent des services inestimables à des millions d’utilisateurs satisfaits. Quand bien même elles seraient mues par la cupidité, nous aimerions connaître davantage d’entreprises aussi innovantes.

 

Le fantasme d’entreprises guidées par la froide arithmétique du profit

 

Toute personne qui a passé du temps à travailler avec des entreprises ou qui suit d’un peu près l’économie réelle aura vu des bureaucraties privées engloutir des montants pharaoniques dans des projets voués dès leur origine à l’échec, projets généralement fondés sur le mépris des clients ; et rejeter – par attentisme, avarice ou simple stupidité – des opportunités de profit d’ampleur tout aussi pharaonique.

 

Pour offrir au lecteur mieux qu’une anthologie d’anecdotes, je propose de fonder mon exposé sur l’expérience de James Dyson, créateur de l’entreprise Dyson, tout particulièrement connue pour ses aspirateurs sans sacs – expérience édifiante qu’il a eu la générosité de nous conter dans une autobiographie passionnante parue en 1997 (1), laquelle ne craint jamais de citer ni les noms des entreprises démarchées ni ceux des interlocuteurs dont il rapporte les verbatims.

(1) Dans la cour des grands ; par James Dyson ; Éd. Le Cherche Midi ; 2003 – Titre original : Against the Odds ; 1997.

 

 

Ancien élève du Royal College of Art, et après quelques premières expériences professionnelles, James Dyson réinvente la roue. Celle de la bonne vieille brouette en l’occurrence, qu’il remplace par une sorte de ballon de basket. Ainsi

équipée, sa brouette ne s’enfonce pas dans la gadoue, n’abîme pas les pelouses

et tourne plus doucement, sans risque de verser. Passons sur quelques obstacles, dédits et trahisons, la Ballbarrow® devient la brouette la plus vendue de Grande-Bretagne. Mais comme James a fait l’erreur de déposer le brevet au nom de son entreprise plutôt qu’en son nom propre, ses associés le débarquent à la première occasion.

 

Peu de temps auparavant, James s’est rendu compte qu’un aspirateur dont

le sac vient d’être changé perd en quelques minutes la moitié de sa puissance

d’aspiration. Esprit curieux et scientifique, il découvre d’ailleurs que ce n’est pas

une quantité de poussière mais de très fines particules qui viennent rapidement

boucher le filtre intégré au sac. Il a alors l’idée d’adapter aux aspirateurs domestiques

un système d’aspiration cyclonique utilisé en milieu industriel. Avant que

ses associés ne l’aient fichu dehors, il est d’ailleurs venu leur proposer son invention

en leur apportant un prototype qui fonctionne. Ce qui a donné à James

une première occasion d’entendre : « Si un meilleur type d’aspirateur était

possible, Hoover ou Electrolux l’auraient déjà inventé » ; phrase qui reviendra

comme un refrain tout au long de son chemin de croix.

 

James Dyson est donc au chômage. Adepte de la méthode edisonienne et soutenu par sa femme, il fait alors des dizaines de prototypes, et rapidement des centaines puis des milliers (5 127 puisqu’ils sont numérotés) afin de tester et améliorer son invention. Enfin, muni de son aspirateur et des brevets y afférents, il parcourt le monde à la recherche d’un industriel intéressé par son invention « clefs en main ». Il démarche à peu près tous les fabricants d’aspirateurs, ainsi que nombre d’autres partenaires potentiels, et pour une infinie variété de raisons son innovation finit toujours par être rejetée. Que peut-on répondre à : « Quelle preuve avez-vous que les gens n’aiment pas les sacs [d’aspirateurs] ? (2) » ?

(2) Op. cit., p. 107.

 

Rassemblés en troupeaux, les individus n’en deviennent pas automatiquement plus intelligents. « La chose extraordinaire était que, même lorsque ces gens avaient l’air convaincu de la technologie, aucun ne semblait vraiment m’écouter, impression que je ressentais clairement pour avoir une longue expérience des présentations. La raison de cette surdité était qu’ils voulaient d’abord défendre et justifier leur propre produit, si ce n’est contre moi, mais en tous cas entre eux (3). »

(3) Id., p. 122.

 

La résistance à l’innovation ne capitule jamais

 

Nous savions que la résistance à l’innovation ne se satisfaisait pas de démonstrations irréfutables mais nous aurions pu penser qu’elle était au moins prête à céder devant des preuves tangibles. Le livre de James Dyson a ceci de fascinant qu’il nous montre au contraire qu’elle y est totalement insensible. Même

en ayant sous les yeux un prototype breveté en état de fonctionnement, les

professionnels du secteur refusent de croire ce qu’ils voient. Ou post-rationalisent

leur réaction de rejet.

« [...] je me rendis en Suède pour rencontrer le responsable mondial de

la division des appareils ménagers [d’Electrolux]. Je lui fournis un modèle

pour que ses ingénieurs le testent, et deux jours plus tard, j’étais présent

lorsqu’il leur demanda “Est-ce qu’il marche mieux qu’un appareil à sac ?”

Je les entendis répondre “Oui !” et lui de redemander : “Est-ce qu’il filtre

mieux ?” et les ingénieurs de dire “Oui”, puis il se tourna vers moi et me

dit : “Dans ce cas nous devrions adopter cette formule, car nous pouvons le

vendre à un prix plus élevé que nos autres aspirateurs, et gagner beaucoup

plus d’argent.” “Alléluia !” C’était la première personne à comprendre qu’il

avait sous les yeux un produit unique, plus efficace que tous les autres, et

qui pouvait lui rapporter plus d’argent. Deux semaines plus tard, quand je

rappelai pour savoir ce qui se passait, il m’annonça qu’il avait proposé le projet à son centre de production d’aspirateurs en Grande-Bretagne, qui lançait au même moment un nouveau modèle et n’était donc pas intéressé (4). »

(4) Id., p. 123.

 

Le cas de Hoover est également étonnant puisque cette entreprise s’est

mise en situation de ne pouvoir recevoir de l’extérieur que les propositions de

charlatans, d’imbéciles ou de farceurs... Peter Drucker (1909-2005), théoricien

du management, disait en substance qu’il était peu probable que la personne

potentiellement la plus utile à une entreprise donnée se trouve par coïncidence

faire partie de son personnel. Mais l’entreprise est imperméable aux innovations

extérieures (syndrome connu sous le nom « not invented here » ou NIH) alors

même que l’innovation est le ferment de sa richesse future. Et plus une entreprise

est grosse, plus elle tend à être imperméable.

Bruno Lussato (1932-2009), autre théoricien du management, m’expliquait

un jour qu’une organisation se développe inéluctablement en gagnant plus

de graisse que de surface de contact avec l’extérieur, exactement à l’image d’une

sphère dont le volume s’accroît suivant un ordre cube (4πR3/3) quand sa surface

n’augmente que suivant un ordre carré (4πR2), ces équations dimensionnelles agissant en sens inverse des économies d’échelle (5).

(5) Une sphère d’un mètre cube offre ainsi une surface de près de 5 m2 ; si nous fractionnions cette sphère en petites sphères d’un millimètre cube, le volume cumulé de toutes ces petites sphères serait toujours d’un mètre cube mais elles offriraient alors une surface cumulée de 4 836 m2.

 

C’est aussi pour contrecarrer cette imperméabilité consubstantielle à la grosse entreprise que feu Steve

Jobs était réputé lire lui-même tous les emails qui lui étaient envoyés du monde entier (à l’adresse sjobs@apple.com) ou que de grosses unités s’efforcent de se scinder en unités plus petites, plus perméables et plus réactives.

 

Les entreprises ne sont que des organisations humaines

 

Les entreprises privées sont désespérément humaines et les premières

préoccupations qui semblent habituellement s’y rencontrer sont, comme partout

ailleurs, d’humilier ses semblables, de rejeter un maximum de bonnes idées et

plus généralement de tirer tout ce qui est possible vers le bas... Pour ramasser

en une phrase mon propos, dénué de toute misanthropie, je dirais qu’équilibrer

ses comptes est la dernière préoccupation à l’intérieur d’administrations qui se

croient immortelles, et n’est souvent que l’avant-dernière préoccupation à l’intérieur

d’organisations dont la survie en dépend, la dernière étant justement la

crainte de disparaître. Petite différence mais qui fait toute la différence.

 

Toute la complexité de l’être humain, avec ses contradictions, se retrouve nécessairement dans l’entreprise et c’est d’ailleurs tout l’art du manager que de

parvenir à mobiliser des profils divers autour d’objectifs clairs et partagés et de

faire coïncider les intérêts de chaque employé avec ceux des actionnaires. La

propension naturelle d’un salarié, qu’il soit dirigeant ou simple exécutant, est

d’être plus sensible à sa carrière ou à ses revenus propres qu’à l’avenir de l’entreprise. Il ne suffit pas de vouloir gagner de l’argent pour voir soudain tous

les employés d’une entreprise se mettre à agir rationnellement dans ce but.

L’entrepreneur non plus n’est pas mû par la seule logique du profit. Chaque

entrepreneur trace sa propre autoroute et n’est donc pas intéressé par n’importe

quelle opportunité de profit dans n’importe quel domaine sur la seule base d’une

espérance de gain. Après sept années de recherches infructueuses, James

Dyson, dépité, rencontre un peu par hasard un distributeur japonais qui trouve

son procédé rigolo. Il souhaite en faire un article de mode, gadget bizarre pour

détraqués techno, qu’il veut faire fabriquer en petite série pour le vendre à des

prix prohibitifs dans des boutiques branchées. Pris à la gorge par un endettement insoutenable, James accepte donc de lui abandonner son brevet pour l’ensemble du territoire nippon.

 

Quelques années plus tard, James Dyson cédera ses brevets à une entreprise

de brossage de moquettes puis abandonnera à Johnson Wax l’exclusivité

des marchés professionnels et industriels. Fort de l’argent que lui rapporteront

toutes ces licences, il décidera d’attaquer le marché des aspirateurs grand public

avec sa propre marque en en faisant sous-traiter la fabrication. Quelques obstacles,

dédits et trahisons plus tard, il financera la construction de sa propre

usine. N’ayant semble-t-il jamais trouvé de partenaire intéressé par l’argent, il

détient 100 % du capital de son entreprise qui fait aujourd’hui 1,2 milliard

d’euros de chiffre d’affaires annuel pour un résultat d’exploitation de 355 millions,

emploie quand même 4 400 personnes et vend plus d’aspirateurs que Hoover aux États-Unis. Entreprise très innovante en plus d’être très rentable, Dyson propose également des sèche-mains à lame d’air, des ventilateurs sans pales et des radiateurs express.

 

Les bureaucraties privées ont exactement les mêmes défauts que les bureaucraties

publiques, elles sont habitées par les mêmes êtres humains nantis des

mêmes défauts. Mais au moins disparaissent-elles – dans un contexte de marché

ouvert et dépolitisé – lorsqu’elles poussent le bouchon trop loin. C’est d’ailleurs

pour cette raison que « ce ne sont pas les fabricants de charrettes qui sont

devenus les leaders de l’automobile (6) ».

(6) Comme le rappelle fréquemment Stéphane Soumier (Good Morning Business sur BFM Business) de qui je tiens cette maxime.

 

Si beaucoup d’entreprises gagnent de l’argent c’est seulement parce que celles qui n’en gagnent pas trépassent pour laisser la place à d’autres, généralement plus utiles.

OPINION

 

Jean-Philippe DELSOL

 

LES BOUCS ÉMISSAIRES DU FISC

 

Un projet de loi attentatoire aux libertés est en cours d’examen. Il a déjà passé le cap de l’Assemblée Nationale sans soulever d’émotion particulière, alors qu’il remet en cause dangereusement l’état de droit qui veut que les sanctions soient proportionnées à la gravité des fautes et que les décisions des tribunaux soient respectées.

 

Mais, bien sûr, il s’agit de traquer les contribuables qui ont des comptes occultes à l’étranger, et pour eux rien n’est assez dur. L’État a besoin d’argent

et de nouveaux boucs émissaires. Il doit cacher la

misère des comptes publics, le chômage qui ne se stabilise qu’en trompe-l’oeil

et l’annonce dérisoire d’une possible économie de dépenses publiques l’an prochain de 1,5 milliard d’euros qui n’est qu’une pacotille par rapport à l’ampleur du déficit budgétaire.

 

Ce projet de loi No 1101 considère désormais les titulaires de comptes à

l’étranger comme s’ils relevaient du grand banditisme. Pour masquer l’inadéquation

d’un tel traitement, l’exposé des motifs évoque la nécessité de lutter contre

la fraude fiscale aggravée et commise en bande organisée. Mais les actes prévus

par le texte sont-ils assimilables à ces fautes très graves, pour lesquels on pourrait

éventuellement comprendre une répression renforcée ?

 

Point du tout : le texte qualifie de « fraude fiscale aggravée et commise en bande organisée » des actes

réalisés ou facilités au moyen :

« 1o Soit de comptes ouverts ou de contrats souscrits auprès d’organismes

établis à l’étranger ; (Bien entendu il s’agit de comptes ouverts à l’étranger et non déclarés en France.)

« 2o Soit de l’interposition de personnes physiques ou morales ou de tout organisme, fiducie ou institution comparable établis à l’étranger ;

« 3o Soit de l’usage d’une fausse identité ou de faux documents au sens de l’article 441-1 du code pénal, ou de toute autre falsification ;

« 4o Soit d’une domiciliation fiscale fictive ou artificielle à l’étranger ;

« 5o Soit d’un acte fictif ou artificiel ou de l’interposition d’une entité fictive ou artificielle. »

 

Le texte est donc mensonger. Il vise tous les contribuables ayant un compte à l’étranger, d’autant que tous l’ont ouvert et entretenu avec l’aide d’un banquier, d’un conseil ou autre et donc tous peuvent être considérés comme coupables d’une fraude en bande organisée. Tous seront désormais passibles de sept années d’emprisonnement et d’une amende pénale de 2 millions d’euros.

 

Ce projet propose par ailleurs d’élargir le champ de la procédure judiciaire

d’enquête fiscale aux fraudes fiscales résultant de l’utilisation de comptes bancaires

ouverts ou de contrats souscrits à l’étranger ou de l’interposition d’entités

établies à l’étranger (paradis ou non). Il octroie aux enquêteurs le bénéfice des

« techniques spéciales d’enquêtes » que sont la surveillance (article 706-80 du

code de procédure pénale), l’infiltration (articles 706-81 à 706-87 du code de

procédure pénale), la garde à vue de quatre jours (article 706-88 du code de

procédure pénale), les interceptions de correspondances téléphoniques au stade

de l’enquête (article 706-95 du Code de procédure pénale), les sonorisations et

fixations d’images de certains lieux et véhicules (articles 706-96 à 706-102 du

Code de procédure pénale), les captations des données informatiques (articles

706-102-1 à 706-102-9) et les saisies conservatoires (article 706-103).

 

L’article 4 aligne les peines prévues pour les personnes morales sur celles applicables aux personnes physiques en prévoyant expressément la possibilité

de condamner les personnes morales en cas de blanchiment, à la peine complémentaire

de la confiscation de leur entier patrimoine alors que cette peine n’est

prévue à ce jour que pour les infractions suivantes : crimes contre l’humanité

(art. 213-1, 213-3 du Code pénal), eugénisme (art. 215-1, 215-3), trafic de

stupéfiants (art. 222-49), traite des êtres humains et proxénétisme (art. 225-25),

corruption de mineur et pédopornographie (art. 227-1633), blanchiment (art.

324-7), actes de terrorisme (art. 422-6), fausse monnaie (art. 442-16), association

de malfaiteurs (art. 450-5) et crimes et délits de guerre (art. 462-6).

 

L’article 5 modifie les dispositions du code des assurances, du code de la mutualité et du code de la sécurité sociale régissant les contrats d’assurance-vie

afin de prévoir expressément que la condamnation définitive à la peine de confiscation

d’un contrat d’assurance-vie entraîne sa résolution judiciaire et le transfert

des fonds au profit de l’État. Et l’article 11 modifie le livre des procédures fiscales,

aux fins de permettre à l’administration de procéder à des saisies simplifiées

sur les droits rachetables de la part en euros d’un contrat d’assurance-vie

souscrit par un redevable. L’article 6 étend la possibilité d’effectuer des saisies

et des confiscations en valeur également sur les biens dont le condamné a la

libre disposition, sous réserve des droits du propriétaire de bonne foi. D’une

manière générale, il permet ainsi confiscation définitive des contrats d’assurance vie, contre la jurisprudence de la chambre criminelle de la Cour de cassation qui jusque-là s’y oppose (arrêt du 30 octobre 2012).

 

En violation du droit commun, l’article 8 modifie l’article 434-41 du code

pénal afin de faciliter l’exécution des décisions de confiscation des immeubles

en cas d’opposition de l’occupant à la libération des lieux et à la remise du bien.

L’article 10 autorise, contre la jurisprudence actuelle de la Cour de cassation

(31 janvier 2012, no 11-13098 et 21 février 2012, no 11-15162), l’administration

fiscale à exploiter les informations qu’elle obtient de manière illicite (vol,

recel, fraude...). D’une manière générale, le Pouvoir se moque de l’indépendance

de la justice en faisant voter des lois pour s’opposer de plus en plus systématiquement aux jurisprudences les mieux établies.

 

L’État se permet tout, considérant désormais que la fin justifie les moyens, ce qui ouvre la porte à tous les arbitraires. Le gouvernement lui-même s’emploie à contourner les décisions du Conseil constitutionnel en incluant, contre son avis du 29 décembre 2012, les produits des comptes d’assurance-vie en euros dans la base du plafonnement d’ISF. C’est le rôle et l’indépendance de la justice qui sont en cause et avec elle l’état de droit en sa substance. C’est pourquoi le comportement de la majorité socialiste au pouvoir apparaît résolument dangereux en ce qu’il porte les prémisses d’une société liberticide.

 

Article publié sur le site de l’IREF : irefeurope.org.

 

 

BONNES FEUILLES

 

Lucas LÉGER

 

MONDIALISATION : CONSOMMATEUR OU ACTEUR ? (1)

(1) Extrait du livre Mondialisation : consommateur ou acteur ?,

Contradicteurs : Jacques Cossart (ATTAC), Lucas Léger (IREF), Médiateur : Jacques Lévy, Le Muscadier, 2013, 128 pages,  9,90 .

 

Le Muscadier.

Pp. 85 sqq.

 

La mondialisation, c’est plus d’emplois

 

Depuis les années 1970, la France n’a plus jamais connu le plein emploi, et l’on reproche souvent à la mondialisation d’être la source de ce nouveau chômage de masse. Pour 74 % des Français, elle est une « mauvaise chose pour l’emploi ». Puisque le salarié chinois coûte beaucoup moins cher, les entreprises

délocalisent leur production vers l’empire du Milieu, privant nos ouvriers de salaire et de lien social. Le seul moyen de faire face serait de protéger l’emploi.

 

Ces jugements hâtifs ne résistent à aucune analyse rigoureuse. Le protectionnisme ne peut se substituer à une politique économique et industrielle de long terme en faveur de la croissance.

 

En quelques chiffres

 

Dans son dernier ouvrage (2), Philippe Manière remarque qu’il n’existe pas de corrélation entre le degré d’ouverture d’un pays (défini par la part moyenne des exportations et importations dans le PIB) et son taux de chômage.

(2) P. MANIÈRE, Le pays où la vie est plus dure, Grasset, 2012.

 

En comparant des pays aux caractéristiques économiques et sociales similaires à celles de la France, on note l’absence évidente de lien entre les deux variables.

Il est donc absurde de voir la mondialisation comme source du chômage : avec un taux d’ouverture de plus de 70 %, les Pays-Bas devraient alors faire face à un chômage de masse – raté.

 

                                                       Taux de chômage (1)                     Taux d’ouverture (2)

France                                                     8,4 %                                             27,49 %

Royaume-Uni                                          5,3 %                                            27,98 %

Italie                                                          6,1 %                                             29,35 %

Norvège                                                     2,5 %                                             37,80 %

Allemagne                                                 8,7 %                                             43,41 %

Suède                                                      6,1 %                                             48,73 %

Danemark                                                3,8 %                                             51,20 %

Pays-Bas                                                  3,6 %                                             70,62 %

 

1. Chômeurs déclarés/population active.

2. Moyenne des exportations et importations rapportée au PIB.  Taux de chômage et d’ouverture en 2007 (source : OCDE).

 

En 2011, l’OCDE a mené une enquête (3) sur l’impact de la libéralisation des échanges sur l’emploi et la croissance.

(3) OCDE, Policy priorities for international trade and jobs, 2012.

 

L’organisation internationale conclut qu’une réduction de 50 % des barrières tarifaires dans les économies du G20 pourrait être à l’origine de nouveaux emplois mieux payés. La création d’emplois non qualifiés grimperait de 0,3 à 3,3 % selon les pays, et jusqu’à 3,9 % pour les emplois les plus qualifiés. L’effet est également positif pour les salaires, avec des augmentations pouvant atteindre 8 %. Enfin, les exportations de la zone euro pourraient bondir d’au moins 10 %. Un vrai coup de pouce à la croissance qui nous fait tant défaut aujourd’hui.

 

La Commission européenne a calculé que l’ouverture des frontières au sein de l’espace Schengen avait engendré 2,2 % de croissance supplémentaire entre 1992 et 2006. Mais surtout, elle a permis la création de 2,75 millions de nouveaux emplois.

 

Il en va de même pour les États-Unis, où les statistiques officielles du gouvernement américain montrent qu’en pleine période de mondialisation, les créations d’emplois générées par les entreprises étrangères sur le territoire américain ont doublé.

En effet, entre 1987 et 2004, les sociétés étrangères ont créé plus de 3 millions d’emplois. En 2004, 5,4 millions d’Américains travaillaient dans une entreprise étrangère, soit deux fois plus qu’en 1987. Sur ce total, environ 13 % des emplois avaient été créés dans l’industrie – plus qu’à la fin des années 1990, où ce taux était de 11 %. Le salaire moyen annuel d’un Américain travaillant dans une entreprise étrangère était de 56 667 dollars, soit 31 % plus élevé que le salaire moyen accordé par une entreprise nationale (4).

(4) N. LECAUSSIN, « États-Unis : la mondialisation a créé des millions d’emplois », in Iref, avril 2012.

 

Délocalisation ne rime pas avec chômage

 

Comment parler de l’emploi sans parler des délocalisations ? Rappelons

d’abord que le rôle de l’État n’est pas de garantir tous les emplois coûte que

coûte. Lionel Jospin disait d’ailleurs : « L’État ne peut pas tout. » Il doit avant

tout favoriser, dans un environnement institutionnel adapté aux changements,

le retour à l’emploi par la formation, l’aide à la mobilité, etc. Il est navrant

d’observer quotidiennement l’acharnement des gouvernements successifs à protéger

des emplois dans des secteurs inéluctablement voués à disparaître, au lieu

de mettre en place un système efficace de reclassement. D’autant que l’intervention

de la puissance publique est souvent très tardive et arrive généralement après la bataille. Comme le dit Jean-Marc Daniel, « il ne faut pas confondre réindustrialisation et relocalisation. L’économie avance et ne se sauve pas dans la consolidation du passé (5) ».

(5) J.-M. DANIEL, 8 leçons d’histoire économique, Odile Jacob, 2012.

 

Par ailleurs, ne regarder que le départ des entreprises françaises vers

l’étranger, c’est n’observer le phénomène qu’à moitié. De nombreuses entreprises

étrangères sont implantées en France et fournissent du travail aux actifs

français. L’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) a

recensé près de sept cents investissements d’entreprises étrangères en métropole

en 2011 ; c’est aussi 28 000 nouveaux emplois. En 2009, les groupes

étrangers dans l’économie française pèsent pour près de 17 % de la valeur

ajoutée brute et pour 13,6 % des effectifs, selon les statistiques de l’Insee. Quant

à l’industrie manufacturière, le Medef nous apprend en 2012 qu’un emploi sur

quatre serait lié à une entreprise étrangère implantée en France.

L’étude empirique la plus récente sur l’impact des délocalisations sur

l’emploi en France date de 2005 (6).

(6) Insee, « Globalisation et flux d’emploi : Que peut-on dire d’une approche comptable ? », in Économie et Statistique, 427-428, 2009.

 

On peut néanmoins en tirer un enseignement majeur : à peine 10 % des postes perdus dans le secteur manufacturier seraient imputables à la mondialisation – une tendance comparable à celle

obtenue pour l’économie allemande. Les recherches similaires pour l’Amérique du Nord montrent que seulement 9 à 14 % de la baisse de l’emploi industriel serait causée par la mise en place de l’accord de libre-échange nord américain (Aléna).

 

Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, on relocalise

 

Krys, Atol, Rossignol, Decathlon, Geneviève Lethu, Majencia, Le Coq

sportif ou encore Meccano, tous ont choisi de relocaliser une partie de leur

production en France.

Aux États-Unis, le secteur industriel a gagné 300 000 nouveaux emplois

en 2010. Après Dell, qui s’est réimplanté en 2004, ont suivi US Airways, Sears,

Cingular, Comcast et bien d’autres. Même le secteur du textile est touché par

ces transformations. Les bas salaires dans les pays à faibles coûts de maind’oeuvre

ne compensaient plus l’insatisfaction croissante du consommateur pour

des services qui n’étaient pas à la hauteur des attentes. Aujourd’hui, le coût du

travail ne représente que 6 % du coût total du secteur du textile, par exemple,

c’est pourquoi des entreprises comme American Apparel ou Zara ont encore

leurs ateliers de conception et de fabrication en Europe ou aux États-Unis. La

force de ce nouveau modèle, c’est sa capacité à réagir à toute nouvelle demande.

Ces exemples nous enseignent qu’une bonne stratégie est celle qui répond à un

besoin et le satisfait, et non celle qui s’établit uniquement en fonction des coûts

du travail.

