"La nouvelle lettre".

La nouvelle lettre est un hebdomadaire de 8 pages paraissant sans discontinuer depuis mai 1981 (cf. archives).

L'éditorial est écrit par Jacques Garello, en rupture avec la pensée unique.

 

Il comprend aussi la chronique de conjoncture, l'actualité qui nous fait réfléchir et un compte rendu de grands événéments et manifestations dans le sens de la liberté économique.

 

. Dernier éditorial en date (n°1319) du 25 avril 2017.

 

Je ne voterai pas Macron
 

 

En dépit des « consignes de vote », je ne voterai pas Macron.
Cette détermination personnelle m’est inspirée par la morale politique, le calcul électoral et mes convictions libérales.

 

La morale politique m’interdit d’apporter mon suffrage à un candidat tricheur et à ses soutiens arrivistes et lâches.
Le succès de Macron n’est pas le fruit de l’aventure individuelle d’un jeune talent décidé à tourner une page de l’histoire de la 5ème République.

Il a été mis en place par Jacques Attali et Jean Pierre Jouyet, il a eu l’argent et les médias nécessaires grâce à ses amis énarques installés dans la banque et l’industrie, et surtout grâce à Patrick Drahi auquel il a offert sur un plateau le groupe SFR pendant qu’il était ministre de l’Economie.

 

Sa campagne a été sous le signe de l’ambiguïté, des incohérences, sa posture de « social-libéral » est en soi un mensonge, mais elle appâtait les Français lassés du faux clivage entre une vraie gauche et une fausse droite.

 

 Enfin et non le moindre, c’est bien de l’Elysée qu’a été monté le complot des « affaires » dont François Fillon ne s’est pas relevé.

Rien n’aurait été possible sans une magistrature aux ordres siégeant dans un tribunal d’exception.

 

Quant à la moralité de tous ces « nouveaux visages » qui posent maintenant aux côtés du jeune prodige, elle est édifiante.
Les socialistes, qu’ils soient au PS, au gouvernement ou dans les arts et spectacles, ont trahi Benoît Hamon qui avait gagné les primaires de la gauche et se sont précipités pour préserver leurs privilèges et leur avenir.

François Bayrou a donné l’exemple du reniement et de la tartufferie, il a été suivi par des cohortes de politiciens sans foi ni loi.

 

Tout au long de la campagne, nombre de Républicains n’ont cessé de saboter la campagne de « leur » candidat, prompts à demander son retrait, puis à le soutenir à nouveau sans grand enthousiasme, puis à rejoindre Macron quelques secondes après la proclamation des résultats dimanche soir.

Le déroulement de cette campagne aura donc été un défi à la morale privée et publique, et c’est à cela qu’Emmanuel Macron a dû son historique succès.

 

Le calcul électoral interdit de transformer le 7 mai en plébiscite présidentiel.

Aujourd’hui Macron représente 23 % des 80 % de citoyens inscrits, soit 16 % de la population.

 

Est-il nécessaire de doubler sa représentativité et de lui assurer une majorité à l’Assemblée Nationale ?

 

En quoi une telle majorité serait-elle un gage de stabilité et de réforme, alors qu’elle serait faite de pièces rapportées, entre partisans et adversaires de la fiscalité redistributive, entre ceux qui préfèrent le « dialogue social » et ceux qui s’en remettent aux accords d’entreprise, entre les pro et anti Bruxelles, les pros et anti Poutine, les pros et les anti-Merkel, entre ceux qui accueillent les immigrants et ceux qui veulent un quota, entre les adeptes de la liberté scolaire et ceux qui prônent une laïcité militante à l’école ?

 

Il y a donc intérêt à limiter au minimum le nombre de suffrages reçus par Macron le 7 mai, de façon à lui imposer en juin une cohabitation capable d’éviter le pire.
 

Pour la démocratie française, il n’est pas mauvais que le Parlement cesse d’être une chambre d’enregistrement des décrets gouvernementaux.

 

Ce voeu suppose évidemment que l’opposition ait une ligne politique claire (on va voir si elle est capable de la définir dès cette semaine).

Mais le préalable est de réduire la base électorale de Macron à sa plus simple expression.

 

Enfin, et non le moindre, mes convictions libérales m’interdisent de voter Macron.

 

D’un côté il n’y a aucun germe de libéralisme dans son programme, ni dans ses écrits, ni dans son discours.

Le libéralisme de Fillon était approximatif, je n’ai cessé comme tant d’autres de le déplorer.

Mais celui de Macron n’existe pas.

 Ce qu’il a proposé n’est qu’un choix très apprécié en France depuis des décennies : le non choix, le tiers système, un mélange détonnant de libre échange et de protectionnisme, de libre entreprise et d’étatisme, de propriété et de collectivisme.

Choix gaullien, et rien d’étonnant que De Gaulle ait été si présent dans les incantations électorales : « Tous Charles » a dit Eric Brunet. Alors que tous les peuples libres ont enfin accepté la rupture libérale, Macron nous invite à rester dans l’ornière de la troisième voie.

 

D’un autre côté le rêve du « vote libéral » que je faisais s’est envolé.

Les libéraux doivent maintenant revenir une fois de plus à leur mission ingrate : éclairer et motiver l’opinion publique.

Les idées libérales ont fait une très mince réapparition dans le débat politique, mais elles ont été étouffées par le tintamarre médiatique, les manoeuvres indignes et la tyrannie du statu quo.

Nous devons remettre en chantier notre croisade. « C’est du fond de l’abîme que jaillit la lumière » : vous connaissez la formule.

 

Nous sommes retombés au creux de l’abîme.

Reste à faire jaillir la lumière.

Nous avons mieux à faire que de voter Macron.

 

Jacques Garello