En Grande-Bretagne, alors qu’en 2008 plus d’un cinquième de l’industrie

manufacturière était délocalisée en Chine, celle-ci a commencé à relocaliser sa

production – plutôt que de s’installer au Vietnam ou aux Philippines. La question

salariale n’est pas totalement étrangère à ce phénomène. En Chine, les salaires

moyens ont augmenté de 19 % entre 2002 et 2008, alors qu’ils ont stagné en

Grande-Bretagne (0,2 % d’augmentation sur la même période). C’est un signe

que la mondialisation profite aussi à l’enrichissement des travailleurs les moins

qualifiés des pays émergents.

Les économies faites grâce au coût du travail ne représentent plus 17 ou 18 % des coûts de production, et ne suffisent plus pour délocaliser (7).

(7) N. LECAUSSIN, « The boomerang economy », in Iref, novembre 2012.

 

La maind’oeuvre qualifiée disponible est devenue plus rare à cause de la hausse des salaires, et les ouvriers chinois préfèrent s’orienter vers des régions où les salaires augmentent plus vite – régions difficilement accessibles en raison de la législation

chinoise. En outre, pour chercher de la main-d’oeuvre à l’intérieur de la Chine,

il faut utiliser des infrastructures qui ne sont pas encore au point, le contrôle de

la qualité des produits fabriqués doit être fait en permanence, et les défauts sont

souvent découverts alors que les produits sont déjà sur les bateaux. Tous ces

motifs instillent un doute sur la fiabilité des sous-traitants locaux alors que, dans

le même temps, l’élévation des prix du pétrole (de 25 dollars en 2000 à 132 dollars

le baril en 2012) augmente les coûts du transport.

 

 

LIRE LIBÉRAL

 

SAUVE QUI PEUT ! (1)

d’Éric Brunet

(1) Sauve qui peut ! par Éric Brunet, Éd. Albin Michel, 2013, Paris, 304 pages, 19,50 €.

 

Dans une petite étude publiée à la fin de l’année 2012, l’IREF avait tiré le signal d’alarme sur les départs à l’étranger des Français qui ne supportent plus la pression fiscale et réglementaire de l’État. Plus de 5 000 Français sont partis à l’étranger depuis un an mais, encore plus inquiétant, ces Français ne sont pas

tous soumis à l’ISF. Il s’agit souvent de jeunes entrepreneurs d’un peu plus de 40 ans qui souhaitent continuer leur aventure entrepreneuriale sous d’autres cieux beaucoup plus cléments. « Sauve qui peut ! », dirait Éric Brunet, le journaliste qui fait notre bonheur sur RMC et BFM TV. Il a raison. Celui qui n’a pas eu peur de dire qu’il est de droite, énumère les raisons de cette hémorragie.

 

La France n’aime pas ceux qui gagnent de l’argent. Ce sont des rapaces

et non des chefs d’entreprises qui créent des milliers d’emplois. La France aime

les fonctionnaires et les politiques qui reviennent sur le devant de la scène même

s’ils sont passés par la case prison. On vit en cercle fermé et on pense savoir

tout et mieux que les autres. Tout le monde réforme son État et ses administrations,

on choisit de ne pas y toucher. On est les seuls ! On reconnaît qu’il faut

moins de dépenses publiques mais on fait des économies de pacotille. Les

retraites implosent et notre système de santé est devenu très coûteux et inefficace.

On n’y touche pas ou on met de rustines alors que les autres pays ont

transformé leurs systèmes. L’industrie disparaît. Et alors ? Plusieurs énarques connaissent les solutions. Encore plus d’argent public et la création d’un organisme public de soutien à l’industrie. Ça fera au moins des postes de fonctionnaires en plus.

 

La classe politique semble dépassée par les évènements mais elle refuse

de se renouveler. On garde le système des partis décideurs qui empêche l’émergence

d’une nouvelle génération de jeunes politiques. On exclut ou on tolère à

peine les politiques qui viennent de l’entreprise. La plupart sont issus de l’administration

et ne connaissent que la dépense publique comme remède aux problèmes

économiques. Tout est fait pour ne pas agir et changer. A juste titre,

Éric Brunet se demande si les Français aiment vraiment la France. Car, en plus

des problèmes économiques et sociaux, il y a aussi des complications sociétales :

identité nationale, religion, mariage gay... Aimons-nous vraiment notre Histoire ? A force de l’interpréter au gré des modes, à force de commémorer et de demander pardon, on ne sait plus quelle est la part historique et quelle est l’intervention étatique. Comme les politiques veulent s’en occuper, les repères se perdent.

Finalement, Éric Brunet se demande si l’exil des Français n’est pas une

chance pour le pays. Ceux qui partent aujourd’hui reviendront demain et contribueront,

comme de vrais entrepreneurs, au renouvellement de la France. Car

la maladie française ne peut pas durer à l’infini. L’auteur est optimiste. Comme

tous les vrais libéraux.

Bogdan Calinescu

 

 

QUELLE RÉPONSE ÉTHIQUE A LA CRISE ?

 

Modèle mutualiste et coopératif et/ou modèle actionnarial (2)

(2) Presses Universitaires d’Aix-Marseille, Collection du Centre d’Éthique Économique (dirigé par Jean-Yves Naudet), compte rendu du 19e colloque d’éthique économique organisé à Aix-en-Provence les 21 et 22 juin 2012, 274 pages, 18 .

 

Concernant la crise économique tout (ou presque) a été dit et écrit. Mais on n’a pas suffisamment insisté, par exemple, sur les pays qui n’ont pas été affectés par la crise. Pourquoi les économies des pays comme le Canada, l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas, l’Autriche, le Chili, la Pologne ou bien l’Australie

n’ont-elles pas connu les mêmes déboires que d’autres ? S’agit-il d’une simple

« coïncidence » ou bien d’une série de facteurs qui sont intervenus comme les

conséquences des réformes réalisées dans le passé, la bonne gestion des finances

de l’État, la bonne gouvernance des banques ? C’est la question du modèle qui

a le mieux résisté à la crise qui est posée dans cet ouvrage dirigé par Jean-Yves

Naudet. Entre l’entreprise coopérative et l’entreprise actionnariale ou entre la

banque actionnariale et la banque mutualiste, laquelle s’est le mieux tirée

d’affaire ?

Difficile de donner une réponse exacte. Des banques « familiales » ou

mutualistes ont très bien résisté alors que des entreprises appartenant à des

familles anciennes ont été dans l’obligation de mettre la clef sous la porte ou de se faire racheter par des actionnaires étrangers. Au-delà de cette incertitude, il

est très utile de connaître les sociétés mutualistes et coopératives. En ce qui me

concerne, je reconnais avoir une certaine allergie au mot « coopérative ». Sous

le communisme, j’ai connu les CAP (Coopératives agricoles de production), des

fermes d’État qui confisquaient les terres et les bêtes des paysans. Et j’avoue

avoir un peu de mal à comprendre ce qu’entend l’ONU par « 2012, année

internationale des coopératives ». Mais tant qu’elles sont en concurrence...

L’ambiguïté du thème traité ne s’arrête pas là. Les sociétés mutualistes et

coopératives semblent liées à l’économie « sociale et solidaire ». Là aussi, il

convient de rappeler que l’économie de marché libre est par essence « sociale

et solidaire » car c’est la seule à créer des richesses. C’est la gauche qui insiste

sur cette différenciation afin de mettre au pilori l’économie libérale. Dans le

monde mutualiste et coopératif naviguent autant les mutuelles de santé que les

syndicats. D’un côté (il s’agit du cas français), des sociétés privées qui offrent

des services à leurs clients et, de l’autre, des organismes paraétatiques vivant de

l’argent public. Le monde associatif est aussi divisé entre des associations fonctionnant grâce aux dons privés et des structures alimentées par la manne étatique.

Économistes, juristes, philosophes, banquiers, enseignants se réunissent dans ce volume pour répondre à toutes ces interrogations, pour la curiosité et le bonheur intellectuel des lecteurs.

B. C.

 

 

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

 

Première université européenne des Lions 2013

 

L’université d’Aix-en-Provence aux derniers jours d’août sans Jacques Garello ? Impossible, ce serait Deauville sans Trintignant.

Le président de l’Aleps a donc mis en place du 25 août au premier septembre une université européenne sous les couleurs du Lion’s Club International sur le thème L’Europe à l’heure des choix. Ce séminaire de formation a rassemblé les étudiants qui seront demain les cadres de la société européenne : élargir leurs compétences, les amener à réfléchir à la lumière d’une éthique de liberté, de service et de compréhension entre les peuples, voilà le but que s’étaient fixé les prestigieux intervenants que sont les professeurs Victoria Curzon-Price, Jean-Philippe Feldman, Pierre Garello, Youssef Maouchi et Emmanuel Martin.

 

 

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

 

Première conférence européenne d’ESFL à Paris

 

Nous avons le plaisir d’accueillir régulièrement dans nos locaux de l’Aleps les séminaires de SFL, Students For Liberty (réunions pédagogiques exclusivement réservées aux étudiants).

Tout dernièrement, samedi 14 septembre, c’est toute l’organisation européenne (ESFL, European Students For Liberty) qui tenait à Paris sa première conférence régionale francophone. Rendez-vous était fixé à la Maison des Mines.

 

Se sont succédé à la tribune des orateurs aussi passionnants que Pierre Garello qui a introduit la journée avec une conférence sur « Le pouvoir de la liberté », suivi par le professeur Pascal Salin, membre du collège présidentiel de l’Aleps, puis Damien Theillier, Pierre Bessard, Christian Michel, Laurent C (ailias « je quitte la sécu » cf. son blog), Nathalie Janson et Lucas Léger.

 

Quelques thèmes en apparence irrévérencieux voire iconoclastes, tels que « Minimiser sa facture fiscale : un devoir moral ? » (P. Bessard) ou « Doit-on obéissance aux lois de son pays ? » (Ch. Michel), se sont révélés d’une rigueur philosophique indiscutable.

 


- Bulletin 144, juillet 2013.

 

AVANT-PROPOS

 

Dans les premières pages de ce bulletin, Georges LANE traque les abus de langage et la lente dénaturation de la monnaie (que l’on appelle curieusement l’argent) ; il nous en détaille les avatars depuis le XVIIIe siècle où elle était un objet respectable et bien défini : l’OR, jusqu’au glissement progressif au billet de banque papier – matière évidemment moins noble – puis aux comptes bancaires et électroniques, qui relèvent de l’immatérialité. On arrive aujourd’hui, après ce long voyage en absurdie, à un produit dont la valeur initiale a été contrefaite : il n’est plus le substitut de l’or ou de l’argent, il est en fait « substitut de rien ». Cela s’appelle l’€URO (p. 2).

 

Un autre sujet de préoccupation pour les libéraux : la publicité, victime des interventions étatiques. C’est bien sûr à Olivier MÉRESSE que revient la tâche de traiter ce sujet. Née avec la presse, la publicité est entrée depuis belle lurette dans notre vie quotidienne. Elle a longtemps bénéficié d’un mécanisme d’auto-régulation très efficace avant de se faire insidieusement dévorer par l’État qui aime bien avoir toujours et partout son mot à dire. Désormais, les communications publiques se multiplient pour guider les contribuables infantilisés en leur prodiguant tous les conseils de bonne conduite du matin au soir, de la table au volant. C’est l’admonestation familiale « fais pas ci, fais pas ça ! » (p. 22).

 

En faisant le procès des écologistes, Fred AFTALION lance un cri d’alarme

aux responsables politiques. Il les exhorte à résister énergiquement à ces apprentissorciers.

En effet, les propositions des « verts » se révèlent aberrantes – que ce soit dans leur chasse au CO2, dans leur refus d’exploration du gaz de schiste, leur détestation de l’énergie nucléaire – et leur mise en pratique particulièrement coûteuse.

C’est là un paradoxe pour ceux qui se vantent de voler au secours de leurs concitoyens (p. 31).

 

Voilà donc beaucoup de critiques – justifiées – vis-à-vis du gouvernement actuel, mais le précédent n’échappe pas non plus à l’humour corrosif et à l’anaphore accusatrice de maître Jean-Philippe FELDMAN qui s’inquiète du retour annoncé de Nicolas Sarkozy (p. 35)

 

Jacqueline Balestier

 

Georges LANE

 

L’ORGANISATION MONÉTAIRE DÉBOUSSOLÉE

 

A un moment où les gouvernements des États des pays de la « zone euro » cherchent à s’entendre pour instaurer, selon eux, une « union bancaire » dans leur zone – union qui reste à définir... (1) –, il conviendrait d’être clair et de cerner la situation où l’on se trouve, ce qui n’est jamais fait.

(1) Cf. « Surveillance bancaire : la Commission propose d’attribuer de nouvelles compétences

à la BCE dans la perspective d’une union bancaire », 12/09/2012 : http://europa.eu/rapid/pressrelease_ IP-12-953_fr.htm?locale=fr.

 

Ce qu’on dénomme « banque » aujourd’hui a peu changé depuis un siècle si ce n’est le respect accru qu’elles doivent à leurs tutelles respectives, à savoir la banque centrale du pays.

La firme qu’est une banque est récente à l’échelle de l’histoire et reste étroitement liée à la monnaie, l’un de ces instruments, et ne saurait être envisagée sans cette dernière depuis qu’elle intervient.

En revanche, ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui a peu de choses à voir avec ce qu’on dénommait ainsi il y a un siècle et auparavant.

Certes, en 1913, il y avait des points communs permettant la comparaison comme, par exemple, l’existence des pièces de monnaies en métal depuis la nuit des temps, celle des coupures de billets en papier depuis le XVIIIe siècle et celle des comptes de dépôts dans certaines banques depuis le XIXe siècle.

 

Le grand bouleversement du XXe siècle

 

Tout a basculé au XXe siècle.

Par exemple, de petite monnaie, le dollar, monnaie des États-Unis fixée

en 1900, est devenu une monnaie plus qu’apparemment déterminante.

Dans le cadre national, les gouvernements des États ont recouru à l’interdiction définitive de la convertibilité intérieure de leurs substituts de monnaie bancaires en monnaie or à partir de la décennie 1930 (y compris celui des États-Unis).

Dans le cadre inter étatique, il y a eu trois grands moments.

Ce fut d’abord les résultats de la conférence de Gènes (1922) qui donnèrent lieu à ce que certains dénomment depuis « étalon de change or » (2).

(2) Rueff, J. (1961), « Un danger pour l’Occident : le Gold Exchange Standard » réédité dans Claassen et Lane (eds.), OEuvres complètes de Jacques Rueff, tome 3 : Politique économique, livre 2, Plon, Paris, pp. 169-179.

 

Ce fut ensuite les résultats de la conférence de Bretton Woods (1944) qui donnèrent lieu à la permanence des monnaies nationales en or à taux fixe, à la demande, et à la création d’un organisme, le Fonds monétaire international (FMI), destiné à aider les pays en déséquilibre de balance des paiements à retrouver l’équilibre.

 

Ce fut enfin la décision du président des États-Unis, Richard Nixon, de suspendre la convertibilité extérieure de la monnaie dollar en monnaie or (1971), puis des résultats de conférence inter étatiques (1971-73) qui conduisirent à l’abandon définitif – à ce jour – de la convertibilité des substituts de monnaies nationales en monnaie or, i.e. à la variation libre des taux de change des monnaies nationales entre elles.

 

Un quatrième moment mérite d’être ajouté.

Il ne doit pas être oublié car il est original, car il découle à sa façon de ces éléments et car il tient à son premier effet : à savoir des gouvernements d’États de pays de l’Europe géographique sont convenus de fusionner leurs monnaies nationales – historiques – en une monnaie régionale dénommée « euro » et

d’abandonner ainsi leurs monnaies historiques.

Par exemple, le franc français, monnaie de la France, n’existe plus aujourd’hui.

La maîtresse du jeu est un nouvel organisme créé pour l’occasion, à savoir la Banque centrale européenne (BCE), dont le conseil d’administration a, en particulier, pour membres les gouverneurs des banques centrales nationales qui, elles, n’ont pas disparu.

 

A ce processus réglementaire progressif de ce qu’on dénomme donc « monnaie

» et « banque » aujourd’hui devraient être mises en relation, au moins, les

règles de droit et le non droit qui préside à ce que nous vivons.

Mais cela n’est jamais le cas. La tendance majoritaire qui a vu le jour au

XXe siècle laisse de côté les règles de droit et ce qui en découle.

Dans le passé, les règles de droit avaient amené les gens à chercher à

diminuer le coût d’opportunité de leurs échanges quotidiens et advinrent la monnaie,

puis les innovations de la banque en la matière.

Dans le même passé, le non droit semble être né d’une contrefaçon qui avait été attendue avec incertitude de la monnaie, puis de la banque, et qui avait amené l’État – défini d’une façon ou d’une autre – à se dire garant du bien qu’elles pouvaient constituer.

 

Au nom de la garantie à faire observer, l’État n’a pas hésité à (se) donner le privilège de monopole, direct ou indirect – au travers d’une banque centrale –, de la production de monnaie ou de l’émission des substituts de monnaie bancaires et à obliger chacun à accepter la monnaie et certains de ces instruments

bancaires.

Il n’a pas hésité non plus à se préoccuper de la couverture comptable des relations entre la banque centrale et les banques de second rang.

Et il en est arrivé à interdire la convertibilité du taux de change de la monnaie

nationale en monnaie or.

De la sorte, l’État a tendu plus ou moins à faire confondre sa politique

budgétaire et la monnaie et certains instruments de monnaie bancaires.

Est survenu à ce dernier moment le XXe siècle où les États nationaux ont

cherché à passer entre eux des accords monétaires et y sont parvenus.

Dernier accord en date : ce qu’on dénomme « euro » entre les États de

différents pays de l’Europe géographique qui en arrivent aujourd’hui, au

XXIe siècle, à vouloir créer une « union bancaire ».

Tous ces points sont envisagés dans le texte qui suit.

 

Dernier point évoqué : le processus réglementaire progressif de ce qu’on dénomme donc « monnaie » et « banque » aujourd’hui et qui s’est donc accéléré pendant le XXe siècle mérite attention pour autant qu’en plus d’être de « non droit », il n’a pas de doctrine économique véritable, mais une organisation en définitive déboussolée.

 

Les règles de droit de la monnaie

 

Il y a bien longtemps, la monnaie n’était jamais que le nom donné par les gens à des pièces de métal, au moyen d’échange qui contribuait à diminuer le coût d’opportunité des échanges de vous et moi contre d’autres biens.

 

Inconvénient de la pièce de monnaie, elle laissait attendre pour certains avec incertitude, des contrefaçons de la part des contrefacteurs (3).

(3) Cf. http://books.google.fr/books?id=dkNBAAAAcAAJ&pg=PA371&lpg=PA371&dq=

contrefacteur+de+la+monnaie&source=bl&ots=rXJGu61iTT&sig=V-2yEkC_JRKUmafaJkkVL3e

a6S0&hl=fr&sa=X&ei=Q72sUd-7CIfBPLP5gOgI&ved=0CDoQ6AEwAg#v=onepage&q=contrefacteur%

20de%20la%20monnaie&f=false.

 

Étant donné l’avenir attendu avec incertitude et ce qu’il pouvait représenter aux yeux des gens, l’État – à définir d’une façon ou d’une autre – a fait valoir qu’il était garant de la monnaie et qu’il avait les capacités de faire respecter la garantie.

 

La réglementation étatique de la monnaie, genre de « non droit »

 

Comme pour mieux asseoir la garantie, il a interdit la concurrence des pièces de monnaie et donné un privilège de production de pièces de monnaie à un organisme : en France, ce sera l’« administration des monnaies et médailles » (4).

(4) Cf. http://www.economie.gouv.fr/caef/monnaies-et-medailles-0.

 

Selon Vilfredo Pareto en 1896-97 :

« Au Moyen-âge, les rois et les seigneurs furent très jaloux de leur privilège de battre

monnaie, et ils en tiraient de bons revenus » (Pareto, 1896-97, § 379) (5).

(5) Pareto, V. (1896-97), Cours d’économie politique 1896-97, Droz, Genève.

 

Parallèlement, l’État obligea les gens à effectuer les paiements en la, monnaie.

Du contrefacteur privé à qui on pouvait demander des comptes, on est passé en droit au contrefacteur public à qui aucun compte ne pouvait l’être.

Frappe, taille, titre du métal, aloi de l’alliage des métaux, le monopole de production n’en faisait qu’à sa tête.

Bien plus, les variations de quantité de métal à quoi sa gestion donnait lieu amenèrent des « économistes » à mettre le doigt sur ce qu’on dénomma « inflation » ou « déflation ».

« A notre époque [on est donc en 1896-97], dans tous les pays civilisés, le monnayage est réservé aux gouvernements.

Un très petit nombre de ceux-ci use de ce droit seulement pour garantir l’intégrité de la circulation monétaire.

Le plus grand nombre abuse du droit de monnayage pour émettre du papiermonnaie, et inflige, par là, de grands maux aux populations » (ibid.).

 

Les gens devenaient ainsi les dindons de la contrefaçon étatique ou réglementaire en matière de monnayage...

Et en raison de cette contrefaçon, l’État vit ses recettes s’accroître. Les recettes de seigneuriage abondèrent ses recettes fiscales.

N’oublions jamais que, selon Vilfredo Pareto (1896-97), à la fin du XIXe siècle :

« On a une vraie monnaie lorsque les prix résultent d’échange absolument libres

[...]

Toutes les fois que cette conclusion n’est pas remplie, on n’a [...] [pas] une vraie

monnaie (ibid., § 270).

[...]

Toute monnaie qui n’est pas de la vraie monnaie est ou de la monnaie fiduciaire

ou de la fausse monnaie.

C’est de la monnaie fiduciaire si chaque individu l’accepte et la donne de plein gré

[...]

C’est de la fausse monnaie si elle est mise en circulation ou maintenue en circulation

par la fraude ou par la violence, même légale (ibid., § 271).

[...]

Entre la monnaie fiduciaire et la fausse monnaie se trouve la monnaie qui a cours

légal, mais qu’on peut changer à volonté au pair contre la vraie monnaie (ibid., § 274).

[...]

Le cours forcé de la monnaie fiduciaire peut s’établir de deux manières.

En obligeant les créanciers à la recevoir tout en laissant libres les débiteurs de payer en monnaie métallique si cela leur convient ; ou bien en obligeant les débiteurs à employer la monnaie fiduciaire et les créanciers à la recevoir » (ibid., § 498).

 

N’oublions pas non plus la remarque de Milton Friedman dans la décennie 1960 :

Pourquoi s’intéresser à la monnaie ? Parce que les prix sont en monnaie.

 

Le droit de la banque en matière de monnaie

 

S’il y a eu des réglementations – éléments de la législation – en relation

avec les pièces de monnaie, il y a eu aussi des innovations qui n’ont pas été

empêchées, au moins au départ.

 

Coupures de billets en papier

En matière de monnaie, le fait est qu’au XVIIIe siècle, des firmes que sont certaines banques ont eu l’idée de créer des biens susceptibles d’être substitués aux pièces de monnaie métal, à savoir les coupures de billets en papier.

Le banquier faisait valoir au titulaire qu’à sa guise, il pourrait retirer de la

monnaie métal contre les billets au taux de change convenu au départ (convertibilité naturelle).

Et à chaque instant, le titulaire du billet pourrait connaître la couverture comptable de ce dernier. Selon Pareto :

« [...] c’est la seule initiative privée [...] qui est parvenue [...] à économiser en grande partie la monnaie métallique » (ibid., § 277).

 

Mais ce type de bien n’était pas, lui non plus, une garantie.

Comme la pièce de monnaie, on pouvait s’attendre avec incertitude à sa contrefaçon.

Par exemple :

« Les premiers billets de banque en Écosse ont été émis en 1695 suite à la création de la Bank of Scotland.

Dans un pays manquant cruellement de pièces de monnaie et vulnérable aux changements de sa valeur, ils ont connu un succès presque immédiat.

Un siècle plus tard, pas moins de 21 banques, principalement privées, ont émis des billets et l’Écosse a été inondée de papier-monnaie.

Cette prolifération de papier n’aurait guère été possible sans un cadre juridique stable.

En 1749, le procès opposant Crawfurd à La Banque Royale a pris en considération

l’une des questions juridiques les plus cruciales et statué que le détenteur d’un billet de

banque ne pouvait pas être tenu pour responsable des malfaçons d’un titre, responsabilité

qui pesaient sur ceux de qui il avait été acquis.

Dans le contentieux, M. Crawfurd chercha à défendre un billet de la Bank of Scotland

de 20 £ qui avait disparu de la poste et s’était retrouvé quelque temps plus tard

dans les mains de la Royal Bank of Scotland.

Les arguments de l’avocat, imprimés, qui ont survécu, offrent un aperçu fascinant

sur une collision entre le droit de propriété orthodoxe, d’une part, et les besoins du

commerce et l’avenir du système bancaire, de l’autre.

Selon le premier, la victoire de M. Crawfurd était assurée car nul ne peut acquérir

la propriété d’un titre d’un voleur ;

selon l’autre, la Banque Royale doit prévaloir, car toute autre raison

“serait rendre les billets absolument inutiles, et par conséquent, dans une grande mesure priverait la nation du bénéfice des banques, qui subsisteraient difficilement sans la circulation de leurs billets”.

Dans cette bataille de doctrine contre la politique, le droit romain a été utilisé approximativement, avec les deux parties demandant des textes digestes et le compte de la défense dans le Commentarius ad Pandectas de Voet.

 

La victoire pour la Banque Royale a été obtenue seulement en re-caractérisant une règle de consommation de bonne foi, par la dépense, comme une d’acquisition de bonne foi, et ainsi avec cette plus fragile des facettes de doctrine, la libre circulation des billets a été assurée (6). »

(6) Traduction originale : http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2260952.

“The first banknotes in Scotland were issued in 1695 following the incorporation of the Bank

of Scotland.

In a country critically short of coin and vulnerable to changes in its value, they were an almost

immediate success.

A century later no fewer than 21 banks, mainly private, issued notes, and Scotland was awash

with paper money.

This proliferation of paper would hardly have been possible without a stable legal framework.

In 1749 the case of Crawfurd v The Royal Bank considered, and settled, one of the key legal

issues : whether the holder of a banknote took free from infirmities of title which affected those

from whom it had been acquired.

In the litigation Mr Crawfurd sought to vindicate a £20 Bank of Scotland note which had

gone missing in the post and turned up some time later in the hands of the Royal Bank of Scotland.

The printed arguments of counsel which have survived provide a fascinating glimpse into a

collision between orthodox property law on the one hand and the needs of commerce and the future

of the banking system on the other.

According to the former, Mr Crawfurd’s victory was assured because no one can acquire title

through a thief ;

according to the latter, the Royal Bank must prevail, for any other result ‘would be to render the Notes absolutely useless, and consequently would in a great Measure deprive the Nation of the Benefit of the Banks, which could hardly subsist without the Circulation of their Notes’.

In this battle of doctrine against policy, Roman law was used as a proxy, with both sides calling on Digest texts and on the account of vindication in Voet’s Commentarius ad Pandectas.

Victory for the Royal Bank was obtained only by re-characterising a rule of bona fide consumption, by spending, as one of bona fide acquisition ; and so with this flimsiest of doctrinal veneers, the free circulation of banknotes was assured.”

 

Dépôts en compte bancaire

Depuis cette date, depuis que les firmes que sont les banques ont découvert la capacité d’émettre d’autres formes que le billet en papier, la monnaie s’est trouvée enrichie de l’organisation qu’elle cachait jusqu’alors et que l’économie politique a commencé à découvrir seulement au XXe siècle.

Dans la foulée ou presque, au XIXe siècle, des banques ont donc eu l’idée

de créer des biens susceptibles d’être substitués aux pièces de monnaie et aux

billets bancaires, à savoir les dépôts de monnaie en compte dans des banques.

Selon Pareto :

« [...] c’est la seule initiative privée qui nous a donné les virements de compte chez

les banquiers, les chèques, les warants, et qui est parvenue ainsi à économiser la monnaie

métallique » (Pareto, 1896-97, op. cit. § 277).

« Le système des chèques et de leur compensation s’est développé indépendamment

de toute action des gouvernements.

Ceux-ci n’ont su qu’y mettre obstacle par les droits de timbre dont ils frappent les

chèques » (ibid., § 523).

Le banquier faisait valoir au déposant qu’à sa guise, il pourrait retirer de la

monnaie métal contre les dépôts au taux de change convenu au départ (convertibilité)

et connaître que son dépôt avait bien la couverture convenue.

Comme précédemment, ce type de bien n’était pas une garantie.

Comme la pièce de monnaie ou le billet bancaire, on pouvait s’attendre

avec incertitude à sa contrefaçon qui prendrait alors la forme extrême de la

banqueroute, de la faillite de la banque.

 

Le non droit de la banque en matière de monnaie

 

Malgré tout ce qu’on pouvait lui reprocher, l’État a continué à suivre la

démarche qu’il avait eue pour la pièce de monnaie métal, s’emparer de sa maîtrise.

Selon Pareto :

« [...] la spoliation exercée à l’aide des pouvoirs publics a toujours fleuri parmi les

hommes, et paraît devoir prendre à notre époque une extension en rapport avec les

progrès de la civilisation » (Pareto, 1890, p. 379 de la dernière édition) (7).

(7) Pareto, V. (1890), « Lettre d’Italie », Journal des Économistes, septembre ; réédité dans

Busino, G. (éd.), Libre échangisme, protectionnisme, et socialisme, Droz, Genève et dans Malliarakis,

J.G. (2008), Le Péril socialiste, Éditions du Trident, Paris.

 

 

Les billets en papier

Il a interdit la concurrence des billets et accordé un privilège d’émission de billets à une banque de son choix.

Selon Pareto :

« L’altération des monnaies a été de tout temps en honneur des gouvernements besogneux. [...]

L’État moderne, l’État éthique et moralisateur des socialistes de la chaire a remplacé celui du cours forcé des billets de banque. Le nom change, mais la chose reste » (ibid. p. 380 de la dernière édition).

« [...] l’émission non garantie de papier monnaie à cours forcé peut être assimilée à la fabrication de fausse monnaie » (Pareto, 1891, p. 58 de la dernière édition) (8).

(8) Pareto, V. (1891), « Lettre d’Italie », Journal des Économistes, Décembre ; réédité dans Busino, G. (éd.), op. cit.

 

Pour sa part, en raison de la contrefaçon étatique, l’État vit ses recettes s’accroître, les recettes de seigneuriage abondant ses recettes fiscales dans une mesure inconnue.

Comme précédemment, les variations de quantité de métal à quoi sa gestion donnait lieu amenèrent des « économistes » à mettre le doigt sur ce qu’on dénomma « inflation » ou « déflation ».

Les gens devenaient ainsi les dindons de la contrefaçon étatique ou réglementaire en matière de coupures de billets en papier...

 

La banque centrale

 

Principalement au XIXe siècle, les politiques des gouvernements des États

ont eu pour action de réformer les réglementations de la monnaie au niveau

national en donnant le privilège de monopole d’émission à la banque centrale.

Le privilège de monopole d’émission d’une banque s’était vu adjoindre l’expression de banque centrale pour veiller aux autres banques, celles dites « de second rang » du pays en question.

Au niveau international, rien ne se passa ou presque – cas de l’Union monétaire latine – car il y avait une tacite concurrence sur l’étalon or.

 

Les comptes de dépôt

 

Malgré tout ce qu’on pouvait lui reprocher, l’État a continué à suivre la démarche qu’il avait eu pour la pièce de monnaie métal et le billet bancaire avec les dépôts : il a donné à une banque le privilège de veiller sur les autres banques, à savoir la banque centrale.

Soit dit en passant, ce n’est qu’en 1913 que la banque centrale des États-Unis d’Amérique, la « Fed », vit le jour.

Comme précédemment, les variations de quantité de métal à quoi sa gestion donnait lieu amenèrent des « économistes » à mettre le doigt sur ce qu’on dénomma « inflation » ou « déflation ».

C’est ce qui conduisit Pareto à conclure :

« La facilité avec laquelle les personnes préposées à la “production” de la monnaie abusent de l’autorité qui leur est confiée, si elles ne sont pas contenues par la concurrence, est un de ces faits révélés par l’histoire » (Pareto, 1896-97, op. cit., § 345).

« Toutes les tentatives faites, dans le sens indiqué [substituer à la monnaie marchandise des moyens moins coûteux] par les États, ont abouti à des désastres » (ibid., § 277).

 

Pour sa part, en raison de cette contrefaçon, l’État vit ses recettes

s’accroître toutes choses égales par ailleurs, les recettes de seigneuriage abondaient

des recettes fiscales.

 

« C’est sur le fondement de la doctrine quantitative que reposent les théories

contemporaines relatives au “contrôle de la circulation et du crédit”, à la “monnaie dirigée”. [...] Léon Walras et Stanley Jevons en avaient jeté les bases dès le troisième quart du siècle dernier. M. Keynes n’a fait que les rajeunir » (Bonnet, 1929, p. 15) (9).

(9) Bonnet, G.E. (1929), Les expériences monétaires contemporaines, Armand Colin, Paris.

 

En vérité, Keynes s’était intéressé à ce qu’il dénommait « monnaie » à un

moment où les gouvernements des États des pays tendaient à faire oublier le

privilège donné à leur banque centrale et à interdire la convertibilité intérieure

de leur monnaie, i.e. la décennie 1930.

Les gens devinrent ainsi les dindons de la contrefaçon étatique ou réglementaire

en matière de dépôt...

« La plupart des pays s’imaginent obtenir des bénéfices en réglant l’émission et la

circulation de la monnaie, tandis qu’ils n’aboutissent de la sorte, qu’à détruire une somme

considérable de richesses » (Pareto, 1896-97, op. cit., § 510).

Essentielles dans le système monétaire national, sont donc les réglementations

à quoi est parvenu l’État, à savoir :

– la réglementation de la couverture « non contractuelle » des substituts de

monnaie bancaires (billets et dépôts bancaires) dans la monnaie or ou argent

nationale, puis ;

– l’interdiction de la convertibilité des substituts de monnaie bancaires dans

la monnaie or ou argent d’un pays (convertibilité dite « intérieure » à partir de la

décennie 1930), mais dans ce qu’il est convenu de dénommer « réserves

internationales ».

Ainsi, en 1933, les éminences du gouvernement des États Unis d’Amérique qui n’avaient pas eu à connaître les difficultés destructrices de la guerre de 1914-18, convinrent de rendre impossible aux citoyens américains l’emploi de la convertibilité des substituts de monnaie réglementée bancaires en monnaie or.

En 1934, le dollar des États-Unis redevenait convertible en monnaie or, mais uniquement pour les substituts de monnaie nationale bancaires des gouvernements, i.e. les « agents officiels ».

Le taux de change du dollar en or était fixé à :

$ 35 = 1 once d’or = 31,1 g d’or. au lieu d’un peu plus de $ 20, fixé depuis mars 1900.

Il restera à ce taux jusqu’en 1971.

 

La confusion de la politique budgétaire, d’un côté, et, de l’autre, de la banque et de la monnaie contrefaites

 

Les réglementations étatiques ont créé une confusion dans le cadre de l’État d’un pays pour autant que maints réglementés mélangent la politique budgétaire, la banque et la monnaie (cf. ce texte de 2012 sur l’effet Cantillon).

Jusqu’au XVIIe siècle, le seul choix possible de la monnaie était celui des

pièces de monnaie, ce qui était assez limité.

C’était pour le gouvernement de l’État, sous couvert d’être législateur et

de protéger contre la contrefaçon, l’altération des pièces de monnaie, la diminution

ou l’augmentation de leur quantité selon ses désirs.

Depuis lors, le choix concerne les réglementations des innovations bancaires,

les effets de ces réglementations, et on peut se demander si le plus grand

monde sait ce qu’est aujourd’hui une « monnaie » de ce fait (10).

(10) Cf. « The Cantillon Effect of Money Injection through Deficit Spending » – 1755 –

http://www.buseco.monash.edu.au/eco/research/papers/2012/1212cantilloneffectchengangus.pdf.

 

Certains voient aussi d’un bon oeil, dans la banque et la monnaie, un moyen de contribuer à la politique budgétaire. C’est par exemple flagrant aujourd’hui avec l’euro.

Toutes proportions gardées, hier, leurs prédécesseurs voyaient aussi dans la banque et la monnaie obtenues par les exportations de biens du pays un moyen de contribuer à la richesse du pays et s’y attachaient.

Bref, la démarche a une longue lignée.

Ludwig von Mises dénommait « a catallactiques » les doctrines monétaires qui excluaient que l’échange fût la cause de la monnaie (11).

(11) Cf. annexe http://mises.org/books/Theory_Money_Credit/AppendixA.aspx.

 

Au lieu de comprendre que la monnaie procède des actes d’échange, au lieu de considérer que le coût de l’échange a donné lieu à la mise en oeuvre de la monnaie et de la banque, les doctrines « a catallactiques » ont tendance à faire procéder la monnaie de l’État ou du législateur (Mises se référait en particulier à Knapp).

Pourtant, le budget d’un État – recette ou dépense, intérieure ou extérieure – n’est pas la cause de l’échange économique qu’on veut bien dire, il en est seulement l’effet !

Le budget d’un État accentue telle ou telle considération de ressources ou de charges, peu importe qu’elle soit dérisoire ou destructrice.

Mais jamais il ne saurait dominer l’échange économique, le fixer à ce qu’il souhaite, il en est une suite, non pas une voie d’accès.

 

Beaucoup d’économistes semblent malgré tout se satisfaire aujourd’hui des réglementations qui ont perclus la banque et la monnaie tant au XIXe qu’au XXe siècle et ne se soucient pas des innovations qu’elles ont démontré à l’origine.

Contre vents et marées, d’autres se retranchent dans la voie macroéconomique et tentent de convaincre que seules politique monétaire et politique budgétaire sont dignes d’intérêt économique.

On retrouve ici par exemple la doctrine des économistes de la Banque de réserve de Saint Louis (12) qui faisaient connaître des résultats économétriques sur le sujet, entre revenu national, dépenses budgétaires et quantité de monnaie.

(12) Hafer, R.W. et C. Wheelock, D.C. (2001), « The Rise and Fall of a Policy Rule : Monetarism at the St. Louis Fed, 1968-1986 », Federal Reserve Bank of Saint Louis Review, janvierfévrier, pp. 1-24.

 

Aujourd’hui, à n’en plus finir, d’autres encore n’hésitent pas à faire valoir de prétendues relations entre ces politiques et des formes empiriques de ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui comme, en particulier, ce qu’on dénomme aujourd’hui « euro » depuis 1999-2002 (13).

(13) Cf. ce texte intitulé « Le marché de l’euro au seuil de 2013. » http://blog.georgeslane.fr/post/2013/01/12/Le-march%C3%A9-de-l-%E2%82%ACuro-au-seuil-de-2013.

 

Ces décisions n’ont rien apporté de satisfaisant, bien au contraire (14).

(14) Il y a eu certes la démarche des économistes qui coupaient l’économie politique de la science juridique et de l’action humaine coûteuse et qui ouvraient la porte pour l’attacher à une mathématique de leur choix capricieux.

Par exemple, la mathématique utilisée par Wald dans la décennie 1930 qui fait le bonheur des théoriciens de l’« équilibre économique général » est très différente de la mathématique montée en épingle dans le même domaine par Debreu et consorts à partir de la fin de la décennie 1950.

Ces mathématiques n’apportent rien au sujet de l’innovation, mais beaucoup à la réglementation.

 

Ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui – et qu’on devrait dénommer « substituts de rien bancaires » (15) n’a plus de couverture bancaire, ni de convertibilité.

(15) Cf. le texte intitulé « Que reste-t-il de notre monnaie », Liberté économique et progrès social, no 140, juillet 2012, pp. 7-22.

 

L’ignorance économique qui consiste ainsi à expliquer les variations des monnaies réglementées euro ou dollar par des budgets des États ne doit pas être suivie comme elle l’est depuis des années.

 

Non droit international, accord monétaire inter étatique et contrefaçons

 

Avec le XXe siècle, les gouvernements des États des pays sont allés au-delà.

Il semble qu’en grande partie, ils aient abouti à une même idée qu’ils n’avaient

pas soutenu jusqu’alors.

 

Loin de se satisfaire des recettes de seigneuriage qui pouvaient abonder leurs recettes fiscales, ils ont tendu à s’entendre sur ce qui avait trait à la « monnaie » et à la « banque » pour en tirer davantage de bénéfices.

La couverture comptable a d’ailleurs perdu sa signification depuis l’interdiction ou, si on préfère, la disparition ou suspension de la convertibilité, intérieure

ou extérieure, des substituts de monnaie bancaires en monnaie or à taux fixe, à la demande.

 

Auparavant, le banquier était tenu de faire apparaître dans son compte de bilan comptable la couverture de ses billets et dépôts en or ou en « réserves internationales », eux-mêmes substituts de monnaies étrangères convertibles en or ou en... réserves internationales.

Ils sont parvenus à s’entendre par l’intermédiaire de conférences sur certains

points monétaires, au nombre de quoi l’interdiction de la convertibilité des

substituts de monnaie bancaires en monnaie or, le prix d’une monnaie dans une

autre ou bien les « réserves internationales ».

Est ignoré, en particulier, le principe du prix d’un vrai numéraire dans la

fausse monnaie qu’est l’euro.

Pourtant, étant donné les difficultés précédentes et leurs incompétences

économiques, des gouvernements en sont arrivés à s’entendre les uns avec les

autres au XXe siècle, au travers de conférences monétaires internationales (la

première étant celle de Gènes, 1922), et à faire valoir des absurdités de diverses

natures que vous et moi sommes tenus de vivre en permanence.

C’est une grande originalité du XXe siècle.

Essentielle dans le système monétaire inter étatique, est l’interdiction de la

convertibilité des substituts de monnaie bancaires dans une monnaie or ou argent

étrangère (convertibilité dite « extérieure »).

Des réglementations internationales allaient être ainsi juxtaposées aux réglementations nationales.

La première d’entre elles a résulté de la conférence de Gènes (1922).

Nous vivons la dernière en date avec ce qu’on dénomme l’euro mise en oeuvre avec le traité dit de Maastricht (1992).

 

Les conférences ont parsemé progressivement le chemin d’institutions « internationales » – sans antécédent et, par conséquent, originalités du XXe siècle –, du type « Banque des règlements internationaux » (fin décennie 1920), « Fonds monétaire international » (mi-décennie 1940) et, tout nouveau, « Mécanisme européen de stabilité » (2012).

Tous ces organismes ne sont que des faux fuyants dont les coûts sont mis de côté.

 

La conférence de Gênes (1922)

 

Le grand résultat de la conférence de Gênes (16) a été que désormais les substituts de monnaie bancaires convertibles à taux fixe en monnaie or pouvaient être échangés internationalement, selon les accords des échangistes, soit dit en passant « pour économiser de l’or ».

(16) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5613759p.

 

La conférence de Gênes n’a pas donné lieu à organisme, à institution comme le fera quelques années plus tard la conférence de Bretton Woods (1944) même si l’organisme « Banque des règlements internationaux », créé fin décennie 1920, en dépendait indirectement (17).

(17) Cf. http://blog.georgeslane.fr/category/13-Monnaie/page/26.
 

Conférence de Bretton Woods (1944)

 

Dans la guerre de 1939-45, les gouvernements des États d’un certain

nombre de pays décidèrent qu’il fallait apporter un élément monétaire à ce qui

existait.

Et ce fut en 1944 la création d’un organisme original, le Fonds monétaire

international, qui devait venir en aide aux pays qui connaîtraient des difficultés

dans leur équilibre de balance de paiements internationaux.

Convertibilité juridique en or des substituts des monnaies nationales et couverture comptable en or ou en « réserves internationales » des mêmes ne sont que des réglementations cachant l’inconnue mathématique de Pareto : le prix d’un vrai numéraire en une fausse monnaie.

Une « liquidité » ou une « solvabilité » de nature comptable étatique est supposée, le cas échéant, empêcher telle ou telle banque de second rang de tel ou tel pays de ne pas y déroger. Dérisoire !

 

Conférences monétaires inter étatiques des années 1971-73

 

Ce point ignoré ou confidentiel des années 1971-73 mérite attention. Les gouvernements ont rapporté la convertibilité extérieure à la convertibilité intérieure : il n’existe plus de convertibilité d’aucune sorte depuis 1971-73.

Malgré la faillite qu’il cachait, le FMI perdura.

 

Bref, l’expérience historique a prouvé que, loin d’atteindre l’objectif affiché, c’est-à-dire empêcher la contrefaçon de la monnaie dans un pays, les hommes de l’État des pays s’étaient satisfaits d’abord de la contrefaçon réglementaire de la monnaie nationale à quoi donnaient lieu leurs politiques, puis de celle qui a résulté de leurs accords monétaires inter étatiques – pour ne pas parler des institutions qu’ils y ont superposées (du type BRI, FMI...) – avant de parvenir à une organisation d’une nouvelle voie.

 

L’euro et sa zone...

 

Dans le cadre de l’Union européenne de la décennie 1990, certains en

sont même arrivés à s’entendre sur la transformation de leur monnaie nationale

en une monnaie régionale : c’est le cas de ce qu’on dénomme « euro ».

Ce qu’on dénomme « monnaie » aujourd’hui a posé un problème aux

hommes de l’État depuis toujours.

Avec la pseudo monnaie dénommée « euro », qui a résulté de l’imagination

de certains absurdistes, nous vivons le dernier grand débat en date qu’aucun

marché politique ne pourra jamais résoudre.

 

Dès lors qu’on fait abstraction du droit, de l’acte d’échange et du coût de l’échange, CQDM ne peut que devenir magique et être l’objet de manipulations de la part des hommes de l’État, ceux dont a contrario la théorie économique dominante prend en considération l’action sous le nom de « politique », et la suppose sans coût...

 

Dernière grande manipulation en date, il existerait une relation entre la monnaie dénommée « euro » et les budgets des États des pays de la zone éponyme et il faut que les hommes de l’État pondent de nouvelles réglementations pour la gérer.

 

Il existe certes une relation entre la quantité de monnaie, la banque centrale et l’État d’un même pays dès lors que la banque centrale a reçu du législateur l’obligation d’acheter les créances de l’État qui financent son déficit budgétaire.

Et cette relation conduit, entre autres, aux prix de la monnaie en monnaies étrangères, i.e. aux taux de change.

Dès lors que la banque centrale n’a pas cette obligation, la relation n’a pas lieu d’être.

C’est donc la réglementation en rupture avec le droit qui crée la relation et rien d’autres.

 

Depuis 1999-2002, existe une « Banque centrale européenne » chargée par l’intermédiaire des banques centrales nationales désormais sans monnaie propre, de (sur)veiller les banques de second rang nationales et de contrôler les relations entre ces banques et leurs clients.

 

Par statut, la Banque centrale européenne est indépendante des États, elle n’a pas reçu d’obligation de financer les déficits des États des pays de la zone

« euro ».

Seul un coup d’État peut lui asséner cette obligation et l’obligation fera

surgir la relation, un temps... et de nouvelles réglementations seront dites nécessaires

pour « gérer » la relation en attendant un lendemain qui chantera...

 

Soit dit en passant, toutes ces réglementations, avec ou sans base doctrinale, ne sont pas des innovations.

Et elles n’ont pas évité, comme il fallait s’y attendre, les nouvelles difficultés, voire les ont précipitées jusqu’à aujourd’hui inclus.

S’agissant des banques, il y a un certain nombre de considérations comptables à respecter, en augmentation impressionnante (par exemple, les normes comptables dites « de Bâle »).

Ces considérations cachent en particulier la couverture entre « les monnaies » des clients chez elles et certains de leurs actifs.

Et, qu’on le veuille ou non, tout cela n’a pas de base doctrinale malgré ce que certains semblent vouloir faire croire (cf. par exemple, Noyer, 2013) (18).

(18) Noyer C. (2013) « Current policy debate challenges – a euro area perspective ».  Adresse de bienvenue de Mr Christian Noyer, Gouverneur de la Banque de France et Président du Conseil Directeurs de la Banque des règlements Internationaux, à la 4e conférence de macroéconomie et finance de la Banque de France et de Deutsche Bundesbank, Paris, 24 mai.

 

Au nombre des clients, il y a les États nationaux, leur abandon de certains « critères de Maastricht » (déficit du budget de l’État et endettement de ce dernier) et leur acquisition d’organismes comme le Fonds européen de stabilité financière (19) et le dernier organisme créé en date, à savoir le mécanisme européen de stabilité (MES) (20).

(19) Cf. http://blog.georgeslane.fr/category/Economie-europeenne/page/34.

(20) « Le MES a pour but de mobiliser des ressources financières et de fournir, sous une stricte conditionnalité adaptée à l’instrument d’assistance financière choisi, un soutien à la stabilité à ses membres qui connaissent ou risquent de connaître de graves problèmes de financement, si cela est indispensable pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble et de ses États membres.

A cette fin, il est autorisé à lever des fonds en émettant des instruments financiers ou en concluant des accords ou des arrangements financiers ou d’autres accords ou arrangements avec ses membres, des institutions financières ou d’autres tiers. »

« Le mécanisme européen de stabilité (MES) sera une organisation financière internationale, sise à Luxembourg.

Elle disposera d’une capacité initiale de prêt de : 500 Mds , sur la base d’un capital de : 700 Mds

(80 Mds de capital libéré et 620 Mds  de capital appelable).

Le MES pourra recourir à une large gamme d’instruments afin de contribuer par ses interventions à la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble. »  Cf. http://blog.georgeslane.fr/category/Economie-europeenne/page/38.

 

Bref, comme précédemment, non seulement la contrefaçon étatique n’a pas été interrompue pour autant par l’ensemble des réglementations étatiques, mais encore elle a été accrue.

L’augmentation arbitraire des billets et des dépôts ne peut que donner lieu potentiellement à la poursuite de fortes augmentations des prix en monnaie dans l’avenir (cf. tableau ci-dessous sur l’augmentation considérable de la quantité de billets et de dépôts monétaires de base).

 

Tableau

Bilan comptable de la BCE

2004-2013

 

Source : http://goldsilverworlds.com/gold-silver-price-news/lower-euro-gold-stronger-euro-as-ecb-balance

-sheet-is-shrinking/

 

Les recettes de seigneuriage abondent les recettes fiscales des États, éléments du budget de chacun, dans une mesure inconnue, soit du fait de la réglementation nationale, soit de celui de la réglementation inter étatique.

Mais désormais ce supplément de recettes de seigneuriage inter étatique pose des problèmes d’allocation entre les États membres de la zone euro distincts de leur budget.

Pour leur part, les gens restent potentiellement les dindons de la contrefaçon

étatique, une contrefaçon qui s’est élargi, par exemple pour les Français, au-delà de leurs frontières nationales.

 

L’organisation monétaire aujourd’hui

 

Dans un article de 1932 (21), Jacques Rueff faisait connaître la voie que des gouvernements d’un certain nombre d’États de pays s’étaient donné sans l’expliquer dans la première grande conférence monétaire inter étatique qui avait vu le jour en 1922, à Gênes.

(21) Rueff, J. (1932), « Défense et illustration de l’étalon-or » réédité dans Claassen et Lane (eds.), OEuvres complètes de Jacques Rueff, tome 3 : Politique économique, livre 2, Plon, Paris, pp. 105-127.

 

Il précisait la voie en ces mots :

« Il constituera, pour ceux qui l’étudieront, dans l’avenir, l’un de ces monuments les plus caractéristiques et, probablement, l’une des étapes essentielles sur la voie des catastrophes que nous sommes en train d’organiser » (Rueff, 1932).

 

Et, effectivement, les catastrophes se sont succédé depuis lors. Nous en vivons une lancinante aujourd’hui avec l’euro.

Rueff soulignait ainsi que :

« Un comité a prolongé l’oeuvre de la Conférence de Gènes, en lui donnant la base doctrinale dont elle était dépourvue » (ibid.).

 

Le comité en question était connu sous le nom de Comité MacMillan, du nom de son président, et siégea à Londres en 1930 et 1931.

Certes, on ne saurait exagérer l’importance du rapport MacMillan. Mais tous les organismes internationaux cités ci-dessus – qui verront le jour par la suite – sont en conformité avec l’idéologie du Comité MacMillan des années 1930, même si la Banque des règlements internationaux est très légèrement antérieure à cette décennie.

 

Pour sa part, Rueff ne retenait que l’affirmation de principe qui figurait dans l’introduction du texte (p. 4), à savoir :

« La caractéristique essentielle de notre époque, c’est le développement de la conscience que nous avons prise de nous-mêmes.

Tant en ce qui concerne nos institutions financières que nos institutions politiques et sociales, nous pourrions bien avoir atteint le stade où un régime d’organisation consciente devrait succéder à l’ère des évolutions spontanées...

Nous sommes à la croisée des chemins et le futur dépend de notre choix » (ibid.).

 

Et Rueff de conclure :

« Je ne suis pas d’accord avec cette conclusion [...]

Le problème de l’économie organisée, c’est le problème des vagues de la mer.

Nous connaissons les forces qui les déterminent, nous concevons les conditions auxquelles la solution du problème doit satisfaire, nous pouvons même la mettre en équation ; mais, quant à la résoudre, nous n’y saurions songer.

Bien plus même, en astronomie, le problème des trois corps est à peine résolu.

Pour des astres plus nombreux, nous ne pouvons que recourir à des formules d’approximation, dont la solution imparfaite exige des calculs extrêmement pénibles.

Et pourtant chaque soir, dans le ciel, toutes les planètes, tous les soleils, toutes les étoiles trouvent sans hésitation le chemin qui leur est assigné et résolvent, en se jouant l’équation aux milles inconnues, dont notre esprit jamais ne pourra approcher » (ibid.).

 

En d’autres termes, Rueff refusait l’idée, alors « en démarrage », en particulier en France, qu’un régime d’organisation consciente pût succéder à l’ère des évolutions spontanées...

Mais l’idée va se développer jusqu’à aujourd’hui inclus, en particulier en France.

 

Soit dit en passant, de ce point de vue, Rueff est en parfaite harmonie

avec les économistes que les historiens de la pensée économique dénomment

« autrichiens », au nombre desquels se trouvent les « hayekiens ».

La base doctrinale des économistes « franco-autrichiens » est qu’il est vain

de vouloir organiser les phénomènes monétaires qui sont des phénomènes naturels,

à commencer par le change (22).

(22) Rueff, J. (1922) « Le change, phénomène naturel », réédité dans Claassen et Lane (eds), OEuvres complètes de Jacques Rueff, tome 3 : Théorie monétaire, livre 2, Plon, Paris, pp. 141-179.

 

Pour leur part, et avec l’importance qu’ils vont acquérir, les économistes

américains de cette époque se sont polarisés sur la question de l’organisation.

C’est, par exemple, l’article de John Hicks (1935) (23) qui mis le doigt sur

les « frictions » de l’organisation ou du système économique et le compte de bilan bancaire, façon de ne pas parler du « coût de l’échange », notion économique et non pas rhétorique, ou celui de Ronald Coase (1937) (24) qui s’intéressa à la « nature de la firme ».

(23) Hicks, J. R. (1935), « A Suggestion for Simplifying the Theory of Money », Economica, 2, pp. 1-19.

(24) Coase, R. (1937), « The Nature of the Firm », Economica, 4, pp. 386-405.

 

Quarante ans plus tard, Morris Perlman (1971) (25) a insisté sur le « marché organisé » qui est retenu par des économistes dans leur théorie économique et qui tend à cacher l’importance de la monnaie.

(25) Perlman, M. (1971), « The Roles of Money in an Economy and the Optimum Quantity

of Money », Economica, août, pp. 233-252.

 

La question est complétée par Lester Telser (1981) pour les « marchés organisés à terme » (26).

(26) Telser, L.G. (1981), « Why There are Organized Futures Markets », Journal of Law and Economics, 24, 1, avril, pp. 1-22.

 

Mais R. Jones (1976) (27) est revenu sur l’origine et le développement des moyens d’échange sur quoi avait insisté C. Menger (28) au XIXe siècle.

(27) Jones, R. (1976), « The Origin and Development of Media of Exchange », The Journal of Political Economy, 94, 4, août, pp. 757-775.

(28) Menger, C. (1892), « On the Origins of Money », Economic Journal, 2, juin, pp. 239-255.

 

Et Friedrich von Hayek (29) a développé son sujet sur la dénationalisation de la monnaie en 1976 puis 1978, par opposition vraisemblable au système monétaire européen en gestation.

(29) Hayek, F. (1978), Denationalisation of Money : The Argument Refined, The Institute of Economic Affairs (Hobart paper special 70), Londres.

 

Malgré cela, en sont résulté toutes les réglementations étatiques visant à suppléer l’économie politique du moment.

Les démarches se sont donné la main et ont cheminé sur la voie de la coercition de vous et moi qui a fait passer le monde économique :

– de monnaies nationales réglementées – or ou – argent ou de « substituts de monnaie bancaires » convertibles en or ou en argent à taux fixe, à la demande (disons « à partir de 1913 » pour fixer les idées) ;

– à des monnaies réglementées nationales ou régionale – l’euro, par exemple –, « substituts de rien bancaires » (en 2013).

 

Un dernier mot

 

Bref, l’organisation monétaire que nous connaissons aujourd’hui est déboussolée depuis au moins le comité MacMillan. On en est là aujourd’hui.

Au moment présent où les gouvernements des pays de la zone euro cherchent à instaurer une « union bancaire de la zone euro », tels sont les points fondamentaux du sujet à connaître et à comprendre.

 

Olivier MÉRESSE

 

DE LA PUBLICITÉ À LA PROPAGANDE

 

La publicité a longtemps bénéficié d’un cadre réglementaire léger guidé par la liberté d’expression et de publication.

Dans cet environnement épanouissant, des mécanismes d’auto-régulation merveilleux, nous allons le voir, ont pu éclore et sont venus renforcer la crédibilité des messages publicitaires sans recourir aux pouvoirs publics. Hélas, un phénomène récent puisqu’il commence vraiment avec le deuxième septennat de François Mitterrand a vu le législateur contrôler toujours plus étroitement la création publicitaire et la liberté d’expression des entreprises privées connaît aujourd’hui de nombreuses restrictions.

 

Si les publicitaires ou les médias ne se sont pas révoltés face à cette avalanche réglementaire, défendant ainsi bien mal les intérêts de leurs clients privés, c’est parce que, paralèllement, de nombreuses campagnes de communications publiques aux budgets toujours plus élevés leur étaient promises. L’État français et les collectivités territoriales de tous niveaux ont augmenté visiblement leurs dépenses de communication, pour l’« éducation populaire » ou pour se pousser du col, et la moindre opération se voit désormais allouer automatiquement son budget de publicité.

 

Ainsi se dessine, depuis 25 ans environ, ce double mouvement : d’une part

des cascades de législations déferlent sur le secteur de la publicité pour protéger

soi-disant les consommateurs, voire même les annonceurs mais toujours en

muselant ces derniers, d’autre part une sphère publique qui parasite toujours

davantage les médias, pourtant d’essence privée et qui gagneraient à rester dans

la sphère civile, par une prise de parole permanente.

Ces débauches de législations et de communications n’ont bien sûr, et

comme nous l’allons voir, aucune utilité au regard des intentions qui prétendent

les motiver, mais elles établissent un discours officiel omniprésent et même tonitruant.

Destinée originellement à développer les échanges marchands, la publicité devient chaque jour davantage un instrument de la propagande.

 

A quoi ressemblait la publicité avant le socialisme

 

La publicité, telle que nous en parlons communément, est née avec la

presse. Comme nous l’avons dit elle a longtemps été libre, c’est-à-dire englobée

dans le droit commun et dépourvue de privilèges. L’encadrement des publications

destinées à la jeunesse a bien pu prétendre préserver les enfants de l’injure

pornographique ou la réglementation de l’affichage préciser les contours du droit

de propriété (la fameuse loi du 29 juillet 1881, fréquemment mentionnée en

appui des « Défense d’afficher », qui porte d’ailleurs essentiellement sur la liberté de la presse), mais le contenu de la publicité restait l’apanage des publicitaires et en dernier ressort celui des entreprises clientes.

 

Avant que l’État ne vienne y plonger son regard inquisiteur, la publicité

fonctionnait donc sur le mode de l’auto-discipline. Dès 1912, le publicitaire

Harrison King McCann avait affiché un credo : « Truth well told » – la vérité bien

dite – qui résume les limites naturelles à l’intérieur desquelles peut efficacement

s’exercer cet art difficile. Afin d’améliorer la crédibilité de la publicité auprès du

public auquel elle se destine, des associations tripartites se sont spontanément

et contagieusement créées durant le XXe siècle dans tous les pays civilisés pourvus

d’une presse libre. Ces associations réunirent des journaux à fort tirage, les plus

fameuses agences de publicité et les plus gros annonceurs, tous s’engageant à

respecter un code déontologique et donc à ne laisser publier que les annonces

s’y conformant. En dernier recours, si des lecteurs venaient nombreux à se

plaindre auprès de l’association des promesses non-tenues d’un balai-brosse, sa

publicité se voyait aussitôt retirée des publications signataires. Les journaux qui

n’étaient pas adhérents devaient se passer des annonces de Peugeot ou de Moulinex

mais pouvaient trouver de quoi survivre avec les gaines anti-cellulite, les appareillages permettant d’obtenir en un rien de temps une musculature de super-héros, écrans transformant les télés noir & blanc en télés couleur, lunettes qui déshabillent, etc.

 

Toute cette cuisine se faisant hors du champ légal, les responsabilités de

chacun restaient engagées normalement, rien n’interdisant à personne d’aller

porter les litiges devant les tribunaux, que les entreprises accusées adhèrent ou

non à ces codes déontologiques privés et facultatifs. Une loi de 1973 sanctionne

la publicité mensongère et plus précisément la publicité trompeuse, la jurisprudence

en la matière reposant sur la notion de « consommateur moyen, normalement

intelligent et attentif », mais c’est encore une loi d’ordre général qui ne

fait que préciser la nature contractuelle du message publicitaire.

Notre organisme français d’auto-discipline, noble manifestation d’une

société civile responsable, naît sous le nom d’OCA (Office de Contrôle des

Annonces) en 1935 et change de nom en 1953 pour devenir jusqu’en 2009 le

BVP (Bureau de Vérification de la Publicité). La Régie Française de Publicité,

qui régissait la publicité diffusée sur les antennes de l’ORTF, était aussi propriété de l’État mais adhérait librement au BVP, qui disposait d’un siège à la commission

de visionnage de la RFP. L’avalanche de législations sur la publicité a cependant fait évoluer le rôle du BVP, qui prétend toujours être privé mais qui est devenu peu à peu un faux-nez des pouvoirs publics, ce que sanctionne son nouveau nom d’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité).

 

La folle du CSA

 

Le CSA, Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (1989), héritier de la Haute

Autorité de la Communication Audiovisuelle (1982) puis de la Commission Nationale

de la Communication et des Libertés (1986) résulte d’une mesure libérale

opérée par la gauche en 1981 : l’ouverture de nouvelles fréquences de radio et

de télévision au terme de décennies de monopole public scélératement maintenu

par une droite conservatrice qui y trouvait son confort et était peu pressée

d’adopter une libération des ondes pourtant devenue la norme des pays libres.

Le CSA qui emploie plusieurs centaines de fonctionnaires est présidé par

neuf « sages », nommés par les présidents de la République, du Sénat et de la

Chambre, chacun disposant de trois sièges. Parmi les très nombreuses attributions

de cet organisme figure malheureusement le contrôle de la publicité radio

et télé. Geneviève Guicheney, ancienne présentatrice du Soir 3 de FR3, nommée

par François Mitterrand, en fait de sage montrera fort peu de sagesse. A l’intérieur

du CSA, elle présidera, de janvier 1989 à septembre 1991, le Comité de

Contrôle de la Communication Publicitaire Radiodiffusée et Télévisée (CCPRT)

et durant cette période charnière qui s’étend donc sur près de trois ans elle fera

régner l’épouvante et l’effroi sur le monde de la publicité.

Geneviève Guicheney n’aimait pas la publicité et n’avait pas peur de le dire.

Disposant d’un pouvoir illimité puisque discrétionnaire, elle se lança dans une

interprétation toujours plus restrictive des textes. Elle terrorisa littéralement

l’ensemble des publicitaires du pays en retoquant, parfois au dernier moment, des

investissements pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions de francs. Pour

préserver les intérêts pécuniaires de leurs clients, les publicitaires ont très vite

préféré l’autocensure à la censure, s’efforçant de devancer une Geneviève Guicheney

toujours plus capricieuse. Elle pouvait refuser un spot parce que la couleur

du T-shirt d’un enfant figurait également, quoiqu’assez discrètement, sur le packaging

du produit, transformant l’innocent en porte-drapeau d’intérêts capitalistes...

Notons à sa décharge qu’elle ne faisait ainsi que refléter cette opinion

partagée par trop de Français, et qui veut que les entreprises se foutent du monde,

exagèrent, abusent ou au minimum exploitent (quoi ? tout !) et que si une décision

arbitraire leur fait perdre des millions, c’est finalement bien fait pour elles...

Cette situation délirante ne pouvait durer : au terme de multiples interventions

souterraines, il a été mis un terme à cette incroyable dictature et il a donc

été finalement décidé que le CSA se rangerait à l’avis d’un BVP héritant d’une mission dite de service public. Le BVP (devenu ARPP) donne désormais son

accord a priori, que le CSA contrôle a posteriori, c’est-à-dire après diffusion ;

cette distribution des rôles ne pouvant fonctionner que si l’un et l’autre organismes

s’accordent sur la majeure part de leurs décisions.

 

Comment l’État-pipelette a su imposer le silence à toute une profession

 

Si cette dictature a pu durer aussi longtemps sans donner lieu immédiatement

à une fronde professionnelle c’est donc parce que les campagnes de

communication publiques s’étaient multipliées, particulièrement depuis 1981,

et que les agences de publicité étaient toutes très demandeuses de cette manne,

toujours dans les starting-blocks pour participer à toute compétition gouvernementale.

De tous temps les gouvernements ont aimé communiquer. En 1954,

Pierre Mendès France étant Président du Conseil, la campagne « Santé,

sobriété » explique par exemple aux Français qu’il ne faut jamais boire plus d’un

litre de vin par jour. Le Service d’Information et de Diffusion (1976) devenu

Service d’Information du Gouvernement (1996) éduque des contribuables infantilisés

à l’art d’utiliser les itinéraires de délestage lors des grandes migrations

routières estivales (« Bison futé » – 1976) ou leur apprend à lever le pied (« Chasse

au Gaspi » – 1979).

A leur arrivée au pouvoir en 1981, les socialistes, peut-être trop longtemps

privés de la prérogative de s’adresser au peuple, vont initier une logorrhée gouvernementale

qui continue de nous submerger. Monuments de cette propagande,

toujours introuvables, hélas ! sur le site de l’INA, les films pédagogiques

de la campagne « Les yeux ouverts » (1982) du gouvernement Mauroy expliquent

chaque soir aux Français, en dehors des écrans publicitaires s’il vous plaît, le

point de vue socialiste sur la crise : « Comprendre pour agir », « Affronter les

réalités »...

Le Comité Français d’Éducation pour la Santé (1972) devenu Institut

National de Prévention et d’Éducation pour la Santé (2002) a toujours plus de

recommandations à nous faire et les agences de publicité ont donc toutes attrapé

le virus de l’INPES. La campagne « Nos emplettes sont nos emplois » (1993)

pousse nos compatriotes à acheter nazional et nos commerçants montrent qu’ils

font des efforts sur l’accueil en affichant un Kissouri (?1994). L’égalité, on s’en

doute, fait elle aussi des pas de géant grâce à quelques spots bien placés. La

grande nurserie dénoncée par Mathieu Laine (1) offre un champ presque infini à la communication gouvernementale et puisque la crise empire, les agences de publicité comptent toujours davantage sur ce relais de croissance financé par le contribuable.

(1) La Grande Nurserie, en finir avec l’infantilisation des Français ; Mathieu Laine ; Ed. J.-C. Lattès ; 2006.

 

L’opacité des comptes et l’absence de consolidation rend impossible l’évaluation

des montants en jeu. L’AACC (Association des Agences Conseil en

Communication) ne parvient pas à estimer, même à la louche et après s’être

plusieurs fois cassé la tête sur cette question, le montant global des campagnes

de publicité publiques. J’encourage vivement la création d’un observatoire privé

des communications publiques, sur le modèle de l’Observatoire des Subventions

de Contribuables Associés. Les communications publiques représentent un

énorme gâteau pour les agences de publicité. Elles permettent d’attribuer selon

les critères les plus opaques ou les plus flous (la créativité par exemple) des

montants toujours extravagants puisqu’il serait tout à fait possible de se passer

complètement de publicité publique. Les journalistes relayent déjà très volontiers

les communiqués du gouvernement. Et tout cet argent qui ne sera plus gaspillé

apportera à coup sûr aux agences plus d’affaires privées qu’elles ne perdront en

campagnes publiques.

Valérie Fourneyron, Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation

Populaire et de la Vie Associative depuis l’accession de François Hollande au

pouvoir suprême, aura sans doute plein d’idées de campagnes pour nous éduquer

au civisme, à la santé, à la gymnastique quotidienne, à une nouvelle citoyenneté,

que sais-je ? Vichy avait déjà son son Commissariat Général à l’Éducation Générale (c’est une obsession...) et Sportive et Mussolini son Minculpop (Ministère de la Culture Populaire).

 

Les lois Evin et l’argument de santé publique

 

Revenons à l’histoire récente : la docilité des publicitaires ayant été

éprouvée par les abus du CSA, les lois Evin de 1991 s’imposèrent à eux sans

encombre. Ces lois dites de santé publique prétendent lutter contre le tabagisme

et l’alcoolisme en en réglementant la consommation et la publicité. Elles autorisent

par exemple la publicité radiophonique pour les alcools tous les jours entre

minuit et 17 heures, sauf le mercredi où elle n’est autorisée qu’entre minuit et

7 heures du matin (les écoliers étant de véritables éponges... à publicité (ouf !)).

Mais ces lois Evin sont polymorphes et en constante évolution. Elles changent

d’année en année et d’amendements en amendements, toujours dans un sens

plus restrictif.

 

Ces lois obligent aussi les alcooliers à ne mentionner dans leurs annonces que des caractéristiques objectives du produit : son nom, son degré volumique d’alcool, sa composition, son origine géographique ou historique, son mode d’élaboration, son lieu de consommation, etc. L’esprit de la loi est de proscrire

tout appel à des champs imaginaires, toute mise en scène avec acteurs auxquels

les consommateurs pourraient s’identifier.

 

Le groupe Castel, propriétaire des boutiques Nicolas et de nombreuses

marques vendues en grande distribution possède au nombre de celles-ci Vieux

Papes, vin populaire qui veut être le haut de gamme des premiers prix (Gévéor,

La Villageoise, Carré de Vigne, etc.) et qui est donc vendu dans une bouteille avec

une étiquette. C’est le vin du dimanche des gens de peu. Le groupe Castel, très

content de son affiche : « Vivre, bon sang ! » exprimant la truculence et la joie de

vivre du positionnement, se l’est vu interdire par des lois Evin. Le brief aux

agences de publicité était donc clair : la même chose mais légal. Nouvelle

accroche adoptée : « A table, la France ! ». C’est bien légal en effet, car Vieux

Papes est un vin de table (lieu de consommation) et il procède d’un mélange de

vins provenant de tous les terroirs de France (origine géographique). Ça dit la

même chose à peine moins bien et c’est parfaitement conforme à la loi. Voilà à

quoi on s’amuse de législateur à publicitaire, entre fonctionnaires et gens du

privés. Les uns font des lois, les autres les contournent. Il faut bien qu’on s’occupe.

Car on se doute bien, en effet, que l’investissement promotionnel des alcooliers

est immédiatement réaffecté. L’argent qui ne sera pas consommé en affiches

ou en spots servira à envoyer davantage de commerciaux Ricard sur les

routes ou permettra d’offrir aux écoles de commerce des soirées « open bar ».

Les lois Evin évoluent sans cesse parce que ce jeu du chat et de la souris est

sans fin. L’investissement promotionnel sera toujours optimisé dans le cadre de

ce qu’autorise la législation et les contraintes nouvelles rendent le marketing

toujours plus créatif. Les adolescents n’ont jamais autant fumé qu’en 2013, les

jeunes filles particulièrement, et les faits divers du week-end rapportent qu’ils en

sont à siffler cul sec les bouteilles de spiritueux. Peut-être la publicité devrait-elle

remettre en scène la consommation pour leur expliquer, entre autres valeurs de

civilisation, comment s’apprécie un cognac.

 

L’arme légale prétend partout mettre fin à l’anarchie

 

Notons au passage la loi Sapin (1993) destinée à réglementer l’achat

d’espace publicitaire et la rémunération des agences. Nous n’en dirons pas grand

chose sinon qu’elle intervint juste à temps pour sauver les grandes centrales

d’achat d’espaces publicitaires, au moment précis ou quelques grands annonceurs

de l’époque (Kodak, Volkswagen-Audi Group, etc.) venaient de décider de

s’unir pour mettre eux-mêmes fin au problème.

A la demande de Nicole Ameline, ministre déléguée à la parité et à l’égalité

professionnelle, le BVP a été chargé d’établir un rapport concernant la période de janvier à mai 2003 sur les dérives sexistes en matière d’affichage et de presse

écrite. Sur 15 000 campagnes, 43 se sont retrouvées mises en cause, soit 0,3 %

du total. La loi Ameline (2003) sur le respect de la personne humaine et de

l’image de la femme a donc été promulguée (oui, je sais, moi aussi...). Cependant,

la dévalorisation de la personne humaine n’est pas le fait de la seule publicité

et interdire certaines de ses manifestations ne traite probablement pas les

racines du mal. Un coup d’oeil à « Secret Story » (TF1) ou à n’importe quelle autre émission de « télé-réalité » suffira à nous convaincre que le problème n’est pas résolu.

 

Constatons d’ailleurs que la loi Ameline n’a eu aucune influence sur la

vulgarité publicitaire. Elle nous aura au moins donné quelques bonnes affiches

Éram, lesquelles, arguant de cette loi, remplacèrent les mannequins

par un homme, une chaise ou une autruche. Mais il y a plus intéressant :

cette question de l’image de la femme, qui peut être débattue publiquement,

qui peut détourner certaines clientes et éventuellement donner lieu à des

boycotts massifs, est débattue à l’intérieur même du cadre publicitaire, certaines

marques (The Body Shop, Dove, American Apparel...) se faisant de

diverses façons les porte-étendards des droits des femmes, du respect qui leur est dû ou veillent à l’authenticité des représentations qu’en véhicule la publicité.

 

Nous n’avons pas la place ici d’aborder la totalité de ces lois (avons-nous

même la possibilité de la connaître ?) mais pour clore cette litanie, notons qu’un

nouveau stade a quand-même été franchi en 2009 avec Roselyne Bachelot. Il

n’est en effet même plus nécessaire de légiférer : il suffit de menacer de le faire.

Sous cette menace, « les professionnels » se sont rapidement mis d’accord,

comme le pouvoir les en pressait, sur un « code de bonne conduite ». Celui-ci

consistera finalement à diffuser, en même temps que la publicité-qui-rend-obèse,

un message de santé publique. Tout le monde sait qu’un confiseur et un dentiste,

un pâtissier et un nutritionniste défendent des points de vue différents et que

c’est de la confrontation naturelle de ces divers points de vue que s’élabore

l’opinion de chacun. Désormais la même affiche vous dit à la fois de manger

gras et sucré et de ne pas manger gras et sucré. Cette dissonance cognitive

appelle à être réduite par l’oblitération d’un des deux messages et on peut donc

gager que selon que vous partez déjeuner ou que vous sortez de table, vous lirez

l’un ou l’autre.

Comme l’écrit très justement Christian Michel : « Il y a deux dangers contre

lesquels l’État ne peut pas nous protéger : nous-mêmes et lui-même. Et ce dernier

danger n’est jamais plus grand que lorsque l’État veut nous épargner le

premier (2). »

(2) Faut-il interdire les drogues ?, Christian Michel in Vivre Ensemble, recueil de textes,

p. 300, note 18 ; The Hampden Press, 2008.

 

Le socialisme sera toujours plus mensonger que la publicité

 

Il n’est pas inintéressant pour finir de comparer la fiabilité de la publicité

avec celle d’autres sources d’informations. Les quotidiens peuvent nous raconter

n’importe quoi sur la relance par la consommation, en contradiction avec toutes

les expériences humaines, et aucune censure ne les frappe. Nous envoyons nos

enfants à l’école pour qu’ils s’y instruisent et ils en reviennent bardés de certitudes

sur le réchauffement climatique ou sur la nécessaire prohibition des produits

toxiques. Les magazines féminins ou masculins débordent d’astrologie ou

de numérologie sans encourir la moindre admonestation. Deux poids deux

mesures.

Les exigences du pouvoir à l’égard de la publicité ont franchi depuis longtemps

les limites de l’extravagance. Dès qu’une publicité promeut un crédit, elle

se retrouve aussitôt couverte de mentions légales sur le taux effectif global du

crédit proposé, les spécifications du modèle auquel ce crédit correspond, toute

une série de chiffres et d’avertissements, etc., un peu comme si le client était

censé signer directement sur l’affiche ou sur la télévision. L’esprit de la loi est

ici qu’il ne doit subsister aucune zone d’ombre, aucun coût caché. Tout doit être

parfaitement transparent pour ne pas feindre de donner d’un côté ce qu’on

reprend de l’autre. Si on devait le juger à cette même aune, que penserait-on

de notre système fiscal (3) ?

(3) Colbert disait que « l’art de la taxation c’est de plumer l’oie sans qu’elle ne criaille ». On ne saurait être plus clair sur la nécessaire opacité et la complication des mécanismes de perception d’un État avide.

 

Il y aura toujours des « pièges à cons » : loterie, courses hippiques ou socialisme, il faut bien que des dupes se fassent pigeonner. Non seulement aucun arsenal législatif compliqué n’y changera rien mais celui-ci servira souvent de point d’appui aux pires rançonneurs.

 

La vérité est que le législateur prête à la publicité plus de pouvoir qu’elle n’en a. D’une part elle serait la seule raison du succès de McDonald’s et d’autre part elle serait capable, à travers quelques messages de santé publique, de réorienter dans le bon sens la pensée de tous les éco-citoyens égarés.

Faux et archi-faux.

Ainsi, à gauche comme à droite on entend qu’il faut « changer les mentalités

». C’est une ambition stalinienne. Ce sont les mentalités qui constituent la

donnée et la société qui les abrite qui constitue la variable ; non le contraire. Le

socialisme voudrait que les entrepreneurs soient essorés par l’impôt mais restent

motivés et heureux de vivre en France. Ou que les chômeurs cherchent du travail

comme s’ils n’étaient pas rémunérés, tout en étant rémunérés. Ou que la médecine

soit gratuite mais que les gens l’utilisent aussi peu que si elle était payante (4).

(4) « La sécu c’est bien, en abuser ça craint » (1991), parmi de nombreuses autres campagnes sur le même thème.

 

Eh bien c’est impossible, quelle que soit la somme que vous investirez en campagnes

de communication. Tous les problèmes que rencontre le socialisme viennent

précisément du fait que les mentalités, en phase avec la pensée libérale,

ne coïncident pas avec leur projection de l’être humain et leur construction

politique artificielle. Ils se trompent moins sur l’âme humaine lorsqu’ils achètent

une clientèle électorale... On peut convaincre nos contemporains qu’il y a trop d’État, mais laissons aux socialistes l’ambition perfide de vouloir changer les mentalités.

Et prions pour qu’un jour la publicité redevienne libre dans ce pays.

N.B. Une première approche de cette étude a été le sujet d’une conférence à Daxle 7 juillet 2012 lors du 4e Week-end de la Liberté du Cercle Frédéric Bastiat.

 

 

Fred AFTALION

 

ÉNERGIE ET ÉCONOMIE « VERTE ». LES APPRENTIS SORCIERS

 

L’énergie étant à la base de toute activité humaine, les écologistes, dans la mission qu’ils se sont assignée de protéger la Nature et le bien-être de leurs concitoyens, ne pouvaient manquer de s’y intéresser. Deux objectifs principaux occupèrent leurs esprits : s’opposer aux émissions de gaz carbonique, CO2, provenant des combustibles fossiles et réduire jusqu’à l’abolir la production d’énergie nucléaire qui pourtant ne dégage pas de CO2.

 

Le « maudit » CO2

 

Le CO2 que nous exhalons chaque fois que nous respirons est indispensable à notre vie sur terre. Son rôle dans la photosynthèse (1) est tellement essentiel

que dans les serres à l’échelle industrielle on injecte jusqu’à 1 000 ppm (parties par million) de CO2 pour améliorer la croissance et la qualité des plantes.

 

Pour s’en prendre au CO2 et par conséquent aux combustibles fossiles, il a fallu le considérer comme gaz à effet de serre, principal responsable du réchauffement

climatique. Or, d’une part depuis 15 ans on n’a pas constaté le moindre réchauffement climatique et, d’autre part, il y a tout lieu de penser que ce phénomène

de variation de température à la surface du globe est davantage lié à l’activité solaire qu’à une concentration quelconque de CO2 dans l’atmosphère.

 

On a peine à croire que dans de telles conditions le taux d’émission de CO2 soit devenu une norme universelle sur laquelle reposent toutes nos activités (1) La photosynthèse est le procédé par lequel les plantes vertes captent l’énergie du solaire absorbée par la chlorophylle pour produire des carbohydrates à partir du CO2 et de l’eau. industrielles. L’Europe s’est particulièrement distinguée dans ce domaine de la folie « verte ». Ainsi, en pleine crise financière et économique, la Commission Européenne a institué la règle triplement arbitraire et coûteuse des « Trois 20 » : 20 % de réduction des gaz à effet de serre et 20 % d’augmentation de la part des énergies renouvelables à l’horizon 2020.

 

Par ailleurs, contrairement aux Américains, les Européens ont créé une

bourse des permis d’émission de CO2 (Cap and Trade) qui s’est traduite par des

spéculations hasardeuses et se solde par un fiasco. Quant à la taxe européenne

sur le CO2 que doivent acquitter les compagnies d’aviation pour l’ensemble des

vols à destination et en partance d’Europe, elle suscite une forte réprobation de

grands pays comme la Chine, l’Inde, la Russie, les États-Unis... La Chine notamment

menace de remettre en cause ses achats d’Airbus si cette taxe carbone

devait être maintenue.

 

Le problème des énergies renouvelables

 

La chasse au CO2 présentait un double avantage pour les écologistes.

Elle leur permettait de s’en prendre aux producteurs et aux consommateurs

de ce charbon et de ces hydrocarbures honnis, c’est-à-dire aux grands groupes

industriels faisant des « profits indus » en polluant la planète. Mais elle leur donnait

en même temps l’occasion de promouvoir d’autres types d’énergie ne risquant

pas de nous manquer un jour ou d’accroître le taux de CO2 dans

l’atmosphère.

Or, qu’il s’agisse de l’éthanol à la place de l’essence ou des bioesters à celle

du Diesel, ces énergies renouvelables ne sont substituables aux hydrocarbures

que partiellement en raison de leur coût et parce que la biomasse dont elles sont

extraites sert à d’autres emplois plus essentiels. L’éthanol en particulier n’est

compétitif que produit à partir de la canne à sucre, elle-même cultivée sur de

vastes espaces comme au Brésil. Sinon, son emploi comme source d’énergie

exige le recours à de coûteuses subventions acquittées in fine par le

contribuable/consommateur.

Il en est de même lorsque la production d’électricité fait appel à des

éoliennes et à des installations solaires, le vent et le soleil n’agissant que par

intermittence et rendant nécessaire de ce fait une source d’énergie d’appoint

fournie par une centrale à « cycle combiné-gaz ». Il faut aussi dans ces deux cas

prévoir des réseaux de connexion avec les sources de distribution d’électricité

existantes. L’Allemagne, en renonçant à l’échéance 2022 au nucléaire au profit

de ces nouvelles sources d’énergie, en fait la triste expérience, d’autant que l’éolien et le voltaïque sont produits au nord du pays alors que la consommation d’électricité la plus importante se fait au sud et à l’ouest.

 

Par ailleurs 25 % du coût d’une installation voltaïque est représenté par

les panneaux solaires, importés à 80 % de Chine, où ils sont offerts à des prix

imbattables. D’où un double problème car le coût déjà élevé du voltaïque avec

les importations de panneaux à bas prix, le serait plus encore si l’on appliquait,

comme le demande l’Union Européenne, un droit de douane de 47 %

pour protéger les fabricants de panneaux nationaux contre la concurrence chinoise...

Sans compter la guerre commerciale avec la Chine à laquelle un tarif

douanier aussi prohibitif donnerait lieu. Il faut savoir notamment que les panneaux

solaires chinois sont obtenus eux-mêmes à partir de polysilicones européens

et américains et seraient par rétorsion à leur tour pénalisés à leur entrée

en Chine.

On voit à quel imbroglio conduit l’intervention des États dans un domaine où l’énergie « verte » n’a pas sa place, même en remplacement partiel de combustibles fossiles car ceux-ci sont de plus en plus abondants et de moins en moins chers.

 

Un autre réprouvé : le gaz de schiste

 

L’industrie pétrolière a su exploiter les bruts lourds de l’Alberta au Canada

et ceux de l’Orénoque au Venezuela. Il lui restait à pouvoir extraire le gaz naturel,

CH4, des schistes présents en abondance dans le sous-sol de nombreux pays.

Aux États-Unis c’est chose faite grâce à la méthode du « fracking » et il s’agit

d’une véritable révolution, des régions comme la Pennsylvanie, l’Oklahoma, le

Texas connaissant un boom inespéré et le prix du gaz américain étant désormais

quatre fois moins cher qu’en Europe où il est calculé à partir de celui du baril de

pétrole.

Bien entendu, les écologistes s’opposent avec véhémence à ce développement

et l’Union Européenne, la Pologne mise à part, refuse tout essai d’exploration

dans ce domaine, la France notamment ne voulant même pas entendre

parler de fracking. Or cette situation a déjà des conséquences parfaitement

observables. Pour les États-Unis, elle abaisse le coût de l’énergie et des produits

qui en dérivent, notamment en pétrochimie ; elle ouvre la voie à l’exportation

de ce gaz naturel une fois liquéfié ; elle enrichit les propriétaires du sol où s’opère

l’exploitation car ils sont aussi détenteurs du sous-sol ; elle libère d’ores et déjà

d’importantes quantités de charbon exportable.

Par contrecoup en Europe le charbon bon marché américain se substitue

dès maintenant au gaz dans les centrales productrices d’électricité aux

dépens de celles à « cycle combiné-gaz » censées servir d’appoint aux

éoliennes et aux installations voltaïques. Ainsi l’Allemagne, contrairement aux voeux des promoteurs de l’économie « verte », n’a jamais consommé autant de charbon dans ses centrales tout en subventionnant à grands frais ses énergies renouvelables.

 

Le nucléaire

 

Le cas du nucléaire est un autre exemple des aberrations de l’économie

« verte ». En premier lieu, seuls les écologistes sont unanimes dans leur détestation

de l’électricité nucléaire. Les États où ils vivent ont pour leur part des opinions

très variées sur les dangers qu’elle comporte. Ainsi, comme on l’a vu,

l’Allemagne sous la pression des verts va mettre fin à toute activité de ses centrales.

Il en est de même de la Suède à courte échéance. En revanche la Finlande

voisine poursuit un programme ambitieux, tout comme les États-Unis et

l’Angleterre.

Quant à la France, son cas est édifiant car 80 % de son électricité est

d’origine nucléaire. La raison en est que lorsque le président Pompidou décida

d’un programme intensif dans ce domaine elle disposait des « nucléocrates » qui

avaient travaillé à la mise au point de la bombe atomique. Par ailleurs les verts

à l’époque n’étaient pas aussi influents qu’aujourd’hui et surtout, le Parti communiste

vit l’intérêt de ce programme pour l’EDF dont ils étaient partie prenante

par l’intermédiaire de son comité d’entreprise dominé par la CGT et alimenté

annuellement par 1 % du chiffre d’affaires de ce monopole.

Malgré ce concours de circonstances favorables qui permet à la France de

disposer d’un kilowatt-heure à bas prix, les verts ne s’avouent pas vaincus. Leur alliance avec la gauche leur a déjà permis d’obtenir du gouvernement Jospin l’arrêt à grands frais de Superphénix et plus récemment la condamnation à terme rapproché de la centrale de Fessenheim.

 

Conclusion

 

S’il est des initiatives coûteuses et absurdes à prendre pour le « bien-être » de la collectivité en ce qui concerne l’énergie, on peut compter sur les verts pour les proposer. Reste à savoir si les responsables politiques de nos pays auront un jour le courage de leur résister.

 

 

Jean-Philippe FELDMAN

 

« LETTRE OUVERTE D’UN LIBÉRAL A M. LE PRÉSIDENT NICOLAS SARKOZY ».

 

 

Monsieur le Président,

 

Vous venez de nous faire savoir que vous seriez peut-être dans l’« obligation » de vous représenter à la Présidence de la République en 2017 (et peut-être avant...). Vous le feriez non pas « par envie », mais « par devoir », et cela « parce qu’il s’agit de la France ».

 

Par la présente, nous souhaitons vous rassurer : nous ne voudrions pas vous mettre mal à l’aise et, si vous entendez céder plutôt à vos envies qu’à votre devoir, la décision n’appartient qu’à vous.

 

Nous vous rappelons que nous vous avons supporté cinq années durant, cinq longues années lors desquelles vous avez largement contribué à l’augmentation du chômage, à un creusement historique des déficits, à la croissance de la dette publique, à la hausse des impôts et à une violation quotidienne du droit de propriété.

 

Cinq longues années lors desquelles vous n’avez, au-delà des mots et des formules incantatoires, lancé aucune réforme d’envergure. Pas même pour ce

qui concerne l’enseignement supérieur : la loi (dont vous vous êtes glorifié) donnant

prétendument l’« autonomie » aux universités n’a rien résolu, faute de briser

le monopole napoléonien de l’Université et de permettre la libre création d’établissements privés. Vous vous êtes contenté de mettre des radars sur les routes et nous reconnaissons volontiers votre insondable imagination pour créer taxe sur taxe.

 

Cinq longues années lors desquelles vous avez méthodiquement rejeté, ou

pis ignoré, toutes les réformes souhaitées par les libéraux, mises en place pourtant

avec succès dans de nombreux pays occidentaux.

Cinq longues années lors desquelles vous avez consciencieusement miné

un droit de propriété déjà bien opiacé. Paradigmatiques à cet égard ont été les

dispositions sur la taxation des plus-values des résidences secondaires, aussi arbitraires qu’iniques, en un mot socialistes. Le mot vous choquera : vous avez fait du socialisme de droite, car vous étiez sur la même pente que les autres spoliateurs.

 

Cinq longues années lors desquelles vous avez méprisé les libéraux en privilégiant uniquement soit vos affidés soit, pour des raisons politiciennes, des hommes de l’opposition. Vous avez même réussi l’exploit de nommer un socialiste, thuriféraire de l’« anti-économique », à la tête de la commission pour la libération de la croissance, alors que le Général de Gaulle avait, lui, désigné un libéral au début de la Vème République pour co-animer un comité similaire.

 

Cinq longues années lors desquelles vous vous êtes entouré de piètres conseillers et de médiocres ministres, qui ont rivalisé d’interventionnisme.

 

Cinq longues années lors desquelles votre horizon s’est limité au gain de l’élection présidentielle de 2012, lors de laquelle vous avez d’ailleurs recueilli les fruits de votre politique.

 

Bref, cinq longues années lors desquelles vous avez confirmé que vous étiez un homme de droite indécrottable, conservateur, étatiste et finalement impuissant.

 

Ne croyez pas, Monsieur le Président, qu’il nous plaise d’écrire ce réquisitoire.

 

Ne pensez pas que vous nous soyez antipathique ou que nous considérions que vous soyez pire que vos homologues. La liste de vos potentiels successeurs aux dents aussi longues que leurs idées sont courtes, permettrait plutôt de penser le contraire.

 

Comprenez bien que le nom du futur Président de la République ne nous intéresse pas, qu’il ne peut retenir que l’attention des arrivistes, les uns qui visent la prochaine élection, les autres qui lorgnent déjà sur les suivantes, obnubilés qu’ils sont par un régime de pouvoir personnel. Ce qui nous importe, ce sont les idées.

 

Si vous pensez que, sans programme libéral, il vous suffirait paresseusement

de recueillir le pouvoir des mains incompétentes de celui qui vous a succédé

et qui a déjà lamentablement échoué, détrompez-vous. Nous voulons, nous

membres de la société civile, que vous cessiez alors de vous mêler de nos affaires,

que vous nous laissiez les fruits de notre travail et de notre épargne, que vous

arrêtiez de vous mêler de nos vies privées, que vous cessiez d’empiéter sur nos droits, à commencer par le droit de propriété. Nous voulons, pour la première fois véritablement, être enfin libres. Serait-ce trop exiger ?

 

Nous vous assurons que si vous entendez porter les idées de liberté émises par la société civile, bien mieux que vous ne l’aviez fait lors de la campagne électorale de 2007, nous ne nous opposerions pas à ce que vous reveniez au pouvoir, si tel est votre « devoir » et peut-être votre « envie ». Ce serait d’ailleurs pour vous, après un premier acte manqué, l’occasion de rentrer dans l’histoire de France, une France que vous nous avez toujours assuré, du fond du coeur, aimer.

 

Veuillez...

 

BONNES FEUILLES

 

H16

 

ÉGALITÉ TAXES BISOUS (1)

(1) Égalité, taxes, bisous ; Manitoba, Les Belles Lettres 2013, 270 pages, 19 .

 

Les 10 mesures qui sauveraient la France (mais qui ne seront jamais appliquées)

Pp. 264 sqq.

 

Pour une fois, soyons fous. N’ayons peur de rien, imaginons que nous ayons toute latitude pour tenter de résorber la crise actuelle, ou, au moins, d’en atténuer au maximum les effets. Quelles pourraient être les mesures les plus efficaces pour relancer l’activité économique du pays et y créer des emplois ?

 

On pourrait, pour commencer, imprimer plusieurs centaines de milliards de billets de 100 e et les distribuer aux pauvres, directement. Cela n’enrichira pas tellement les pauvres (il y en a beaucoup), alors on trouverait plus simple de distribuer ces billets d’abord à nos amis banquiers, politiciens, syndicalistes autres corporations subventionnées. A la fin, ça appauvrirait tout le monde, mais on s’en ficherait parce qu’on serait cynique.

Mmmoui...

 

Bizarrement, cela a été tenté plusieurs fois dans le passé, avec un échec cuisant à chaque fois. C’est à nouveau en cours de test, actuellement, au niveau européen. On peut présager l’échec.

Mais je suis mauvaise langue, passons donc.

 

Ou alors, on déciderait – soyons fous, vous dis-je – de lâcher complètement les bretelles et de péter les élastiques et on mettrait en place les idées suivantes.

 

1. Dans un premier temps, on demanderait aux entreprises de donner leur

salaire complet aux salariés, c’est-à-dire ce que ces salariés coûtent effectivement

à l’entreprise, en totalité (charges salariales et patronales incluses). L’intégralité

du salaire atterrirait alors sur le compte bancaire des intéressés. Charge alors à

ces derniers de reverser aux différents organismes les sommes convenues pour

les différentes couvertures. On passerait ensuite quelques mois à expliquer aux

Français que : oui, ils n’ont pas le choix, et oui, ils sont obligés de cotiser à ces

organismes qui leur paieront une retraite de misère, indemniseront leur chômage avec un lance-pierre et ne leur rembourseront qu’une partie humoristique de leurs frais de santé. Enfin, on proposerait l’ouverture à la concurrence de l’ensemble de ces branches.

(Ici, les collectivistes, arrivés en bande, commencent à baver en agitant leurs gros bras gourds : les malades vont tous mourir sur les trottoirs et c’est la mort des pauvres que vous voulez ! Salaud de libéral !)

 

2. Parallèlement à ces mesures didactiques sur les salaires, on en profiterait

pour faire sauter les monopoles de droits divers et variés (courrier, énergie, taxis,

transports interurbains ou régionaux, tout, jusqu’aux licences téléphoniques

mobiles, par exemple) ainsi que les protections et privilèges minutieusement

enkystés dans la vie sociale française depuis des décennies, à commencer par

le numerus clausus des pharmaciens, des notaires, des médecins...

(Ici, les collectivistes, dont la bave bulle à gros bouillons putrides, enragent

à l’idée qu’un nombre suffisant de médecins, de taxis et de notaires envahirait le pays. Ce serait horrible, tout comme la concurrence qui réduit les prix et donc provoque le chômage... comme Free.)

 

3. Évidemment, tout ceci ne peut s’entendre qu’avec un code des impôts

légèrement éclairci. Pour cela, on peut le réduire à quelques articles simples :

l’impôt serait dû par tous (entités physiques ou morales), sur tous les types de

revenus possibles, et limité à 10 % de ce revenu (flat tax), ni plus, ni moins. La

TVA, de fait, serait unique, et limitée à 10 %. Et 10 %, c’est très simple puisqu’un

gamin de 6e est censé savoir faire une division par dix... Enfin, de nos jours,

mettons un gamin de terminale. Par exemple, le litron d’essence sans plomb,

actuellement autour de 1,5 e, dégringolerait à 0,64 e (cela fait plus de 40 e

d’économie sur un plein de 50 litres). En conséquence de quoi, le gouvernement

serait dans l’obligation, rapidement constitutionnelle, de ne dépenser en année

N+1 que l’argent récolté en année N, avec interdiction du moindre déficit, et

sanctions personnelles et financières non symboliques aux membres du Parlement

pour tout dépassement de budget de l’État.

(Ici, les collectivistes, apoplectiques et les yeux hagards, se tortillent en criant à la misère de l’État qui ne pourra plus garantir à la France son rang international, faute de moyens. Et tout le monde sait que l’impôt proportionnel tue les pauvres et les chatons.)

 

4. Puisque le droit fiscal a été toiletté, autant faire la même chose pour le droit du travail. Revenons aux sources, à savoir celle d’un contrat entre deux

personnes, jugées adultes et responsables. Pour éviter que, dans un premier

temps, des contrats trop fantaisistes apparaissent, on peut imaginer que des

contrats-types pourraient être proposés par des institutions reconnues ou toute

firme d’avocats souhaitant se faire un nom. Les détails des contrats sont mis

en concurrence directe. Évidemment, tous les « contrats » liant les fonctionnaires

à l’État sont remis sur le tapis. Ce nettoyage au Karcher du droit fiscal

et du droit du travail entraîne bien évidemment une simplification drastique de

la création d’entreprise où la paperasserie devient réduite à sa plus simple

expression.

(A présent, les collectivistes deviennent fous. Plusieurs cassent du matériel en hurlant : « Des contrats libres, c’est l’assurance que les gens seront corvéables à merci. Ils sont trop cons, les gens, il faut les aider à savoir ce qui est vraiment bon pour eux ! »)

 

5. L’argent de l’État, c’est l’argent du peuple, qui a, surtout actuellement,

autre chose à faire que financer les allers-retours en jet privé des uns et des

autres dans leurs déplacements de villégiature. En conséquence, on arrêterait

toutes les subventions (aux associations, etc.), on mettrait fin à toutes les commissions,

institutions diverses, « hautotorités » rigolotes mais parfaitement inutiles.

La ponction correspondante disparaissant, les Français seront alors libres de

reverser directement aux associations de leur choix le montant qu’ils veulent. En

contrepartie, ce montant sera déductible à 100 % des impôts, sans plafond (les

impôts peuvent ainsi être totalement annulés) dès lors que l’association est

reconnue à but non lucratif et d’utilité publique. De la même façon, on peut

espérer un gain substantiel de marges de manoeuvre avec l’arrêt total de tous

les ministères croupions, petites niches dorées pour sympathisants et amis des

dirigeants en place, comme par exemple la Culture, l’Environnement, la Solidarité,

la Jeunesse, les Sports, la Ville.

(Oh ! Trois collectivistes sont morts d’une crise cardiaque. L’artiste moyen, sentant le statut d’intermittent disparaître, se met à composer des riffs vengeurs sur sa guitare. No pasaran !

 

6. En matière d’éducation, rien ne vaut la décision éclairée (ou pas) des

parents. Le principe du Chèque Éducation, dans un premier temps tout au

moins, permettra d’éclaircir pas mal la situation. En contrepartie, les écoles,

collèges et lycées deviendront totalement autonomes dans leurs programmes,

méthodes, horaires, recrutements et salaire des professeurs.

(Ici, ce sont les « pédagogos » qui se tortillent de rage. L’un d’eux sacrifie

trois mille têtes blondes à Meirieu-Baal, leur dieu.)

 

7. La France n’est plus une puissance coloniale, c’est un petit pays,

jadis riche, enfoncé dans quarante ans de socialisme débridé. Rien de tel

qu’une cure d’humilité pour reprendre pied avec la réalité, par exemple un

arrêt de toutes les opérations militaires hors du sol national. Les militaires

sont mis à profit dans les endroits où ils peuvent servir, si le besoin s’en fait

sentir. L’arrêt des opérations à droite et à gauche permet de dégager à nouveau

des finances pour renouveler les matériels usés et rafraîchir les troupes.

Mieux vaut 100 000 hommes correctement outillés et en bonne forme que

les 240 000 actuels, fatigués et équipés majoritairement de vieux engins

rouillés.

(Les collectivistes, à ce point cherchent leurs mots – enfin, leurs grognements. Ils hésitent. Ils sentent le piège.)

 

8. Rappelons que nous sommes en situation économique tendue. Comme nous n’avons plus un rond, on a autre chose à faire de notre argent en période de crise que d’empêcher les gens de le claquer en futilités si ça les amuse. En conséquence, on applique une légalisation de la drogue, comme au Portugal où cela a très bien fonctionné. On imagine mal les sommes colossales économisées

en forces de polices mobilisées à compter des « chichons ».

(Pendant qu’une partie des collectivistes reste coite, hébétée, une autre

pète un klaxibule dans des petits cris stridents.)

 

9. Il devient à présent indispensable de nettoyer aussi quelque peu la vie

politique française, par exemple en imposant la transparence sur les comptes

des syndicats et de toutes les entités publiques ou qui reçoivent de l’argent public

(institutions, municipalités, régions, etc.) Cette transparence se traduirait aussi

par la publication sous forme électronique de l’ensemble de la comptabilité dans

des formats directement exploitables par le citoyen. Et bien sûr, cela comprendrait

la publication de toutes les feuilles de paie de tous les élus. Après tout, c’est

notre argent, autant savoir où il part. Au sujet des syndicats, il semble évident

que leur représentativité ne sera plus liée à leur nom ou histoire mais strictement

à leur nombre d’adhérent.

(Un instant égarés par des mesures auxquelles ils ne s’attendaient pas, les

collectivistes reprennent de plus belle : la transparence pour les syndicats, c’est,

soyez-en sûr, affreux libéral capitaliste mangeur d’enfants communistes, l’assurance

que le méchant patronat va faire pression sur eux et les empêcher d’organiser

des parties (fines ?) à 500 000 e dans de somptueux châteaux. Et ça, ce

n’est pas tolérable dans une démocratie digne de ce nom !)

 

10. Enfin, pour bien marquer le coup, on imposerait un non-cumul strict des mandats, tous renouvelables une seule fois. Renouveler le corps politique n’est pas la garantie d’une démocratie parfaite mais permettra d’éviter les situations

de rentes dont le pays a si longtemps souffert.

Comme vous le constatez, ces quelques mesures sont essentiellement économiques

et visent, en définitive, à sabrer les bras multiples, tentaculaires et

suceurs invétérés d’un État devenu omniprésent et omnigaffeur. En se concentrant

sur l’essentiel et en évitant l’écueil des sujets parasites, on donne une chance

réelle à l’économie de redécoller, et partant, à la France de sortir du trou.

Et maintenant, redescendons sur Terre. Le bruit de tous les collectivistes

nous y oblige.

Ces mesures ne marcheront évidemment pas.

Pas parce qu’elles seraient viciées (elles ont toutes, dans le monde et dans

l’Histoire, prouvé leur efficacité), mais tout simplement parce que chacune de ces

mesures vient heurter, directement, l’une ou l’autre corporation, l’un ou l’autre

privilège, l’une ou l’autre habitude ancrée au plus profond de celui qui la pratique,

qui s’y accroche et qui voit très bien ce qu’il y a à perdre et refusera, devant cette

perte, de considérer ce qu’il y a à gagner. Chacune de ces mesures déclencherait

une paralysie immédiate du pays qui préférera mourir qu’envisager le changement.

Ceci ne marchera pas parce que la majorité, qui décide, a déjà choisi son

sort. Elle a déjà préféré le statu quo, la rente, le confort de la position actuelle,

connue et parfaitement bornée, et ne veut à aucun prix l’échanger contre autre

chose, même si cela a été tenté avec succès ailleurs.

 

 

LIRE LIBÉRAL

 

ON ENTEND L’ARBRE TOMBER MAIS PAS LA FORÊT POUSSER

de Nicolas Bouzou (1)

(1) On entend l’arbre tomber mais pas la forêt pousser ; Croire en l’économie de demain, Éd. J.-C. Lattès 2013, 330 pages, 19 .

 

Non, il ne s’agit pas d’une crise mais d’une transition. Notre économie change et il faut s’adapter. Certains l’ont compris, d’autres pas. Ce sont les conclusions du dernier ouvrage de l’économiste Nicolas Bouzou.

 

Le titre et le sous-titre (« Croire en l’économie de demain ») sont révélateurs.

Notre pays met sur le dos de la crise tout changement. Surtout lorsqu’il est accompagné de transformations importantes qui l’oblige à s’adapter avec intelligence.

 

Nous vivons une fois de plus la peur des Anciens face aux Modernes.

Le tsunami du changement nous effraie même si la vague des innovations nous excite. Au lieu de nous plaindre de la crise, nous devrions regarder devant : les

nanotechnologies, les énergies renouvelables, l’intelligence artificielle, la biologie

vont changer notre vie plus que ne l’ont fait la machine à vapeur ou l’électricité.

Il est vrai que certains en tireront profit, d’autres non. Mais peut-être pas ceux

auxquels on s’attend le plus. Pour Bouzou, « les riches de demain seront les

pauvres d’hier ». Très probable, à condition de saisir les opportunités qui

s’annoncent... Il est néanmoins très clair que certains États, banques, grandes

entreprises et autres organisations feront faillite... S’opposer aux bouleversements

qui s’annoncent, c’est disparaître.

Pour donner un avant-goût de ce qui nous attend, l’auteur propose un

retour dans le passé. Il décortique d’autres grandes transformations qui ont eu

lieu dans l’Histoire. C’est par exemple la ville de Venise entre le XIVe et le

XVIe siècle. Quelques îlots et plusieurs maisons sont devenus le centre du monde.

Économie puissante, banques, commerce, mondialisation... La « cité miraculeuse », symbole de l’intelligence et des persévérances humaines a résisté à travers des siècles. Car la ville a été construite sur l’eau à partir du VIe siècle... Avec le temps, la ville est devenue un exemple même pour l’économie d’aujourd’hui.

 

L’État assure sa sécurité, les banques son financement et l’épargne dirigée vers

les investissements, son développement économique.

Non, la croissance n’est pas notre ennemie. Aussi inimaginable que cela

puisse paraître, on est encore obligés de le rappeler... Nicolas Bouzou redonne

les arguments. C’est la croissance et non pas la décroissance qui protège la

planète. Pour sortir de la pauvreté, on a bien besoin d’une économie développée,

c’est la raison pour laquelle certains pays du tiers-monde ne cessent de

s’enrichir. Il est vrai, il faut des sacrifices. Il existe aussi des inégalités, certains

s’en sortent mieux que les autres. Mais l’important c’est de donner la chance à

chacun et de stimuler le progrès technique. C’est celui-ci la clé de notre développement.

Mais l’innovation ne peut être efficace sans un cadre propice, sans

les financements nécessaires à sa réussite. Excellent l’exemple de l’inventeur de

l’imprimerie, Gutenberg, qui meurt ruiné et dont l’invention se développera plus

rapidement en Italie (à Venise) qu’en Allemagne où les princes et les banques

ont vite saisi l’importance de cette invention.

 

Nicolas Bouzou nous promène à travers des siècles. Pour renforcer sa démonstration, il cite Adam Smith, von Mises, Zweig, Hayek, Marx, Darwin et des dizaines d’autres écrivains, philosophes, économistes, juristes, mathématiciens, etc. Il le fait avec justesse (sauf pour Marx auquel il accorde beaucoup trop de place) mais, finalement, toute cette démonstration ne devrait-elle pas tenir du simple bon sens ? Pourquoi sommes-nous obligés de défendre l’innovation, le progrès technique et la croissance économique ?

C’est peut-être le sujet d’un autre livre...

Bogdan Calinescu

 

 

LA FRANCE ADOLESCENTE

de Patrice Huerre et Mathieu Laine (2)

(2) La France adolescente. Et si on la laissait grandir ? de Patrice Huerre et Mathieu Laine, éditions J.-C. Lattès 2013, 259 pages, 18 .

 

D’ordinaire, quand on veut filer la métaphore sur l’état de la France actuelle, on la compare volontiers à une vieille dame à bout de souffle. Telle n’est pas l’opinion de Patrice Huerre, psychiatre, et Mathieu Laine, économiste, professeur à Sciences Po et lauréat de notre prix du livre libéral 2009 (Post-politique).

 

Soucieux l’un et l’autre de briser idées reçues et pensée unique, ils couchent sur le divan une France inattendue qui a tout d’une adolescente.

 

Cette séance chez le psy va en surprendre plus d’un et, pourtant, les deux auteurs ne manquent pas d’arguments dans l’exposé de leur thèse : l’ouvrage est donc une mise en parallèle entre les menaces qui déstabilisent la France et

la font se réfugier dans l’abattement, la sinistrose ou, au contraire, développer

une violence autodestructrice et les effrois propres à l’adolescent(e) qui, au sortir

du cocon protecteur de l’enfance, doit affronter le monde des adultes. Est-ce

grave, docteur ? Que faire pour trouver une solution à ces crises ?

Eh bien la France doit accepter d’abandonner l’État Providence, « l’État

nounou » qui la prive de toute les énergies que libèrent responsabilité et liberté

tout comme l’adolescent doit se « mobiliser » pour quitter la protection parentale

et s’affirmer en tant qu’individu. Même combat pour la « guérison » de la France

et celle de l’ado, dont l’issue est dans le sursaut libérateur et la prise de risques,

risques non seulement consentis mais décidés donc salutaires.

La démonstration de nos deux auteurs est, on le voit, très originale et

surtout très stimulante car elle balaie les jugements hâtifs et les « illusions

d’optique » et nous régale de l’éloge de l’innovation, bien préférable au désastreux

principe de précaution qui fait de la France d’aujourd’hui un pays craintif et frileux.

 

La conclusion nous conforte dans cet espoir d’un redressement possible de notre pays s’il veut bien enfin prendre en compte que les difficultés et les obstacles ne sont là que pour qu’on les bouscule.

Jacqueline Balestier

 

 

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

 

Après le succès du Forum des Libertés de Grenoble, trois autres ont suivi.

 

Forum des Libertés à Aix-en-Provence, le 22 avril 2013 sur le thème : Les finances et l’administration des collectivités locales.

 

Gérard Bramoullé, économiste, doyen de la seule faculté d’économie libérale en France – aujourd’hui supprimée par la grâce de madame Pécresse – est adjoint aux finances de la ville d’Aix. Il s’est inquiété pour l’avenir des libertés locales. L’État en crise financière, va ponctionner encore davantage les communes et la vraie décentralisation (pour que les citoyens aient un contrôle sur les dépenses publiques et les impôts) ne se fera pas. Au contraire, l’idée des « métropoles » conduira à une nouvelle couche dans le millefeuilles.

 

La synthèse du débat peut se lire à la rubrique « forums » du site libres.org.

 

L’équipe d’animation des forums aixois a été constituée, avec la participation de nombreux jeunes membres de « Students for Liberty ».

 

 

Forum des Libertés à Paris, le 15 mai 2013 sur le thème : Après l’euro.

 

Monnaie politique, l’avenir incertain de l’euro est conditionné par la politique.

Mais que deviendraient les pays de l’Euroland si l’euro disparaissait totalement

ou partiellement ? Apocalypse monétaire et économique ?

Symboliquement c’est à Pascal Salin, le meilleur expert français des questions monétaires et auteur de Une monnaie unique au profit de qui ? qu’il a été demandé d’introduire le forum par un exposé sur le sort présent et futur de l’euro.

Forum des Libertés à Marseille, le 3 juillet 2013 sur le thème : L’impôt tue l’emploi ; la flat tax le crée.

 

La réforme fiscale est l’une des priorités de notre pays qui ne peut survivre avec près de 50 %de PIB de prélèvements obligatoires, en augmentation de 25 milliards cette année. L’impôt français est anti-économique, anti-social et anti-moral.

Jean-Philippe Delsol, qui est l’un de ceux qui, en France, connaissent le mieux la flat-tax a animé les débats.

 

Synthèses et informations sur le site libres.org ; Si vous disposez d’une salle et souhaitez organiser un forum, nous pourrons vous fournir les orateurs et des éléments de logistique.

Adressez vos emails à aleps.contact@gmail.com à l’attention d’Olivier Méresse, ou en précisant « Forums des Libertés » en « objet de l’email ».

 

 

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

 

NOS AMIS EN ACTION

 

Le Cercle Renaissance

Le mercredi 26 mai, le Cercle Renaissance a remis le Prix Renaissance de l’Économie à notre ami Jean-Philippe Delsol. Pascal Salin a fait la présentation de l’homme et de l’oeuvre, soulignant la compétence du lauréat dans le domaine de la théorie et de la pratique fiscales.

 

A propos du dernier ouvrage de Jean-Philippe Delsol (qui en a écrit une douzaine sur des sujets tant philosophiques et politiques qu’économiques), « A quoi servent les riches », il a salué le courage nécessaire pour oser parler en France des riches autrement que comme des personnes méprisables.

 

Le Prix Renaissance de l’Économie, créé et développé par Michel de Rostolan et René Monory en 1981, a couronné des oeuvres et des intellectuels ou chefs d’entreprises prônant une « économie de libertés ».

Cinq administrateurs de l’Aleps en ont déjà été lauréats : Jean-Paul Gardinier, Pascal Salin, Jacques Garello, Axel Arnoux, Benoîte Taffin.

 

Contribuables Associés

Alors que le taux de chômage avoisine les 11 %, de nouvelles hausses d’impôt sont annoncées par Bercy. Mais quel est l’impact de la fiscalité sur les entreprises en terme d’emplois ? Il n’a pas, ou que partiellement, été évaluée.

 

Or, la fiscalité a un impact indéniable sur l’investissement et l’emploi.

Pour débattre de ces questions, Contribuables Associés a organisé le 30 mai à la Fédération Française du Bâtiment, en partenariat avec l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) un colloque animé par Benoîte Taffin, sur le thème :

« L’impôt tue l’investissement »

Ouverture par Jean-Michel Fourgous délégué général de « Génération Entreprise » et maire d’Elancourt.

Conséquence de la loi de finances 2013 sur le chômage par Jean-Philippe Delsol, avocat fiscaliste et administrateur de l’IREF et de l’ALEPS. Comment l’impôt tue l’investissement par Bernard Zimmern, Président d’honneur de l’IFRAP et fondateur de « Emploi 2017 ».

Le témoignage d’un chef d’entreprise était assuré par Denis Payre, fondateur de Business Objects et Kiala, de Croissance Plus et membre du mouvement des Pigeons.

 

Génération Entreprise

Chômage record : Et si on faisait (enfin) confiance aux entrepreneurs ?

A l’Assemblée Nationale le jeudi 13 juin de 9 h 00 à 12 h 30, se sont réunis

Nicolas Baverez, Xavier Fontanet, Pierre Gattaz, Hervé Novelli, autour de deux

tables rondes : « L’économie française à l’arrêt. Pour quelles raisons ? Pour

combien de temps ? » et « Quelles solutions pour sortir de la crise ? ».

Animée par Olivier Dassault et Jean-Michel Fourgous, Génération Entreprise

réunit des personnalités qui appartiennent simultanément au monde de la

politique et des entreprises : trop peu de patrons s’engagent dans la vie publique.

Éthique et politique

Le professeur Jean-Yves Naudet, directeur du Centre de Recherches en

Éthique Économique à l’Université Aix-Marseille a organisé son 20e colloque du

Centre d’Éthique Économique les 21 et 22 juin 2013 à Aix-en-Provence.

Le week-end de la Liberté

Pour la cinquième année consécutive, le Cercle Frédéric Bastiat a organisé du 5 au 7 juillet 2013 à Saint-Paul-Lès-Dax son Week-end de la Liberté. Le thème fut cette année « Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité » et a été l’occasion d’entendre des orateurs prestigieux au nombre desquels Henri Lepage ou Jean-Philippe Delsol.

Le libéralisme est bien vivant !


- Bulletin 143, avril 2013.


 

AVANT-PROPOS

 

Réconcilier les Français avec l’Économie, tel est le propos de Xavier FONTANET.

Vaste programme qui, de l’avis même de l’auteur de cet article, demanderait un bon millier de pages, mais qui se trouve ici condensé pour les heureux lecteurs de notre bulletin.

Xavier FONTANET est donc soucieux d’examiner à la loupe, à grand renfort de croquis et de graphiques, les mécanismes très précieux de l’économie. Celle-ci passe par des phases inquiétantes de prime abord, par exemple « la mort » d’un produit qui pourtant, paradoxalement, donne naissance à une destruction créatrice, ou encore la concurrence dont on peut s’effrayer mais qui est, en fait, un accélérateur d’efficacité. Ainsi, dans le désordre apparent, un ordre est en place.

Xavier FONTANET conclut sur une nouvelle formule qui fait écho – avec bonheur – aux Harmonies Économiques chères à Frédéric BASTIAT : voici les Harmonies Concurrentielles (p. 2).

 

Les médias se réfèrent sans cesse aujourd’hui à l’Union Européenne. Pourtant, les divergences entre les 27 nations qui la composent sont légion. Certes, un point commun – pour 17 d’entre elles – est l’utilisation d’une même monnaie : l’euro. Mais n’aurait-il pas fallu s’assurer d’une compatibilité budgétaire et bancaire entre les différents pays avant de mettre en place « la monnaie pour tous » ? Vous aurez compris que Fred AFTALION reste sceptique sur la solidité de cette union (p. 18).

 

Dans cette Europe fragilisée, la France n’est pas la mieux lotie – tant s’en faut –. Parmi les difficultés qui l’accablent, se pose la question des retraites, à quoi les gouvernements successifs répondent inlassablement « qu’ils ont tout essayé ». Tel n’est pas l’avis de Jacques GARELLO, auteur – avec Georges LANE – des trois tomes Futur des retraites & retraites du futur. Personne encore n’a essayé de prendre « le taureau par les cornes » et proposer la solution de la capitalisation (p. 23).

 

Jean-Yves NAUDET, en saluant l’humilité qui a poussé BENOÎT XVI à se démettre de ses fonctions, dresse le bilan de son enseignement pontifical : ce pape a été soucieux d’intégrer dans sa réflexion toute les « nouveautés » de son temps pour mieux rappeler les règles morales dont l’économie a besoin. Il nous a transmis une vision anthropologique de la société et des êtres humains qui la composent, dont l’épanouissement n’est possible que dans un monde de liberté (p. 26).

 

Justement, la liberté se conquiert ou se reconquiert ! C’est le projet même des FORUMS DES LIBERTÉS qui viennent de prendre leur envol à Grenoble.

Nous en attendons beaucoup d’autres. (Voir ALEPS INFORMATIONS p. 36.)

Jacqueline Balestier

 

Xavier FONTANET

 

LES HARMONIES CONCURRENTIELLES

 

Un consensus commence à se dessiner autour des dégâts qu’a occasionnés le recours aveugle à la pensée

de Keynes. On réalise désormais que les approches de Schumpeter et de Hayek sont beaucoup plus fécondes

pour qui veut analyser la situation actuelle et les perspectives des vingt ans qui viennent. Pendant les quarante

dernières années, en dehors de la recherche académique, au sein des entreprises, un certain nombre de concepts, en fait trois, ont été découverts, concepts que ce court papier voudrait partager avec le lecteur.

 

Ces concepts viennent corroborer et, à mon avis, donner du poids aux intuitions géniales de Hayek et de Schumpeter. Le titre est un clin d’oeil à Fréderic Bastiat qui a passé toute sa vie, il y a cent cinquante ans, à tenter de réconcilier les Français avec l’économie (déjà !) et, ce faisant, a ouvert la voie, quoi que l’on dise, à ses illustres successeurs.

Ceci n’est qu’un papier qui lance des pistes, jette des ponts et invite à lire un « ebook » ; il s’adresse à un public relativement averti ; pour être plus précis, il faudrait mille pages au minimum. Ce n’est pas le but que l’on s’est donné.

Ceux qui sont intéressés à aller plus loin doivent se reporter à l’« ebook », « les 12 clés de la stratégie » disponible sur « Apple store », à partir d’un ipad ou d’une tablette, plus précisément, à la partie « les harmonies concurrentielles ».

 

1) La dynamique des prix

 

Jusqu’ici, la formation des prix a fait référence à la courbe de l’offre et de la demande, il n’est pas la peine de revenir dessus. Cette approche a été utile quand il s’agissait d’expliquer l’équilibre des prix à très court terme, mais elle a eu du mal à rendre compte de la dynamique des prix en particulier dans les secteurs à très forte croissance.

 

Les premiers cas de très forte croissance sont arrivés aux USA, dans la fin des années 70, au démarrage de l’industrie des microprocesseurs.

Cette industrie, tout le monde ne le sait pas, a crû de façon explosive et il faut bien prendre conscience que le prix des microprocesseurs étaient alors

divisés par dix tous les quatre ans. Personne ne s’y retrouvait ou n’osait prédire

les prix. On était en plein « big bang » !

 

Graphique 1. Courbe d’expérience des circuits intégrés 1964-1968.

Rendons à César ce qui est à César, c’est Bruce Henderson, le fondateur du Boston Consulting Group qui a mis, le premier, de l’ordre dans les idées en développant le concept de courbe d’expérience très connu dans le monde des entreprises.

 

Cette courbe relie les prix de marché avec, non plus le temps, non plus la

production annuelle, mais avec la production cumulée de l’ensemble de l’industrie.

Cette production cumulée a été rebaptisée « expérience », expérience de

l’industrie ou du métier en question.

 

L’utilisation du papier logarithmique a permis de diagnostiquer un mécanisme d’élasticité constante et mis en évidence l’existence d’une constante, point essentiel, stable toute la vie du produit.

 

On voit ici les quatre premières années modélisées, on verra plus tard ce qui s’est passé après quarante ans.

La pente mentionnée, ici 70 %, veut dire, et c’est conventionnel, que les

prix chutent de 30 % chaque fois que cette expérience cumulée double. Une

« pente à 80 % » indique que les prix chutent de 20 % chaque fois que la production

double.

Dans les microprocesseurs, la pente est entre 70 % et 80 %.

 

Il y a eu beaucoup de résistance à ces idées, notamment dans le domaine

académique, mais les entreprises ont utilisé ces courbes et les ont perfectionnées.

 

La première réaction des opposants (on est dans les années 75) a été de

dire : « soit, mais ça ne marche que dans les secteurs à forte croissance ».

 

Les graphes qui suivent montraient qu’il n’en n’était rien, ça marchait très

bien dans d’autres secteurs (chaux, cochon, vieux papiers).

 

Graphique 3. Courbe d’expérience des prix de vente

Chaux – États-Unis 1929-1971

Ce qui est très intéressant dans ce graphique, c’est que si la croissance est très faible (il faut quarante ans pour sextupler) et si la pente est plutôt de 85 %, il n’en reste pas moins que le phénomène d’élasticité des prix au volume cumulé reste constant.

L’industrie des vieux papiers n’est pas d’une très grande technologie, cette

industrie n’a pas un très grand contenu technique, elle n’en a pas moins connu de fortes baisses de prix, effets de sa croissance.

 

Tous ces graphiques datent de l’époque de la découverte (1970/1980), le

point important est que le phénomène perdure si on refait les graphes

aujourd’hui dans les cas du téléphone ou des microprocesseurs (cf. graphiques 6, p. 7 et graphique 7, p. 8).

 

L’intuition de Bruce Henderson était donc juste, elle va donner énormément de levier aux pensées de Hayek et de Schumpeter.

 

La courbe d’expérience de la DRAM indique une baisse de prix de 33 % à chaque doublement du volume.

 

Les courbes des prix de microprocesseurs établies en 1968 ont permis de

prévoir ce qui s’est passé pendant les 40 ans suivants. La division des prix par

un million s’explique par la croissance de l’expérience d’un chiffre de l’ordre... de dix milliards.

Les prix des communications se sont effondrés eux aussi car, derrière, il y

avait la chute des prix des microprocesseurs, mais l’industrie du téléphone a été

elle-même animée d’une très forte dynamique. La courbe d’expérience est un

des principaux leviers de la destruction créatrice.

 

2) Les coûts

 

Il est évident que si les prix chutent, c’est parce que les coûts des entreprises

chutent de la même manière sinon les profits exploseraient en pourcentage des ventes et tout le monde ferait faillite.

 

L’une des preuves les plus convaincantes du comportement analogue des coûts nous est arrivée également des États-Unis, lors d’un procès antitrust, au milieu des années 70, dans lequel Bruce Henderson était impliqué en tant que jeune président de la « division turbine » de Westinghouse (cf. graphique 8, page suivante).

 

Dans cette affaire, Allis Chalmer, l’un des trois fabricants de turbines avait attaqué General Electric (GE), le leader de l’industrie pour cause de dumping.

 

Les trois concurrents ont été convoqués et Bruce a suggéré au juge de demander tous les prix de revient sur 17 ans.

 

L’expérience de chaque fabricant a été ainsi mesurée en kW de capacité

installée par marque et l’on a retrouvé le phénomène d’expérience au niveau de

chaque entreprise, phénomène qui révèle que chaque entreprise a un coût différent.

Allis Chalmer réalisa que General Electric avait gardé un coût intrinsèquement

plus bas que lui et pouvait gagner très bien sa vie alors que lui-même, au

même moment, perdait beaucoup d’argent. Allis Chalmer décida donc de quitter

le métier.

Chacun faisant des progrès, les positions relatives n’avaient pas changé

pendant dix-sept ans, découverte de l’effet d’expérience, de la différence de

coûts durables entre concurrents, avancée essentielle de la science économique

à mes yeux, car on voit se dessiner une nouvelle compréhension de l’origine des

profits et des pertes.

Le point fondamental à retenir dans cette affaire est la valeur de la part de

marché : le leader a plus d’expérience et des marges en pourcentage plus élevées

; l’effet est très fort, le leader a à la fois un plus gros volume et des marges

en pourcentage plus élevées, donc, en absolu, l’effet est très important.

3) La catallaxie et le segment stratégique

 

L’un des très nombreux apports d’Hayek a été la fameuse catallaxie, l’idée que l’économie ne peut pas se réduire à la consommation, l’investissement, la dépense étatique, le solde commercial.

 

On peut aussi voir l’économie comme un champ de fleurs avec tout un grouillement de vie.

 

La science économique ne s’est que très peu intéressée au nombre d’entreprises ; c’est un phénomène pourtant très étonnant qui confirme la catallaxie ; pourquoi tant d’entreprises ?

 

Leur nombre prodigieux (2 500 000 en France allant des multinationales

à de toutes petites affaires locales) révèle la variété extrême des produits et

services que nous utilisons quotidiennement, mais aussi la richesse des talents

de producteurs dont a besoin une économie pour bien fonctionner.

Les entreprises ne connaissent pas la catallaxie mais retiennent les concepts

de segment ou de métier qui sont des concepts voisins.

 

Un métier est un champ concurrentiel, entouré de barrières techniques ou commerciales.

 

A l’intérieur de ces métiers, les entreprises parties prenantes se livrent une

lutte concurrentielle et s’efforcent de descendre aussi vite qu’elles peuvent la courbe d’expérience.

 

Le gagnant est celui qui se débrouille pour accumuler plus d’expérience

que ses concurrents, avoir le coût le plus bas.

Le faire procure naturellement les marges les plus élevées.

 

Le point à retenir : la marge n’est pas le résultat de la cupidité mais l’adresse

et l’écoute supérieure des clients qui a permis de vendre plus et d’accumuler plus d’expérience.

 

Le profit est récompensé, le profit est mesure du service rendu.

Pour cette raison, son hyper taxation est une monstrueuse erreur.

Évidemment, le leader a un avantage proprement terrifiant et, s’il est intelligent,

il ne peut pas se faire dépasser.

Cela dit, l’homme est orgueilleux, fait des erreurs, estime mal la croissance,

sous-estime ses concurrents. La forte part de marché tue presque systématiquement

l’humilité qui a permis de devenir leader et le jeu peut basculer.

L’avidité fait aussi des dégâts, elle fait faire des erreurs financières.

L’économie, ce ne sont pas des mathématiques.

Les passions mènent le monde !

 

4) Le cycle de vie des segments

 

Chaque métier ou segment a sa vie, comme un être, il naît, se développe,

se stabilise et meurt. Il y a énormément de facteurs qui permettent d’expliquer

la vie et la mort d’un métier, pour ceux qui ont pratiqué les entreprises, la destruction

créatrice est l’élément le plus déterminant : un produit naît en se substituant

à un autre, il meurt parce qu’il lui arrive ce qu’il a fait à son prédécesseur.

Il faut revenir un instant à l’effet d’expérience pour bien comprendre.

Vous avez ci-dessus le prix du magnésium sur 60 ans ; les points sont beaucoup

plus éloignés lorsqu’il y a de la croissance dans les années 1920 qu’en 1975.

En début de cycle de vie, la productivité améliore les prix relatifs et permet

de cannibaliser les technologies existantes.

 

En fin de cycle de vie, les points se rapprochent, les prix ne chutent pas

(voire montent s’il y a des phénomènes de raréfaction) et le métier devient la

cible d’autres métiers plus jeunes parce que ses prix relatifs évoluent

défavorablement.

 

Des courbes tirées de la vie réelle permettent de mettre en évidence les

effets de substitution. Je vais en montrer une, les bateaux en polyester qui remplacent

les bateaux en bois ; le phénomène peut être suivi quasi mathématiquement

tant les forces sous-jacentes sont puissantes.

 

Si vous appelez F le pourcentage des bateaux plastiques, le pourcentage

des bateaux en bois est 1-F ; le logarithme de F/1-F est une fonction linéaire

du temps.

Inutile d’expliquer que l’arrivée du plastique dans le navire de plaisance a

été un véritable cataclysme industriel (les usines n’ont rien à y voir), les bateaux

polyester ont descendu très vite la courbe d’expérience et ils ont freiné les ventes

des bateaux en bois.

 

L’industrie a littéralement basculé malgré l’arrivée des plaques de contreplaqué

marine. Cette transformation schumpetérienne a été un des éléments de

la stratégie qui a permis le leadership mondial de Bénéteau (voir en détail « Les

12 clés de la stratégie »).

F/1-F est passé de 0,2 à 10 entre 1968 et 1984, ce qui veut dire que F

est passé d’environ 17 % à 90 %.

La substitution a donc rajouté 12 % l’an à un marché qui croissait de 5 %,

ce qui a fait 17 % pour ceux qui sont du bon côté ; dans un marché qui croît à

17 %, on peut, si l’on est audacieux, croître à 35 % et créer très rapidement de

sérieux écarts.

 

L’autre marché, celui du bois s’est effondré.

La courbe de substitution permet donc de modéliser à la fois le métier qui

croît et celui qui décroît, elle est au coeur du « cycle de vie ». Ce fut une des clés du succès de Bénéteau que je décris dans l’« ebook ».

 

L’un des points les plus intéressants, auquel mène naturellement cette

droite, est l’équation qui se cache derrière ; on retrouve celle des épidémies

(population saine et population infectée). La pente de cette courbe est une

deuxième constante, une constante de temps qui caractérise la durée de la

substitution.

 

La première constante était la pente de la courbe d’expérience, nous tenons

la deuxième.

 

5) La finance

 

Le lecteur comprend très bien qu’il va falloir en découdre avec la finance.

Si on veut croître plus vite que ses concurrents pour arriver avant eux en bas de

la courbe d’expérience, il faut davantage de finance. C’est là qu’intervient la troisième constante : la rotation d’actifs.

 

Voilà encore un sujet de contestation alors que l’évidence est là.

Il existe un rapport constant sur le long terme entre chiffre d’affaires et

capitaux engagés ; c’est contesté et c’est pourtant du gros bon sens : pour produire

deux fois plus, il faut deux fois plus d’actifs, pour produire dix fois plus, il faut dix fois plus d’actifs.

 

L’évidence est criante comme le montre le tableau 1 suivant.

Cette troisième constante est un des éléments les plus simples et les plus

fondamentaux elle fait tout simplement le lien entre la finance et la stratégie,

elle met la finance au service de la stratégie.

Elle permet de relier, de façon extrêmement simple, résultat, croissance et dividende.

 

A partir du moment où la rotation est constante, la croissance est égale à la rentabilité diminuée du dividende (ce point est largement développé dans « Les 12 clés de la stratégie »).

 

Tout le monde comprend bien que, sans dividende, le résultat est réinvesti et fait croître l’actif à la vitesse de la rentabilité.

Si tout le bénéfice part en dividende, l’entreprise ne croît plus ; si on verse en dividende 50 % du bénéfice, l’entreprise croît à la moitié de la rentabilité.

 

Ce point relie la finance à la stratégie et indique immédiatement la stratégie

financière à adopter.

Dans la période de croissance, il ne faut surtout pas payer de dividende

pour croître aussi vite que possible ; il faut même y mettre des liquidités si on

veut croître très vite, les métiers sont alors « cash négatifs ».

 

Le cash vient des leaders dans les métiers murs.

C’est en effet une fois que l’on est leader et lorsque la croissance est faible

que le dividende peut être payé (quoiqu’en s’assurant que la concurrence ne vous

rattrape pas !).

Ce sont les erreurs de politique financière très fréquentes, du fait de la

fascination que représente le cash qui expliquent le phénomène.

Pour compléter l’analyse, il faudrait tenir compte de l’endettement, ce qui

est largement couvert dans « Les 12 clés... ».

Hormis ces erreurs, qui sont des erreurs humaines, le système économique

est remarquablement conçu parce que les liquidités dont ont besoin les métiers

qui croissent, sont précisément livrés par les métiers qui décroissent et cela de

façon naturelle.

 

6) Les harmonies concurrentielles

 

Quand on a pris conscience des trois constantes, on peut réellement parler d’harmonies concurrentielles.

 

Tout métier a un cycle de vie qui s’explique fondamentalement par de la substitution (positive au début de vie, négative en fin de vie).

 

Un métier se concentre au cours de son « cycle de vie », c’est l’effet de la courbe d’expérience qui fait que le leader finit par faire un très gros pourcentage du flux net de toute l’industrie et la concentre naturellement.

 

Tout métier est en général en « cash négatif » dans sa période de croissance, le cash vient des leaders d’autres métiers murs.

 

La pompe à cash, conséquence de la constance de la rotation d’actif, fonctionne naturellement et finance la destruction créatrice (tableau 2).

Tout cela est rempli d’implications politiques :

Chaque nouvelle vague est un progrès, sauf si le consommateur est idiot...

Ceux qui ont fait des ventes dans leur vie savent qu’il est de plus en plus intelligent.

 

Une conséquence évidente : si on est pour le progrès, il faut être pour la flexibilité qui facilite les déplacements des secteurs en décroissance aux secteurs en croissance.

Ne surtout pas trop taxer les dividendes, ce sont eux qui financent les jeunes pousses.

 

Si on comprend cette vision, il en résulte qu’un bon État est au service de la société et s’applique à mettre de l’huile dans les rouages pour faciliter la fluidité des ressources humaines et financières.

Il est sobre, ne pompe que le minimum de liquidités et fait confiance aux entrepreneurs.

Il faut quitter la logique de l’investissement public pour épouser celle de la fluidité.

Il y a, au coeur de l’économie, un mécanisme très précieux qu’il faut bien comprendre et ne pas perturber.

 

On ne peut pas parler de désordre, il y a un ordre merveilleux, les harmonies concurrentielles.

 

 

Fred AFTALION

 

LES TRIBULATIONS DE L’UNION EUROPÉENNE

 

« Nous avons fait l’Europe, mais où sont les Européens ? » Walter Laqueur

 

« L’Europe, disait déjà Montesquieu, n’est

qu’une Nation composée de plusieurs. » De fait, les

peuples qui la constituent ont en commun à l’origine

une même ethnie, un même voisinage géographique

et une même culture judéo-chrétienne.

De ce point de vue, la Turquie dont certains

voudraient qu’elle rejoigne l’Union Européenne

n’en fait pas partie car elle est en Asie Mineure et se veut islamique.

 

Parlant des langues différentes, les pays européens

ont eu, au cours des siècles, des difficultés à s’entendre, dans tous les

sens du terme, et leur Histoire a été longtemps celle de guerres continuelles.

Cela se termina, comme on sait, par les ravages de 1914-18 et 39-45 qui

furent des guerres civiles européennes.

 

L’oeuvre des pionniers de l’Europe unie

 

Dans les années 50, des Sages tels Robert Schuman en France, Konrad

Adenauer en Allemagne, Alcide Gasperi en Italie, P.H. Spaak en Belgique

oeuvrèrent d’abord pour la réconciliation franco-allemande puis pour la mise sur

pied d’une Europe unie. On leur doit la création de la Communauté du Charbon

et de l’Acier (CECA) en 1951 puis en 1957 la signature du Traité de Rome, qui fut l’acte de naissance du Marché Commun.

 

On oublie trop souvent que ces pionniers eurent pour adversaire déclaré

le général De Gaulle qui notamment, en collusion avec les communistes, fit

échouer le projet de Communauté de Défense Européenne (CED) franco-allemand et qui, lorsqu’il parvint au pouvoir, ne manifesta aucun zèle pro-européen.

 

Au contraire, le général s’opposa par deux fois à la candidature des Anglais

au Marché Commun et l’on se souvient de la « politique de la chaise vide » qu’il

pratiqua en 1966 pour obliger ses partenaires du Marché Commun à entériner

la Politique Agricole Commune (PAC) dont nous souffrons encore aujourd’hui

et qui, par les prix agricoles élevés qu’elle imposa, eut pour conséquence inattendue

de favoriser l’agriculture allemande moins productive à l’origine que la française.

 

S’il signa en 1963 avec Adenauer le Traité dont on célèbre aujourd’hui le

cinquantenaire, De Gaulle n’en fut pas moins jusqu’à la fin de sa vie un opposant

déterminé à toute idée de « supranationalité » et l’on n’a pas oublié ses saillies

sur le « volapük intégré ».

 

L’Étape de l’Union Européenne

 

La mission des pionniers des années 50 a été brillamment accomplie : les

pays de l’Union Européenne (27, bientôt 28 avec la Croatie) sont en paix sinon

avec eux-mêmes du moins entre eux. On ne rêve plus de conquêtes, les budgets

militaires sont en nette décroissance, faute de prétexte autant que de moyens,

les armements ne sont plus destinés qu’à la vente aux nations lointaines dans

des zones où l’on s’entretue encore.

 

Mais cette Europe pacifiée n’en connaît pas moins de nombreux conflits d’ordre politique, économique et sociétal qui, à terme, pourraient eux aussi provoquer des ravages.

 

Politiquement l’Union Européenne n’est pas stabilisée. Si l’Allemagne a

fait son unité au prix de lourds sacrifices financiers, l’Écosse au Royaume-Uni

parle d’autonomie tout comme la Catalogne en Espagne tandis qu’en Belgique

Flamands et Wallons se regardent de travers.

 

Quant à l’Angleterre, son Premier Ministre promet de l’interroger en 2017 sur son maintien dans l’Union.

 

Par ailleurs, les peuples européens, rarement consultés par leurs gouvernants,

apprécient à des degrés divers la façon dont ils sont gouvernés par

Bruxelles.

 

La plupart d’entre eux aimeraient que s’applique le principe de subsidiarité

c’est-à-dire que les décisions les concernant soient prises au niveau d’autorité le

plus proche d’eux-mêmes et non par des commissaires étrangers à leurs

préoccupations.

 

Les fédéralistes et les eurocrates, au contraire, s’efforcent de faire remonter

vers Bruxelles les directives qu’ils veulent imposer à l’ensemble des citoyens de

l’Union.

 

Enfin l’Histoire et sans doute le climat de chaque nation influent sur le comportement de ses habitants. Par tradition les peuples du Nord, qu’il s’agisse

des Allemands, des Suédois, des Autrichiens, des Hollandais, sont épris d’ordre,

de comptes équilibrés, de monnaie stable. Ceux du Sud vivant sous un ciel plus

clément se montrent moins rigoureux dans la gestion de leurs finances, plus

enclins à laisser s’accumuler les déficits et se dégrader leur unité monétaire,

espérant ainsi améliorer leur balance commerciale.

 

La France, conduite depuis 30 ans par de mauvais bergers s’est rangée pour son malheur du côté de ces derniers.

 

L’Union Européenne compte aussi parmi ses États membres des petits pays sages comme les États baltes et d’anciennes démocraties populaires, tous

guéris du communisme et appréciant plus que d’autres les délices du libéralisme.

Par ailleurs elle abrite également des « eurosceptiques » notamment des Anglais

qui se référeraient volontiers aux propos de madame Thatcher dans son discours

à Bruges en 1988 : « La coopération volontaire et active entre États-souverains

est le meilleur moyen de construire une Communauté Européenne réussie. » Elle

préférait la libre concurrence à une harmonie obligatoire. De cette divergence

d’opinions on peut conclure que l’Union Européenne n’est qu’à une étape de

son développement et que la situation qu’elle connaît actuellement ne peut être

que temporaire, ne serait-ce qu’en raison des dissentiments que crée son mode

de gouvernance.

 

Le problème lié à la création de l’Euro est un bon exemple des difficultés

qui nous attendent.

 

La crise de l’Eurozone

 

L’Euro, monnaie commune à dix-sept pays de l’Union Européenne, a été

considérée, à l’origine, par ses promoteurs comme un moyen d’unir plus rapidement

l’Europe.

 

Or, c’était une façon de mettre la charrue avant les boeufs que de créer

une unité monétaire avant qu’il n’y ait union budgétaire ou bancaire. De plus

pour accroître l’importance de la zone Euro on se montra peu regardant sur les

critères d’admissibilité et il est clair notamment que la Grèce n’était pas prête à

en faire partie. Mais ce « constructivisme » eut pour un temps un avantage. Il

donna une monnaie stable à des pays habitués aux dévaluations suivies d’inflation et coïncida de ce fait avec une période de prospérité économique.

 

Cependant, par la faiblesse des taux d’intérêt pratiqués, il favorisa des investissements

déraisonnables qui aboutirent à la crise que nous traversons. Nous

retrouvons ici la différence signalée entre les pays du Nord et ceux du Sud. Les

premiers, l’Allemagne notamment, traversent la crise sans dommage tandis que

les seconds ont laissé s’accumuler des dettes d’un montant considérable et se

trouvent devant un dilemme angoissant. Faute d’une croissance qui se dérobe, ils n’ont d’autre choix que d’appeler à l’aide une Allemagne de plus en plus

réticente ou de procéder à des réformes auxquelles leurs gouvernants ne les ont

pas préparés et que ceux qui les subiraient qualifient déjà de politique d’austérité

avant même qu’elles ne soient entreprises. Or, il faut savoir que les citoyens de

ces pays lourdement endettés ont apprécié la prospérité qu’ils ont connue avec

l’Euro et que dans leur majorité ils gardent un mauvais souvenir des monnaies

fondantes qui étaient les leurs et de l’inflation qu’elles provoquaient.

 

On voit par là à quelles difficultés les exposent les hommes politiques de

droite et de gauche qu’ils ont élus ces trente dernières années, ces derniers

voulant conserver l’Euro sans s’astreindre aux contraintes qui permettraient son

maintien.

 

La gouvernance de l’Europe

 

L’Union Européenne est gouvernée de Bruxelles avec une prolongation

bien inutile et coûteuse à Strasbourg.

 

Véritable mammouth, son gouvernement comprend des commissaires toutpuissants

qui, aidés de 37 000 fonctionnaires, conditionnent l’existence des

populations placées sous sa juridiction. Son budget est assuré par les contributions

de ses membres car elle n’a pas le droit de lever l’impôt ; ces contributions

doivent en outre faire l’objet d’un accord unanime.

 

Pour compliquer encore les choses ce budget requiert aussi l’approbation

du Parlement Européen.

 

Chaque pays cherchant son propre avantage, on imagine à quels marchandages

ce processus peut donner lieu. Ainsi le dernier budget qui a été élaboré

en février 2013 pour une période de 7 ans (!) alors qu’on ne sait pas si en 2017

l’Angleterre fera encore partie de l’Union, conserve l’avantage concédé aux

Britanniques au temps de madame Thatcher ainsi que la PAC exigée par la

France et qui représente encore près de 40 % du total pour une agriculture qui

n’atteint pas 2 % du PIB.

 

Dépendant des trésoreries des États pour son financement, Bruxelles a cherché à se procurer des fonds par d’autres moyens. Les amendes importantes

infligées par les commissaires aux entreprises de l’Union constituent un premier apport.

 

Les permis d’émission de CO2 auraient dû rapporter gros mais ils s’avèrent un fiasco, ayant fortement baissé sur le marché où ils sont offerts (cap and trade).

 

La taxe sur les billets d’avion au nom de la protection de l’environnement

met l’Union en conflit avec toutes les compagnies d’aviation hors d’Europe.

Enfin la « taxe Tobin » sur les transactions financières récemment acceptée

par 11 nations sur 27 ne peut manquer de provoquer un effet d’éviction.

 

Ne pas se tromper d’objectif

 

Le voeu d’une Europe pacifiée est accompli. La prochaine étape doit être celle d’une Europe apaisée qui ne soit pas déchirée par des conflits comme elle l’était autrefois.

 

L’Union Européenne doit être profondément remaniée si elle veut franchir cette étape.

 

Les libéraux souhaitent que, pour y parvenir, on s’inspire des sages paroles de Margaret Thatcher dans son discours de Bruges.

 

 

Jacques GARELLO

 

 

RETRAITES : CHANGER DE BRAQUET (1)
(1) Article publié dans le Figaro du 14 mars 2013.

 

 

On a tout essayé, sauf ce qui marche. Il serait bon

que cette réalité soit enfin reconnue par les membres du

comité d’experts nommés le 27 février, investis de la

mission de se pencher une nouvelle fois sur l’avenir de

notre système de retraites. Ces experts oseront-ils

explorer des voies, certes nouvelles en France, mais

empruntées avec succès à l’étranger.

 

Une histoire d’eau

 

Pour l’instant, comme au cours des neuf précédentes

réformes, les débats actuellement ouverts dans la presse et la classe politique

tournent autour de l’âge de la retraite, de la TVA sociale, de l’indexation

des pensions, ou toute autre mesure de nature non pas à sauver les retraites,

mais à sauver le système de retraites par répartition.

Les experts vont-ils se livrer à leur tour à des calculs de plombiers ? Car

équilibrer le système de répartition revient à résoudre un problème de plomberie.

Il s’agit de maintenir le niveau de la baignoire en faisant en sorte que le débit du

robinet (flux entrant des cotisations) soit au moins égal à celui de l’écoulement

(flux sortant des pensions).

Aujourd’hui, la baignoire est en train de se vider. Il faut donc la remplir.

Mais comment ? La sagesse commande d’essayer ce qui jusqu’à ce jour n’a pas

été envisagé, sinon à mots couverts : rompre avec le système par répartition.

 

Le miracle de la capitalisation

 

Il existe une autre voie, qui a été condamnée pour des raisons incompréhensibles

: celle de la capitalisation. Dans un tel système, au lieu de confier les cotisations à un tiroir-caisse d’où l’argent s’évapore aussi vite qu’il y est entré,

on les place dans un fonds de pension qui va les grossir. L’argent demeure dans

le patrimoine de l’épargnant, il a un compte épargne retraite qui va bénéficier

du « miracle de la capitalisation », qui n’est autre que la loi des intérêts composés.

Un placement de 100 euros à un taux de 4 % a une valeur de 128 euros en

cinq ans, la mise est doublée en 14 ans, et triplée en 22 ans. Si l’on capitalisait

la totalité des cotisations actuelles, le retraité toucherait en pension une fois et

demie son dernier salaire. Aujourd’hui, le « taux de remplacement net » permet

d’arriver péniblement en moyenne à 60 %. La perte en capital subie par un

smicard dans le système actuel représente 250 000 euros en moyenne.

Mais les Français le savent-ils ? Le smicard en question sait-il que son « assurance

vieillesse » lui coûte annuellement deux mois de salaire net ? A-t-il le sentiment

qu’il en aura pour son argent ?

Ceux qui en ont les moyens investissent dans la pierre ou souscrivent des

contrats d’assurance-vie qui les protègent contre la faillite de la Sécurité sociale,

ce qui les amène à payer deux fois leur retraite. Mais le smicard et les gens les

plus modestes sont pris au piège, et prendront ce qu’on voudra bien leur donner

quand ils s’en iront à 65 ans ou plus. D’ailleurs, selon un sondage de l’Ifop à la

demande de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF) de 2010,

82 % des assurés étaient prêts à passer à un « compte d’épargne retraite par

capitalisation ».

 

Préparer la transition

 

Alors où est le problème ? Il est double : technique et politique. Le problème

technique est celui de la transition : comment passer de la répartition à

la capitalisation ? Il n’est pas question de spolier les personnes aujourd’hui prisonnières

de la répartition. Éponger tous les droits acquis en répartition par tous

les Français (ce qui représente quatre fois le PIB) requiert un étalement progressif

sur une longue période (de 20 à 70 ans, soit une à trois générations). Mais

l’introduction d’une dose croissante de capitalisation, notamment par les choix

offerts aux plus jeunes, permet d’honorer les dettes et de garantir des retraites

sûres et avantageuses pour l’avenir. Les difficultés techniques ont été aplanies

dans un grand nombre de pays. Si les membres du comité récemment nommés

font oeuvre d’experts, ils ne feront pas l’impasse sur les expériences anglaises,

suédoises, voire allemandes, ni les recherches (qui se sont multipliées aux États-

Unis autour de la réforme Obama).

 

Vaincre la haine du capitalisme

 

Le vrai problème est politique : c’est la répulsion que provoque le mot de

capitalisation dans l’esprit de la classe politique, tous partis confondus.

La capitalisation, c’est la finance, c’est le capitalisme : pouah ! Va-t-on

enfin se libérer de ces préjugés ? Les travaux du comité des retraites devraient respecter une certaine objectivité et s’intéresser aux conditions d’une transition.

Dans la barque de Pierre la pêche est miraculeuse parce qu’on jette les filets de l’autre côté.

 

 

Jean-Yves NAUDET

 

L’ENSEIGNEMENT SOCIAL DE BENOÎT XVI :

UNE VISION ANTHROPOLOGIQUE (1)

(1) Article publié dans le Figaro du lundi 25 février 2013.

 

 

Au moment où Benoît XVI, dans un geste d’une rare humilité et d’une grande liberté, quitte le siège de Pierre, chacun s’interroge sur le bilan du pontificat. Dans

le domaine de la doctrine sociale de l’Église, il est clair qu’il se situe dans la ligne de ses prédécesseurs, de Léon XIII à Jean-Paul II. Mais, comme tout souverain pontife, il a su intégrer les « choses nouvelles » de notre temps, tout en rappelant qu’il « n’y a pas deux typologies

différentes de doctrine sociale, l’une pré-conciliaire et l’autre post-conciliaire,

mais un unique enseignement, cohérent et en même temps toujours nouveau » (Caritas in veritate § 12).

 

Du côté de la nouveauté, Benoît XVI a achevé l’élargissement de l’enseignement

social de l’Église à l’homme tout entier, en affirmant que « la question

sociale est devenue radicalement une question anthropologique » (§ 75) : la

doctrine sociale de l’Église concerne l’homme dans toutes ses dimensions,

matérielles comme spirituelles, c’est cela le « développement intégral », qui

porte aussi bien sur les questions sociales au sens étroit que sur le respect de la

dignité et donc de la vie de chaque personne, ce qui le conduit à affirmer qu’il

« n’y a pas de développement plénier sans bien spirituel et moral des personnes

» (§ 76). Tout cela est désormais unifié dans une unique conception anthropologique : pour Benoît XVI, il existe un « lien entre éthique de la vie et éthique sociale » (§ 15).

 

Nouveauté aussi sa définition des trois domaines de la société : la vie

économique, qui repose sur le contrat, la politique, qui doit reposer sur des

lois justes et la société civile (familles, associations...), cadre le plus approprié

pour le don et la gratuité. C’est l’occasion pour lui de dénoncer le binôme du

marché et de l’État, qui a conduit à l’affaiblissement de la société civile, les fameux corps intermédiaires, qui créent de la confiance et de la socialité dont

l’économie et la politique ont besoin pour fonctionner correctement. Ainsi, la

société n’est pas faite que de lois et de contrats, mais aussi de relations de

fraternité et de gratuité : à côté du donner pour avoir (l’échange économique)

et du donner par devoir (la politique), il y a place pour l’agir gratuit, qui crée du lien social.

 

Cela a conduit Benoît XVI à insister fortement sur le principe de subsidiarité

« expression de l’inaliénable liberté humaine (...), aide à la personne,

à travers l’autonomie des corps intermédiaires (...). La subsidiarité est l’antidote

le plus efficace contre toute forte d’assistance paternaliste » (§ 57).

Ainsi, « si la subsidiarité sans la solidarité tombe dans le particularisme, il

est également vrai que la solidarité sans la subsidiarité tombe dans l’assistanat

qui humilie celui qui est dans le besoin » (§ 58).

A la suite de Jean-Paul II, on ne sera pas surpris de voir Benoît XVI

affirmer que « le développement ne peut être humain que s’il est libre ; seul

un régime de liberté responsable lui permet de se développer de façon

juste » (§ 18). Cette liberté responsable passe par l’entreprise, l’entrepreneuriat,

le marché, les échanges, le libre contrat, en clair l’économie de marché.

Mais la responsabilité implique d’y introduire une dimension éthique, que le

marché ne suffit pas à secréter par lui-même. Pour avoir une société juste, il

faut des hommes justes.

C’est ce qui a conduit Benoît XVI à jeter un regard bienveillant vers des

idées de moralisation du capitalisme, d’éthique des affaires, de responsabilité

sociale de l’entreprise ou d’éthique financière, mais cette bienveillance n’exclut

pas la conscience d’un risque dans cette mode éthique : celui d’un certain abus

de l’adjectif éthique. Benoît XVI rappelle que tout dépend « du système moral

auquel on se réfère » (§ 45). C’est là que, selon lui, la doctrine sociale de l’Église

peut apporter « une contribution spécifique » en affirmant « la dignité inviolable

de la personne humaine, de même que la valeur transcendante des

normes morales naturelles » : pas d’éthique économique et sociale sans ces

deux piliers. Il ne suffit pas d’instiller quelques doses d’éthique dans

l’économie, mais il faut rappeler que c’est toute l’économie qui a

besoin de règles morales (et pas seulement juridiques) pour fonctionner

correctement et préserver la dignité humaine : la situation

actuelle nous donne assez d’exemples des dégâts provoqués par l’absence de

référence aux normes morales naturelles.

Mais comment un tel message peut-il toucher tous « les hommes de bonne

volonté », croyants ou non croyants, auxquels Benoît XVI s’est sans cesse

adressé ? En rappelant avec force, à la suite de Jean-Paul II, que la Foi ne va

pas sans la Raison (Fides et Ratio) et que la doctrine sociale de l’Église est

une vérité de la foi et de la raison. La référence à la raison permet de s’adresser

à tous. Benoît XVI, dans ses efforts pour humaniser la vie économique et avancer

vers la civilisation de l’amour, a pu ainsi être entendu de tous ceux pour qui la

dignité de la personne doit être au coeur de toute vie sociale.

OPINION

 

Jean-Philippe FELDMAN

 

 

« ÊTES-VOUS CITOYEN ? »

 

Les modes du microcosme parisien en général et celles du milieu journalistique en particulier ont le don d’agacer. Le vocabulaire de certains gratte-papier semble se limiter à quelques dizaines de mots, mais ceux-ci changent à la marge, au fil des

années. Parfois, les modes ont une source

identifiable. Il suffit à un industriel qui

investit dans la télévision de déclarer quels

sont ses « challenges » pour que cet anglicisme,

au sens de défi, soit consacré. Le

plus souvent, les modes se perdent dans le

flou des origines. La presse sportive ne

cesse maintenant de parler d’un joueur de

football qui centre « en première intention » (comprenez qu’il ne contrôle pas le

ballon avant de centrer) ou d’un autre qui « vendange » une action (comprenez

qu’il la gâche), mais il est à augurer que de telles expressions ridicules disparaîtront

sous peu.

 

Glissement progressif du substantif à l’adjectif

 

Le domaine des idées n’est pas épargné par ce phénomène de mode, mais

il semble que les termes employés y aient la vie plus dure. Depuis des décennies,

nous sommes soumis à la tyrannie du « social ». Hayek s’était déjà gaussé en

1988 de l’utilisation industrielle de l’adjectif et il s’était amusé à recenser plus

de 160 utilisations du mot en soulignant avec humour que le terme « antisocial »

28

eût été plus adéquat. C’était d’ailleurs à la « justice sociale » qu’il s’était attaqué

moult années plus tôt avec acerbité.

Quoique l’adjectif « social » soit toujours dans le vent, le mot « citoyen » est

revenu en force ces dernières années. Il y a peu, une banque s’est autoproclamée

« citoyenne », tandis que les consommateurs sont « citoyens », que les jeunes font

des stages « citoyens » et que si vous appartenez à l’extrême gauche, vous userez

de l’étrange locution « citoyen-ne-s » pour magnifier le fait que vous oeuvrez aussi

à la promotion de la gent féminine dans le meilleur des mondes. A quand le

camembert citoyen ?

Facteur aggravant par rapport au terme « social », celui de « citoyen » qui

n’était naguère qu’un nom, s’est coupablement travesti en adjectif. Jusqu’à présent,

il renvoyait de manière classique à celui qui appartenait à une cité ou, de

façon plus contemporaine, à une personne civique. Maintenant, il s’agit d’un

individu qui agit en citoyen ou qui fait preuve d’esprit civique. Bref, de l’Antiquité

grecque et romaine, on a versé dans le barbarisme...

 

Une métamorphose perverse

 

Il y a bien plus grave qu’une faute de français, fût-elle consacrée dans les

dictionnaires les plus récents. Qu’il s’agisse du « social » ou du « citoyen », leur

utilisation à tout propos recèle, dans notre vieux pays révolutionnaire paradoxalement

dirigé par un monarque républicain, une propension à effacer les limites

de l’État et de la société civile. Sous couvert d’un insidieux vocabulaire, il s’agit,

consciemment ou non, d’effacer l’individu au profit du citoyen.

Manifestement, nous n’avons toujours pas saisi la différence, pourtant mise

en lumière par Benjamin Constant il y a deux siècles déjà, entre les libertés des

Anciens et celles des Modernes. Ombre portée de l’État post-Providence, la

violation de la séparation entre l’État et la société civile se trouve justifiée par

l’usage culpabilisant du « tout citoyen ». Le civisme, entendu comme le sens des

devoirs « collectifs » au sein d’une « société », n’est plus l’apanage de la sphère

publique ; il s’insinue dans la sphère privée, plus encore dans toutes les dimensions

de cette dernière. Le zèle du citoyen pour sa patrie se transforme en

« patriotisme économique », autrement dit, les industriels (du moins les rares qui

subsistent en France sous les quolibets) sont tenus de ne pas « délocaliser » leurs

activités et les riches (définition : ceux qui gagnent plus que vous) doivent payer

leurs impôts avec alacrité plutôt que de penser à émigrer dans d’immondes

paradis fiscaux.

 

Perversion des mots, perte des repères

 

Avec le « social », il s’agissait de prétendre à la construction permanente et

délibérée de la société en faisant fi des ordres spontanés ; avec le citoyen, il

s’agit de créer un ordre construit avec une espèce de degré supérieur de

conscience de la part de chacun de ses acteurs. A moins qu’il faille plutôt y voir

l’idée désespérée d’un attachement théorique à un État en apparence surpuissant

et dont beaucoup se plaisent à voir de plus en plus un roi nu...

Par-delà l’utilisation risible d’un vocabulaire inadéquat, il faut avoir à l’esprit

que les mots ne sont jamais anodins. Leur perversion, suivant les cas, peut

précéder ou suivre des faits regrettables, voire tragiques, mais elle est toujours

révélatrice d’une perte de repères traduite dans une « novlangue » qui prospère.

Hayek aimait citer cette phrase, traduite librement de Confucius : « Lorsque

les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté ». L’aphorisme n’a

hélas ! rien perdu de son actualité dans la République fromagère (RF) de François

Mimolette. Aux larmes, Citoyens !

 

BONNES FEUILLES

 

Tom PALMER

 

LA MORALITÉ DU CAPITALISME (1)

(1) Extraits du premier chapitre de La Moralité du Capitalisme, ce que vos professeurs ne vous diront pas.

Série d’essais (dont ceux de Mario Vargas Llosa, prix Nobel de Littérature, Vernon Smith, prix Nobel d’Economie, John Mackey, fondateur de Whole Foods Market) édités par Tom G. Palmer et traduits par Emmanuel Martin. Disponible à l’Aleps, 35, avenue Mac-Mahon, 75017 Paris ; tél. : 01 43 80 55 18.

 

 

Ce livre traite de la justification morale de ce que le philosophe Robert Nozick appelait « les actes capitalistes

entre adultes consentants (2) ».

(2) Robert Nozick, Anarchy, State, and Utopia (New York : Basic Books, 1974), p. 163.

 

Il traite du système de production coopérative et d’échange libre qui est caractérisé par la prédominance de tels actes.

Quelques mots s’imposent sur le titre « La moralité du capitalisme ». Les

essais de ce livre portent sur la moralité

du capitalisme mais ne sont pas confinés

à la philosophie morale abstraite ; ils traitent

aussi d’économie, de logique, d’histoire, de littérature et d’autres disciplines.

Par ailleurs, ils portent sur la moralité du capitalisme, et pas seulement la moralité

du libre échange. Le terme « capitalisme » se réfère non seulement aux marchés

où sont échangés des biens et services et qui ont existé depuis des temps

immémoriaux, mais au système d’innovation, de création de richesses et de

changement social qui a apporté à des milliards d’êtres humains une prospérité

qui était inimaginable pour les générations précédentes.

 

Le capitalisme est un système juridique, social, économique et culturel qui

embrasse l’égalité des droits et les « carrières ouvertes au talent », qui dynamise

l’innovation décentralisée ainsi que les processus d’essais et erreurs, ce que l’économiste

Joseph Schumpeter appelait la « destruction créatrice », à travers des processus volontaires d’échange marchand. La culture capitaliste célèbre l’entrepreneur,

le scientifique, le preneur de risques, l’innovateur, le créateur. Bien que

tourné en dérision comme étant matérialiste par des philosophes (notamment

marxistes) qui sont eux-mêmes adeptes du matérialisme, le capitalisme est en

son coeur une entreprise spirituelle et culturelle. Comme l’historienne Joyce Appleby l’a noté dans sa récente étude The Relentless Revolution : A History of Capitalism (La Révolution incessante : Une histoire du capitalisme) : « Parce que le capitalisme est un système culturel et pas simplement économique, il ne peut être expliqué par des facteurs uniquement matériels. (3) »

(3) Joyce Appleby, The Relentless Revolution : A History of Capitalism (New York : W. W. Norton and Co., 2010), pp. 25-26.

 

Le capitalisme est un système de valeurs culturelles, spirituelles et éthiques. Comme les économistes David Schwab et Elinor Ostrom l’ont observé dans une étude de théorie des jeux sur le rôle des normes et des règles

dans le maintien des économies ouvertes, les marchés libres reposent fermement sur les normes qui nous contraignent à ne pas voler et qui « renforcent la confiance (4) ».

(4) David Schwab et Elinor Ostrom, « The Vital Role of Norms and Rules in Maintaining Open Public and Private Economies », Moral Markets : The Critical Role of Values in the Economy, ed. par Paul J. Zak(Princeton : Princeton University Press, 2008), pp. 204-227.

 

Loin d’être une arène amorale où s’affrontent les intérêts, comme est souvent dépeint le capitalisme par ceux qui cherchent à le saper ou à le détruire, l’interaction capitaliste est fortement structurée par des normes

éthiques et des règles. En effet, le capitalisme repose sur un rejet de l’éthique

du pillage et de l’accaparement, c’est-à-dire le moyen par lequel la plupart des

richesses dont jouissent les riches ont été acquises dans d’autres systèmes économiques

et politiques. (En fait, dans de nombreux pays aujourd’hui, et tout au

long de la plupart de l’histoire humaine, on pense largement que ceux qui sont

riches le sont parce qu’ils se sont servis chez d’autres, et surtout parce qu’ils ont

accès à la force organisée – en termes contemporains, à l’État. Ces élites prédatrices

utilisent cette force pour obtenir des monopoles et confisquer le produit

des autres à travers les impôts. Ils se nourrissent au Trésor de l’État et ils bénéficient

de monopoles et de restrictions à la concurrence imposés par l’État. C’est

seulement sous les conditions du capitalisme que les gens généralement deviennent

riches sans être des criminels.)

 

Pensez à ce que l’économiste et historienne Deirdre McCloskey appelle « le grand fait » : « Le revenu réel par tête aujourd’hui par rapport à celui de 1700 ou 1800, disons, en Grande-Bretagne et dans d’autres pays qui ont connu la croissance économique moderne, a été multiplié par au moins seize. (5) »

(5) Deirdre McCloskey, Bourgeois Dignity : Why Economics Can’t Explain the Modern World (Chicago : University of Chicago Press, 2010), p. 48.

 

Ce fait est sans précédent dans toute l’histoire humaine. L’estimation de McCloskey est, en fait, assez restrictive. Elle ne prend pas en compte les progrès étonnants de la science et de la technologie qui ont mis toutes les cultures du monde à notre portée.

 

Le capitalisme met la créativité humaine au service de l’humanité

en respectant et en encourageant l’innovation entrepreneuriale, ce facteur insaisissable

qui explique la différence entre la façon dont nous vivons aujourd’hui et

celle dont vivaient nos ancêtres, génération après génération avant le XIXe siècle.

Les innovations qui ont transformé la vie humaine pour le meilleur ne sont pas

seulement scientifiques et technologiques, mais aussi institutionnelles. De nouvelles

entreprises de toutes sortes coordonnent volontairement les efforts productifs d’un

nombre impressionnant de personnes. De nouveaux marchés financiers et de nouveaux

instruments financiers connectent l’épargne et les décisions d’investissement

de milliards de personnes vingt-quatre heures sur vingt-quatre. De nouveaux

réseaux de télécommunications connectent des hommes et des femmes venant de

tous les recoins de la planète. (Aujourd’hui, j’ai eu des conversations avec des amis

en Finlande, en Chine, au Maroc, aux États-Unis et en Russie, et des commentaires

et tchats de Facebook avec des amis et des connaissances des États-Unis, du

Canada, du Pakistan, du Danemark, de France et du Kirghizistan.) De nouveaux

produits nous offrent des opportunités de confort, de loisir et d’éducation totalement

inimaginables pour les générations précédentes. (J’écris ceci sur mon Apple

MacBook Pro.) A d’innombrables égards, ces changements ont rendu nos sociétés

radicalement différentes de toutes les sociétés humaines qui les ont précédées.

Le capitalisme ne consiste pas seulement à fabriquer des choses à la manière

des dictateurs socialistes qui exhortaient leurs esclaves à « Construire l’avenir ! ».

Le capitalisme consiste à créer de la valeur, pas simplement à travailler dur

ou à faire des sacrifices ou encore à être occupé. Ceux qui ne parviennent pas à

comprendre le capitalisme sont prompts à soutenir des programmes de « création

d’emplois » pour créer du travail. Ils n’ont pas compris le sens du travail, et encore

moins le sens du capitalisme. Dans une histoire souvent citée, l’économiste Milton

Friedman se faisait montrer la construction d’un énorme canal quelque part en

Asie. Quand il observa qu’il était étrange que les travailleurs déplacent d’énormes

quantités de terre et de rochers à l’aide de petites pelles, plutôt qu’à l’aide de

pelles mécaniques, on lui répondit : « Vous ne comprenez pas : ceci est un programme

de création d’emplois ». Il répondit alors : « Oh, je pensais que vous

essayiez de construire un canal. Si vous cherchez à créer des emplois, pourquoi

ne leur avez-vous pas donné des cuillères, plutôt que des pelles ? ».

Lors de la course à la présidence des États-Unis en 1992, Henry Ross Perot,

mercantiliste et industriel proche des réseaux du pouvoir, déplorait au cours des

débats présidentiels que les Américains achètent des puces informatiques

(computer chips) en provenance de Taiwan et vendent aux Taïwanais des

pommes chips (potato chips). Perot avait, semble-t-il, honte que les Américains

ne vendent que de simples pommes chips : il avait succombé au biais de Lénine

selon lequel la valeur est ajoutée uniquement par la production industrielle dans

les usines.

 

L’économiste Michael Boskin de l’Université de Stanford a pu rappeler avec justesse que, que l’on parle d’un dollar en puces d’ordinateur, ou d’un dollar en

pommes chips, on parle d’un dollar. Ajouter de la valeur en cultivant des pommes

de terre dans l’Idaho ou en gravant du silicium à Taipei, c’est dans les deux cas de la valeur ajoutée. L’avantage comparatif (6) est une clé pour la spécialisation et le commerce.

(6) Pour une explication arithmétique simple du principe de l’avantage comparatif :

www.tomgpalmer.com/wpcontent/uploads/papers/The%20Economics%20of%20Comparative%20Advantage.doc

 

Il n’y a rien de dégradant à produire de la valeur en tant qu’agriculteur, déménageur (j’ai travaillé avec trois déménageurs aujourd’hui pour déplacer une grande partie de ma bibliothèque et j’ai une idée très claire de la quantité de valeur qu’ils ont ajoutée à ma vie), en tant que financier, et ainsi de suite. Le marché, et non d’arrogants politiciens mercantilistes, nous signale lorsque nous ajoutons de la valeur. Et sans marchés libres, nous ne pouvons pas le savoir.

Le capitalisme ce n’est pas seulement des gens qui échangent du beurre contre des oeufs sur les marchés locaux – ce qui se passe depuis des millénaires.

 

Le capitalisme, c’est ajouter de la valeur grâce à la mobilisation de l’énergie et de l’ingéniosité humaines à une échelle jamais vue auparavant dans l’histoire humaine. C’est créer pour les gens ordinaires de la richesse qui aurait ébloui et étonné les rois, sultans et empereurs les plus riches et plus puissants du passé. C’est l’érosion de systèmes de pouvoir, de domination, et de privilèges ancrés de longue date, et c’est l’ouverture des « carrières au talent ». C’est le remplacement de la force par la persuasion (7).

(7) Pour un remarquable exposé du déclin général de l’expérience de la force dans les relations humaines, voir James L. Payne, A History of Force (Sandpoint, Idaho : Lytton Publishing, 2004).

 

C’est le remplacement de l’envie par l’accomplissement (8).

(8) L’envie en tant que pulsion néfaste à la coopération sociale et hostile au capitalisme de libre marché a été étudiée par de nombreux penseurs. On trouvera une approche récente assez intéressante, qui se base sur l’épopée indienne classique du Mahâbhâtara dans Gurcharan Das, The Difficulty of Being Good : On the Subtle Art of Dharma (New York : Oxford University Press, 2009), esp. pp. 1-32.

 

C’est finalement ce qui a

rendu ma vie possible, ainsi que la vôtre.

(Les seules choses que les rois, les sultans et les empereurs avaient et que

les gens ordinaires d’aujourd’hui n’ont pas, étaient le pouvoir sur d’autres personnes

et la possibilité de les commander. Ils possédaient de vastes palais

construits par des esclaves ou financés par les impôts, mais pas de chauffage ou

de climatisation ; des esclaves et des serviteurs, mais pas de lave-linge ou de

lave-vaisselle ; des armées de messagers, mais pas de téléphones cellulaires ou

de wifi, des médecins de cour et des mages, mais aucun anesthésiant pour faciliter

leur agonie, ni d’antibiotiques pour soigner leurs infections. Ils étaient puissants,

mais misérablement pauvres selon nos standards actuels.) [...]

 

Capitalisme de libre marché contre capitalisme de copinage

 

Afin d’éviter la confusion causée par l’utilisation équivoque du terme « capitalisme

» par les intellectuels socialistes, le « capitalisme de libre marché » doit être clairement distingué du « capitalisme de copinage » (crony capitalism en

anglais), c’est-à-dire du système qui a plongé tant de nations dans la corruption

et l’arriération. Dans de nombreux pays, si quelqu’un est riche, il y a de fortes

chances qu’il (plus rarement elle) détienne le pouvoir politique ou soit un proche

parent, ami, ou un partisan, en un mot, un « copain », de ceux qui détiennent

le pouvoir, et que la richesse de cette personne est venue, non pas du fait d’être

un producteur de marchandises générant une valeur, mais du fait de jouir des

privilèges que l’État peut conférer à certains au détriment des autres. Malheureusement,

« capitalisme de copinage » est un terme qui peut, avec une justesse

croissante, également être appliqué à l’économie des États-Unis, un pays où les

entreprises en faillite sont communément « renflouées » avec l’argent pris aux

contribuables, dont la capitale nationale n’est rien de plus qu’une ruche gigantesque

palpitant de lobbyistes « chercheurs de rente », de bureaucrates, de politiciens,

de consultants et de militants, et dans laquelle les fonctionnaires nommés

du département du Trésor et de la banque centrale (Federal Reserve System),

peuvent décider de récompenser certaines entreprises et nuire à d’autres. Ce

copinage corrompu ne doit pas être confondu avec le « capitalisme de libre

marché », qui renvoie à un système de production et d’échange fondé sur l’état

de droit, l’égalité des droits pour tous, la liberté de choix, la liberté de commercer,

la liberté d’innover, la discipline des profits et des pertes, et le droit de jouir des

fruits de son labeur, de son épargne et de ses investissements sans craindre la

confiscation ou la restriction de ceux qui ont investi, non pas dans la production

de richesses, mais dans le pouvoir politique.

[...] Embrasser le capitalisme de libre marché signifie embrasser la liberté

de changer, d’innover, d’inventer. Cela signifie s’adapter aux changements et

respecter la liberté des autres de faire comme il leur plaît avec ce qui leur appartient.

Cela signifie faire place aux nouvelles technologies, aux nouvelles théories

scientifiques, aux nouvelles formes d’art, aux nouvelles identités et aux nouvelles

relations. Cela signifie embrasser la liberté de créer de la richesse, qui est le seul

moyen d’éliminer la pauvreté. (La richesse a des causes, mais la pauvreté n’en

a pas ; la pauvreté est ce qui résulte lorsque la production de richesse n’a pas

lieu, alors que la richesse n’est pas le résultat de la production de pauvreté qui

n’a pas lieu (9).)

(9) Je traite de la question de la pauvreté et du capitalisme de libre marché de manière plus systématique dans : « Classical Liberalism, Poverty, and Morality » dans Poverty and Morality : Religious and Secular Perspectives, William A. Galston and Peter H. Hoffenberg, eds. (New York : Cambridge University Press, 2010), pp. 83-114.

 

Cela signifie célébrer la libération humaine et la réalisation du potentiel humain.

 

 

ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFORMATIONS/ALEPS INFO

 

L’expérience américaine des Tea Parties

En France, l’opération Forum des Libertés est lancée

 

Évelyne Joslain a écrit « Tea Party – l’Amérique à la reconquête de ses

libertés » (Jean Picollec éd.). Ce livre décrit avec précision la genèse des Tea

Parties et leur succès.

En janvier 2009, un journaliste de la chaîne CNBC, Rick Santelli, a piqué

une colère contre les impôts d’Obama : « il faudrait une nouvelle Tea Party » (les

Américains de Boston jetant par-dessus bord le chargement de thé de trois

navires anglais pour protester contre les taxes sur les produits importés). La

formule a fait recette et a séduit nombre d’Américains, disséminés dans tous les États, soudainement décidés à se mobiliser et à se regrouper.

 

Que faisait-on dans les Tea Parties, qu’il s’agisse de vastes pique-niques, ou de grandes réunions publiques ?

Le but n’était pas tant de protester que de réformer et d’enseigner. On

écoutait des orateurs, on discutait et on se repassait les deux livres préférés : La

Grève d’Ayn Rand, et La Route de la Servitude de Friedrich Hayek. De généreux

donateurs, comme Donald Trump, mais aussi des collectes impromptues,

ont permis de louer des salles et de diffuser des documents. Enfin, le rôle

d’Internet a été déterminant, les adhérents et sympathisants indiquant les rendezvous et échangeant les idées et les articles. Progressivement, la chaîne Fox News a relayé les thèmes et les évènements des Tea Parties.

L’aventure des Tea Parties, à quelques détails près, paraissait à Jacques Garello tout à fait réalisable en France, l’important était de commencer.

Le premier Forum a été porté sur les fonts baptismaux à Grenoble par le Cercle Frédéric Bastiat et son président Jean Nemoz-Rajot (1).

(1) Jean NEMOZ-RAJOT peut être joint par téléphone au 04 76 40 77 16 ou par mail : jean.nemoz@sfr.fr

 

 

Il s’est déroulé le mardi 26 février sur le thème Le modèle français est-il encore viable ?.

Les débats ont été introduits par un exposé de Jean-Louis Caccomo, Maître de Conférences à l’Université de Perpignan. Principales interventions et conclusions sur les thèmes : faillite de la Sécu, hypertrophie de l’État, responsabilité

de la redistribution dans une période de crise, comparaisons internationales et

réformes libérales.

A qui le tour ? Nous attendons beaucoup d’autres initiatives.


- Bulletin 142, janvier 2013.

 

AVANT-PROPOS

 

Voici venue, en ce début d’année, la saine coutume des bonnes résolutions. Pour Jacques GARELLO, l’urgence est de remettrela France à l’heure libérale. En cette périodede profonds désordres dans le monde politique, réveillons la société civile. Pour ce faire, l’ALEPS vient de créer les Forums des Libertés qui seront de précieux outils pour rassembler les libéraux et mettre en place une force d’opposition et surtout de proposition que la classe politique ne pourra plus ignorer non plus que les médias (p. 2).

 

Alors que le gouvernement tente encore de croire, en tout cas de faire croire,

à la reprise d’une croissance dramatiquement négative depuis deux trimestres, on

enregistre en France toujours plus de dettes, de chômage, de baisse du pouvoir

d’achat, alors que nos voisins – les Suédois en particulier – ont des budgets satisfaisants,

voire excédentaires. Pour Jean-Yves NAUDET, si la France fait ainsi fausse

route c’est qu’elle néglige ou détruit ses forces vives : celles du monde des entreprises étouffées par la bureaucratie et le poids des impôts « Face à la récession, une seule solution : la liberté » (p. 8).

 

Il y a chez nous beaucoup d’élus, trop peut-être ? Jean-Philippe DELSOL pose la question. Il a relevé 925 postes de parlementaires français, alors que l’Amérique ne compte que 535 élus. Le plus grave d’ailleurs n’est pas tant le nombre des élus que leur rémunération assez élevée pour que les « vocations » s’éveillent pour de

sordides raisons financières plutôt que par idéal patriotique. A coup sûr, l’homme politique « professionnel » marque une dérive de la démocratie (p. 11).

 

Même analyse de Fred AFTALION sévère à son tour avec la démocratie d’aujourd’hui : elle a « produit » l’élu, dont le seul objectif est d’être réélu, et les minorités qui font la majorité en écrasant ainsi les entrepreneurs, les cadres, les commerçants... bref, ceux-là même qui créent la richesse de la France (p. 14).

 

La révolution verte empêche Olivier MÉRESSE de dormir : à l’origine, des entreprises indépendantes se sont peu à peu encanaillées en se soumettant insidieusement à la protection de l’État, pour devenir des organisations qui lavent de moins en moins vert et ne sont finalement plus très propres. Et si, à partir de ce basculement,

notre planète plongeait dans un futur apocalyptique ? (p. 17).

 

Parlons encore des verts avec Nicolas LECAUSSIN. Celui-ci nous révèle que les créations d’emplois verts sont loin d’être une solution au problème du chômage.

On a créé 100 000 emplois verts en trois ans, or chaque poste de jardinier ou d’« animateur d’initiations à la nature » (sic) tue plus de sept emplois dans le privé. Faites le compte ! (p. 23).

 

Et, compte tenu de la défection du gouvernement actuel, c’est à vous, chers lecteur